À quelques jours de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, cette lettre s’adresse à Walid Regragui, dans un moment où le football concentre beaucoup plus que des attentes sportives.
Walid,
Dans quelques jours, le pays va te regarder autrement. Il le fait déjà. Pas avec la distance des grandes compétitions lointaines, ni avec l’insouciance des débuts. Organiser une CAN chez soi change la nature du regard. Le football devient un miroir. Et parfois un révélateur.
Tu le sais.
On ne va pas seulement te demander de gagner. On va te demander de tenir. De contenir. De répondre, souvent, à des attentes qui débordent largement le terrain. Ce n’est pas écrit dans ta mission officielle, mais c’est devenu une partie du rôle. Ici, un sélectionneur ne parle jamais seulement de football.
On t’a beaucoup entendu ces derniers mois. Parfois trop, diront certains. Des phrases sorties de leur contexte, des silences interprétés, des réponses directes dans un paysage qui préfère souvent les détours. Tu n’as pas toujours cherché à arrondir. Tu as parlé comme on parle dans un vestiaire, pas comme dans un studio.
Ça t’a valu des critiques. Parfois injustes. Parfois excessives. Mais aussi, il faut le dire, une forme de reconnaissance silencieuse. Parce que dans un pays saturé de discours prudents, il y a quelque chose de rassurant à voir quelqu’un assumer une parole claire, même imparfaite.
Le football, ici, n’est jamais seulement du football. Il sert à canaliser. À faire sortir. À faire redescendre aussi. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le pays accepte de concentrer sa tension sur un rectangle vert. C’est beaucoup. Et c’est fragile.
Quand l’équipe joue, on le sent dans les corps. Les épaules se crispent. Les respirations se coupent. Les discussions s’interrompent dans les cafés. Puis, parfois, tout se relâche. Un but. Un danger écarté. Un coup de sifflet. Ce relâchement-là compte plus qu’on ne le dit.
Ton football n’a jamais été celui du bruit pour le bruit. Il a toujours cherché le cadre. L’équilibre. La gestion des temps faibles. Certains y voient de la prudence. D’autres une forme de contrôle. En réalité, c’est peut-être une manière de protéger. Le groupe. Et au-delà, ce qui se projette sur lui.
On t’a reproché de trop répondre, ou pas assez. D’expliquer. De te justifier. De fermer parfois. Mais ce que beaucoup oublient, c’est que tu es aussi le réceptacle d’une pression qui ne sait pas toujours où aller. Tu la prends de face. Ce n’est pas neutre.
On dira que les joueurs portent les espoirs d’un peuple. La formule est trop lourde. En vérité, vous portez surtout son rythme. Sa nervosité. Son souffle. Et dans ce contexte, chaque mot compte presque autant qu’un choix tactique.
Le bonheur que le football procure ici n’est pas spectaculaire. Il arrive souvent après. Quand on se rassoit. Quand le bruit baisse. Quand on peut respirer un peu plus lentement qu’avant le match. Ce bonheur-là est fragile. Mais il est réel.
Tu n’es pas responsable de tout. Tu ne dois pas être parfait. Tu n’as pas à lisser ce que tu es. Mais sache une chose : pendant cette CAN, quoi qu’il arrive, beaucoup chercheront surtout à sentir que quelqu’un tient la barre, même quand ça tangue.
Et sur ce point, malgré le bruit, malgré les débats, malgré les mots parfois mal reçus, tu n’es pas seul.
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