Il y a encore dix ans, l’annoncer provoquait des sourcils levés, des silences gênés, parfois même des « tu es sûre ? ». Aujourd’hui, dans les groupes WhatsApp de jeunes parents, on voit fleurir des Itto, des Fettoum, des Tilila. Des prénoms qu’on croyait enterrés avec nos arrière-grands-mères, et qui réapparaissent sur les faire-part de naissance.
Pas par nostalgie. Pas par folklore. Mais par un désir d’ancrage, de singularité, et parfois par une forme de résistance douce à l’uniformisation des prénoms. Ces prénoms portent une mémoire, une sonorité brute, une histoire familiale qu’on refuse de laisser mourir.
Voici dix prénoms féminins très anciens, souvent amazighs ou arabo-berbères, que les jeunes parents marocains redécouvrent.
1. Tilila
Signification : Prénom amazigh signifiant « la liberté » ou « celle qui est libre ».
Pourquoi il revient : Tilila porte en lui une charge émotionnelle et politique forte. Les parents qui le choisissent ne le font jamais par hasard : c’est un prénom-manifeste, celui d’une génération qui veut transmettre des valeurs de liberté et d’indépendance. Sa sonorité musicale, presque poétique, séduit également ceux qui cherchent quelque chose de rare et de beau.
Profil des parents : Militants culturels, artistes, intellectuels, souvent engagés dans la défense de la langue et de la culture amazighes. Ils voient dans ce prénom un acte de transmission autant qu’un choix esthétique.
2. Chama
Signification : Prénom amazigh signifiant « la bougie », « la lumière ».
Pourquoi il revient : Doux mais pas mièvre, Chama évoque quelque chose de lumineux sans tomber dans le cliché. Il a cette simplicité qui fait qu’on ne l’oublie pas. Contrairement à d’autres prénoms anciens, il reste facilement prononçable tout en gardant son authenticité. Les parents apprécient sa charge symbolique : dans un monde anxiogène, donner à sa fille un prénom qui signifie « lumière » devient presque un acte d’espoir.
Profil des parents : Souvent sensibles à la poésie, à la symbolique, cherchant un prénom rare mais pas extravagant. Attachés à l’idée de transmission lumineuse, de bienveillance.
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3. Izza
Signification : Prénom amazigh signifiant « la fierté », « l’honneur » ou « la dignité ».
Pourquoi il revient : Court, percutant, impossible à oublier. Izza sonne comme une affirmation. C’est un prénom de caractère, qui ne s’excuse de rien. Les parents qui le choisissent cherchent à transmettre cette idée de fierté, non pas dans l’arrogance, mais dans l’estime de soi et le respect de ses racines.
Profil des parents : Souvent issus de familles amazighophones du Sud marocain, attachés à la notion de dignité familiale et culturelle. Ils veulent une fille qui porte haut son identité.
4. Fettoum
Signification : Dérivé affectueux de « Fatima », très courant dans les générations nées avant les années 50.
Pourquoi il revient : Fettoum a cette rugosité, cette authenticité qui plaît à une génération fatiguée des prénoms lisses et internationaux. C’est un prénom de grand-mère qu’on porte comme un héritage, presque comme un acte politique. Il évoque les femmes des médinas, celles qui tenaient les foyers avec une force tranquille, celles dont les mains racontaient mille histoires.
Profil des parents : Attachés à la mémoire familiale, souvent en quête de transmission directe. La petite-fille porte le prénom de l’arrière-grand-mère, comme un pont entre les générations, comme une manière de dire : « Tu viens de quelque part. »
5. Itto
Signification : Forme amazighe affectueuse, souvent traduite par « celle qui est chère » ou diminutif maternel.
Pourquoi il revient : Court, percutant, impossible à confondre. Itto ne ressemble à rien d’autre. Il évoque les femmes fortes des douars, celles qui tenaient les maisons, les terres, les mémoires. C’est un prénom qui ne demande pas la permission d’exister. Les parents qui le choisissent assument une filiation rurale ou amazighe avec fierté, sans complexe.
Profil des parents : Souvent urbains mais en quête de racines, sensibles à la préservation de la langue et de la culture amazighes. Ils refusent que leurs filles portent des prénoms interchangeables d’un pays à l’autre.
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6. Fenna
Signification : Prénom amazigh ancien, porté dans les régions du Rif et du Moyen Atlas. En darija marocaine, « fenna » signifie aussi « mignonne », ce qui ajoute une double tendresse à ce prénom.
