Dans cette chronique intime, Mars devient le symbole d’un renouveau discret : nouveau travail, nouvelles habitudes, et surtout, l’envie de renouer avec l’essentiel: les liens humains.
Il y a des mois qui t’appartiennent un peu plus que les autres.
Mars est comme ça pour moi.
Je n’ai pas choisi d’y naître.
Mais j’ai fini par croire que ce n’est pas un hasard.
Mars, c’est le mois où l’année commence vraiment.
Pas le premier janvier, avec ses résolutions fraîches et ses lendemains de fête qui sentent encore la fumée.
Non.
Mars.
Quand la lumière change de texture.
Quand les arbres décident, sans prévenir, de reverdir.
Quand le matin sent différemment — quelque chose entre la terre mouillée et la promesse.
Bien sûr.
Il y a aussi les allergies.
Le nez qui coule au moment où tu voudrais inspirer profondément pour apprécier le spectacle.
Les yeux qui piquent juste quand le ciel est le plus beau.
Le printemps qui te dit bonjour en t’éternuant dessus.
C’est ça aussi, Mars.
Une joie un peu bruyante.
Un bonheur qui chatouille.
Et quelque part, cette contradiction parfaite entre ce qu’on ressent et ce que le corps exprime.
Heureux et enrhumé.
Léger et éternuant.
Vivant, en somme.
Pleinement, bizarrement, beautifully vivant.
Cette semaine, je me sens d’humeur joyeuse.
Je dis ça sans m’excuser.
Parce qu’on s’excuse trop souvent d’aller bien.
Comme si le bonheur était une forme d’indécence dans un monde qui souffre.
Comme si sourire était une trahison envers ceux qui pleurent.
Mais non.
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La joie n’est pas une dette.
C’est une information.
Et l’information, cette semaine, c’est :
un nouveau travail, une nouvelle recherche, et quelque chose qui ressemble, de loin, à un nouveau départ.
Le nouveau boulot.
Il y a dans les commencements une énergie particulière.
Pas l’euphorie naïve.
Quelque chose de plus sobre, de plus solide.
L’énergie de celui qui sait que recommencer ne veut pas dire repartir de zéro.
Ça veut dire apporter tout ce qu’on a déjà construit, et le poser sur une nouvelle table.
Avec une question simple, presque enfantine :
qu’est-ce qu’on peut faire de mieux, maintenant ?
Et c’est là que le design entre en scène.
Il y a quelque chose de profondément rassurant dans la structure.
Dans le fait de regarder un système — une organisation, un projet, un héritage de travail — et de le décortiquer doucement.
Pas pour le détruire.
Pour comprendre comment il respire.
Pour voir où les jointures tiennent.
Où elles fléchissent.
Où elles méritent mieux.
C’est un travail de menuisier, quelque part.
Tu ne brûles pas le meuble parce qu’il grince.
Tu l’ouvres. Tu regardes. Tu répares. Tu renforces.
Et tu le rends à la pièce, plus solide qu’avant.
Sans forcément que personne le remarque.
Mais toi, tu le sais.
Et c’est suffisant.
La nouvelle recherche, elle, c’est autre chose.
C’est la partie où tu ne sais pas encore.
Où le terrain est vierge et un peu intimidant.
Où tes outils ne sont peut-être pas encore les bons.
Où tu avances en tâtonnant, en lisant, en te trompant un peu, en recommençant.
C’est inconfortable.
Et c’est exactement là que les choses intéressantes commencent.
Parce que la connaissance ne vit pas dans le confort.
Elle vit dans la friction douce entre ce qu’on sait déjà et ce qu’on ne comprend pas encore.
Mais il y a quelque chose de plus important encore.
Plus que le boulot.
Plus que la recherche.
Plus que les systèmes à décortiquer et les structures à rebâtir.
C’est les humains.
Ceux qui t’entourent.
Ceux que tu as laissés s’éloigner sans vraiment t’en rendre compte.
Pas par mauvaise volonté.
Par vitesse. Par vie. Par ces semaines qui passent et qui ressemblent toutes un peu trop à la semaine d’avant.
Cette semaine, j’ai pris une résolution.
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Pas une grande.
Une petite, praticable, humaine.
Un ami par semaine.
Juste un.
Un coup de fil. Un message qui ne soit pas une réponse à quelque chose.
Un élan. Une initiative.
Déterrer la parole.
Pas pour rattraper le temps perdu — le temps perdu n’existe pas vraiment, il existe juste différemment dans la mémoire de chacun.
Mais pour dire : je t’ai pas oublié.
Je suis encore là.
Et toi ?
Il y a une chose que j’ai appris en vieillissant un peu chaque Mars.
Ce ne sont pas les projets qu’on regrette.
Ce sont les gens qu’on a laissés silencieux trop longtemps.
Les phrases qu’on n’a pas dites parce qu’on pensait qu’il y aurait le temps.
Les rencontres qu’on a reportées parce qu’on était « sur quelque chose d’important ».
Et je ne parle pas de grands discours.
Je parle d’un café.
D’un message à 11h un mercredi.
D’un « j’ai pensé à toi ce matin. »
Ces petites choses qui ne coûtent rien.
Et qui valent tout.
Ne pas oublier ce qui a été fait.
C’est important aussi.
On parle beaucoup de nouveaux départs, de pages vierges, de renaissance.
Mais une page vierge posée sur une table vide, c’est fragile.
Ce qui rend un nouveau départ solide, c’est précisément le poids de ce qui précède.
Tes erreurs. Tes réussites discrètes. Tes apprentissages durs.
Tout ça, tu le portes.
Pas comme un fardeau.
Comme un fond.
Comme le terreau dans lequel le nouveau pousse mieux.
Alors voilà où j’en suis, en ce Mars qui m’appartient un peu.
Un nouveau travail qui m’attend le matin avec quelque chose à construire.
Une recherche qui me promet de ne pas m’ennuyer.
Des amis que je vais appeler, un par semaine, parce que je l’ai décidé.
Et des allergies qui me rappellent que le printemps est réel, que l’air change, que quelque chose dehors est vivant.
Avancer.
Espérer.
Pas naïvement.
Pas en oubliant ce qui a été difficile.
Mais avec cette conviction tranquille :
que la vie, quand on lui fait un peu de place,
trouve toujours le moyen de refleurir.
Même par les narines qui coulent.
Même par les yeux qui piquent.
Même par les débuts maladroits et les vieux amis qu’on n’a pas appelés depuis trop longtemps.
Bonne semaine à toi.
Et si tu as quelqu’un à qui tu n’as pas parlé depuis un moment —
appelle-le.
Maintenant.
Avant de continuer à lire.
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