Choisir la mission française pour son enfant n’est plus seulement un choix pédagogique. C’est un pari financier, parfois vertigineux, pour une classe moyenne qui vacille.
Un ami m’avait dit un jour que le contraceptif le plus efficace au Maroc n’était ni la pilule ni le stérilet, mais… les frais de scolarité.
Il n’avait pas totalement tort.
Les écoles de la mission française viennent d’annoncer une nouvelle hausse de 6 % pour l’année prochaine, après une augmentation de 3 % cette année. De quoi susciter un tollé – du moins chez ceux qui paient.
Tilila est scolarisée dans l’un de ces établissements. Et je peux vous dire que le paiement de sa scolarité n’est pas une formalité administrative : c’est une angoisse récurrente. Surtout quand, comme ma femme et moi, on ne fait pas partie de ces startupeurs qui viennent de lever dix millions de dirhams pour une application dont la seule innovation semble être le nom de famille de son fondateur.
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Évidemment, on me dira :
« Mais pourquoi l’avoir inscrite à la mission française ? Vous n’avez qu’à assumer. »
La remarque est légitime.
Oui, nous aurions pu l’inscrire dans le public et économiser près de 6 000 dirhams par mois.
Oui, nous aurions pu choisir une bonne école privée, moitié moins chère.
Mais je suis moi-même un produit de la mission française. Et, au fond de moi, il m’était difficile d’imaginer qu’elle n’y fasse pas son parcours scolaire. J’aurais eu le sentiment de lui faire subir un déclassement.
Ironie du sort : le déclassement a peut-être commencé avec moi.
À l’époque de mon père, un emploi pouvait encore ressembler à une garantie à vie, avec ses avantages, sa stabilité, sa prévisibilité. Aujourd’hui, nous appartenons à cette classe moyenne supérieure qui ne tient que par son salaire. Si l’on perd son emploi, on devient “personne”. Aucun filet de sécurité. Pas d’amortisseur. Cette fragilité permanente est source d’angoisse.
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Et puis, soyons honnêtes : à mon époque, les frais de scolarité coûtaient trois fois moins cher. Mon père était propriétaire, sans crédit.
Aujourd’hui, si l’on n’est pas locataire, c’est souvent qu’on rembourse un prêt immobilier. Ajoutez à cela la voiture à crédit, le salaire de la nounou, les charges, les assurances… et les frais de scolarité.
Que reste-t-il ?
C’est précisément à ce moment-là que votre belle-mère vous demande, avec un sourire innocent :
« Alors, c’est pour quand le deuxième enfant ? »
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