Journal d'un père (presque) ordinaire

Journal d’un père (presque) ordinaire. Une tempête nommée Tilila

Elle court, elle crie, elle défie. À cinq ans, Tilila traverse ce que l’on pourrait appeler une “zone de turbulences”. Entre tentation des méthodes d’autrefois et parentalité moderne, comment réagir quand son enfant semble devenir un ouragan domestique?

Elle est incontrôlable!

Depuis cinq jours, Tilila s’est transformée en ouragan.
Un phénomène météorologique rare, imprévisible, classé catégorie 5 sur l’échelle parentale. D’ailleurs, je suggère officiellement au Centre météorologique international de baptiser la prochaine tempête du nom de ma fille. Cela éviterait les malentendus.

Rien ne fonctionne avec elle. Absolument rien.
Ni les discussions douces, celles où l’on se met à hauteur d’enfant avec une voix sucrée et des yeux pleins de pédagogie.
Ni les réprimandes un peu plus fermes. Mais attention : quand je dis fermes, je parle simplement de hausser légèrement le ton, avec cette intonation grave qui se veut impressionnante mais qui, manifestement, ne l’est pas du tout.

On a même tenté le fameux time-out.
Cette technique moderne qui consiste à isoler brièvement l’enfant dans un coin afin qu’il médite sur ses actes. Vous croyez que cela a servi à quelque chose ? Que nenni. Elle s’est assise deux minutes, puis s’est mise à chanter, à taper des pieds, à transformer le coin en scène de spectacle.


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Elle court dans tous les sens.
Elle jette des oreillers comme si elle défendait une forteresse assiégée.
Elle frappe sa mère — pas avec haine, mais avec cette énergie débordante qui ne sait plus où se loger.

Un véritable diablotin.

Nous sommes désemparés.
Et c’est précisément dans ces moments-là que me revient, comme un vieux souvenir d’enfance, la méthode éducative d’autrefois. Celle qu’on appliquait sans trop réfléchir. Deux claques et c’était réglé. Rideau.

Radical. Expéditif. Définitif.

Mais on sait aujourd’hui que ce n’est pas une solution.
C’était une solution de facilité. Une réponse rapide à l’impuissance des adultes. Mais à quel prix ? On sait désormais ce que ces sévices — oui, appelons-les par leur nom — peuvent laisser comme traces. Les humiliations muettes. Les peurs enfouies. Les silences appris.

Ayant moi-même grandi dans une éducation que l’on qualifiera gentiment “à l’ancienne”, je me suis juré de ne pas reproduire le même schéma.
Rompre la chaîne. Ne pas transmettre la violence reçue. Être meilleur que ce que l’on a connu.

Alors que faire avec Tilila ?

J’avoue que ces derniers jours nous ont secoués. Son excitation frôle parfois l’euphorie, une énergie brute, presque électrique. Et au lieu de l’apaiser, nos tentatives semblaient l’alimenter.


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Alors nous avons décidé de changer d’approche.

Rester calmes.
Patienter.
Ne pas entrer dans le rapport de force.

Enfin, façon de parler. Car ce qu’elle cherchait, au fond, ce n’était pas un combat.

C’était un jeu.

Tilila nous testait, bien sûr. Elle testait nos limites, notre autorité, notre cohérence. C’est normal. Elle a cinq ans. C’est l’âge de vérifier si les piliers tiennent debout. C’est l’âge d’explorer la frontière entre le permis et l’interdit.

Mais surtout, Tilila voulait jouer.

Et nous, absorbés par nos écrans, nos urgences professionnelles, nos notifications incessantes, nous avions oublié une chose essentielle : un enfant ne réclame pas toujours de l’attention avec des mots polis. Parfois, il la réclame avec du bruit. Avec du chaos. Avec des coussins qui volent.

Alors nous avons joué davantage avec elle.

Vraiment joué.

Sans téléphone à la main.
Sans œil rivé sur l’ordinateur.
Sans demi-présence.

Et, petit à petit, quelque chose s’est apaisé.

Les tempêtes ne disparaissent pas d’un coup. Mais elles perdent en intensité quand on comprend d’où vient le vent.

Au fond, les fautifs ne sont pas ces enfants débordants d’énergie.
Les fautifs, c’est nous, parents fatigués, distraits, parfois dépassés. Nous qui oublions que pour un enfant, dix minutes de jeu vrai valent toutes les explications pédagogiques du monde.

Tilila ne cherchait pas à nous blesser.
Elle ne cherchait pas à se venger.

Elle cherchait à exister dans notre regard.

Et parfois, un ouragan n’est qu’un appel d’amour qui fait trop de bruit.

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Ryad Mabsout

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