À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, célébrée chaque 2 avril, l’attention se porte généralement sur les enfants. Pourtant, une autre réalité, plus discrète, reste largement sous-estimée : celle des adultes qui vivent avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) sans jamais avoir été diagnostiqués.
Au Maroc, les estimations évoquent entre 338.000 et 740.000 personnes concernées, en l’absence d’études épidémiologiques nationales officielles. L’Association Ittihad de dyslexie avance une prévalence comprise entre 1 % et 2 % de la population, soit jusqu’à 14.000 nouvelles naissances par an. À l’échelle mondiale, près de 62 millions de personnes vivent avec un TSA, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Si les signes de l’autisme apparaissent généralement dès l’enfance, ils peuvent, chez certains adultes, rester discrets, voire imperceptibles. En cause notamment, le développement de stratégies d’adaptation sophistiquées, comme le “camouflage social”. Les personnes concernées apprennent à observer, imiter et reproduire les codes attendus, donnant ainsi l’illusion d’une intégration fluide.
« Je me suis toujours sentie différente »
“J’ai toujours eu du mal avec les interactions sociales. Je me suis toujours sentie différente, sans imaginer que cela pouvait être lié à l’autisme”, confie Hiba à nos confrères de la MAP, diagnostiquée tardivement.
Mais cette adaptation a un coût. Les spécialistes évoquent un épuisement chronique, une confusion émotionnelle difficile à décrypter, ainsi que des épisodes dépressifs. Beaucoup grandissent en attribuant leurs difficultés à leur personnalité ou à un manque de confiance en soi, sans pouvoir en identifier l’origine.
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Le témoignage de Youssef, 43 ans, illustre cette réalité. “Je pouvais me concentrer pendant des heures sur un sujet qui me passionnait, mais j’avais du mal à comprendre certaines règles sociales implicites”, explique ce comptable, qui n’a été diagnostiqué que tardivement.
Dans le monde professionnel, les conséquences sont souvent marquées. Les environnements bruyants, imprévisibles ou fortement sociaux peuvent s’avérer particulièrement éprouvants. Les spécialistes évoquent des cycles de sur-adaptation suivis de phases d’épuisement, contribuant à des parcours professionnels instables. Ces difficultés restent fréquemment mal interprétées, parfois assimilées à un manque d’implication.
Signes persistants
Malgré les efforts de compensation, certains signes persistent, comme une fatigue intense après les interactions ou des hypersensibilités sensorielles. Souvent confondus avec de l’anxiété sociale ou de la dépression, ces symptômes peuvent masquer le fonctionnement neurologique réel de la personne.
Recevoir un diagnostic à l’âge adulte constitue alors un tournant. Sans transformer la personne, il permet de mieux comprendre son parcours et d’apporter un certain apaisement.
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Sur le plan médical, il n’existe pas de traitement curatif des TSA. La prise en charge vise avant tout à améliorer la qualité de vie et à atténuer les troubles associés, comme l’anxiété, la dépression ou les troubles du sommeil.
L’accompagnement repose principalement sur des approches non médicamenteuses : thérapies cognitivo-comportementales adaptées, psychoéducation, stratégies d’organisation, soutien psychologique ou encore travail sur les particularités sensorielles. Des disciplines comme l’orthophonie ou la psychomotricité jouent également un rôle clé.
Malgré une sensibilisation croissante, l’autisme reste encore largement méconnu, entouré de préjugés, ce qui freine le dépistage et complique la prise en charge. Une invisibilité qui, pour de nombreux adultes, continue de peser lourdement sur le quotidien.
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