Pourquoi il revient : Fenna a cette sonorité étrange, presque étrangère à l’oreille arabophone, et c’est précisément ce qui plaît. Il ne ressemble à rien de connu, il intrigue, il affirme une différence. Mais il garde aussi cette douceur dialectale qui le rend immédiatement compréhensible et affectueux dans la vie quotidienne. Les parents qui le choisissent cherchent cette singularité, ce prénom qu’on ne croise jamais deux fois, tout en gardant une proximité émotionnelle.
Profil des parents : Souvent issus du nord ou de l’Atlas, attachés à une identité régionale forte, parfois en rupture avec les codes urbains dominants. Ils veulent que leur fille porte un prénom rare, un prénom qui raconte d’où elle vient, mais qui reste accessible au quotidien.
8. Zoubida
Signification : Prénom arabe signifiant « petit beurre frais » ou « élite », dérivé de « zubda » (beurre). Très courant dans les générations nées avant l’indépendance.
Pourquoi il revient : Zoubida est un prénom-mémoire. On le porte comme on porterait un bijou ancien, avec l’idée de ne pas laisser mourir une sonorité, une histoire. Il évoque les femmes des années 40-50, celles qui élevaient seules des fratries entières, celles qui ne se plaignaient jamais. Les parents qui le choisissent cherchent à honorer cette génération, à dire : « On ne vous oublie pas. »
Profil des parents : Urbains mais nostalgiques d’une forme de simplicité, souvent en quête de lien avec les générations précédentes. Sensibles à l’idée de transmission familiale, de continuité.
9. Abla
Signification : Prénom arabe signifiant « parfaite », « accomplie » ou « bien formée ». Porté historiquement par des figures féminines fortes de la poésie arabe préislamique.
Pourquoi il revient : Abla a cette force tranquille, cette assurance qui ne crie pas. C’est un prénom court, direct, qui ne se cache derrière rien. Les parents qui le choisissent cherchent à transmettre l’idée de plénitude, de complétude. Pas la perfection inatteignable, mais l’idée d’une personne entière, accomplie.
Profil des parents : Souvent issus de milieux éduqués, sensibles à la littérature classique arabe, attachés à l’idée de transmettre une force intérieure à leur fille.
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10. Tamou
Signification : Diminutif amazigh de « Fatima », très répandu dans les régions du Sud marocain et de l’Atlas.
Pourquoi il revient : Tamou sonne doux, presque enfantin, mais porte en lui toute la rudesse et la beauté des montagnes. C’est un prénom de grand-mère berbère, de femme de la terre, de celle qui connaît les plantes, les saisons, les silences. Les parents qui le choisissent cherchent cette connexion avec la terre, avec une forme de sagesse ancestrale.
Profil des parents : Souvent en quête de simplicité, de retour aux sources. Sensibles à l’écologie, à la vie rurale idéalisée mais sincèrement respectée. Ils veulent que leur fille porte un prénom qui sent la terre et le thym sauvage.
Pourquoi ce retour maintenant?
Ces prénoms réapparaissent à un moment précis : celui où une génération de jeunes parents, souvent urbains, éduqués, connectés, ressent le besoin de se réancrer. Pas par rejet de la modernité, mais par refus de l’uniformisation.
Choisir Itto ou Tilila, c’est refuser que sa fille s’appelle comme trois autres dans sa classe. C’est aussi transmettre une mémoire familiale, une langue, une histoire. C’est affirmer : « Je sais d’où je viens, et je veux que mon enfant le sache aussi. »
Dans un monde globalisé où les prénoms deviennent interchangeables d’un continent à l’autre, ces choix agissent comme des résistances douces. Ils disent quelque chose de la volonté de préserver, de transmettre, de ne pas laisser mourir ce qui fait la singularité d’une culture.
Le mot de Mieux Vivre
Un prénom n’est jamais neutre. Il dit quelque chose de ce qu’on veut transmettre, de ce qu’on veut préserver, de ce qu’on refuse de laisser mourir.
Tilila, Itto, Chama, Fettoum ne sont pas de « vieux » prénoms. Ce sont des prénoms chargés d’histoire, de dignité, de mémoire. Des prénoms de femmes qui ont tenu des familles, des terres, des secrets. Des prénoms qui sentent le pain chaud et la terre sèche, qui résonnent dans les cours intérieures et sur les terrasses au coucher du soleil.
Et si on les redécouvre aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’on a besoin de cette rugosité, de cette authenticité, dans un monde qui lisse tout.
Parce qu’appeler sa fille Tilila ou Tamou, ce n’est pas juste lui donner un prénom rare. C’est lui offrir une histoire, une racine, une appartenance.
C’est lui dire : tu viens de quelque part. Et ce quelque part mérite d’être honoré.
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