Sur une route entre Tata et Ighrem, par surprise, j’ai vu des oasis pour la première fois de ma vie. J’ai rencontré Moustapha, semi-nomade par la force des frontières. Et Aicha, qui a choisi le désert contre tout le reste. Une chronique sur ce pays qu’on ne connaît pas, et sur cette question qui ne lâche pas.
Je ne savais pas que les oasis existaient vraiment.
Pas comme ça. Sur cette route entre Tata et Ighrem, par surprise, au milieu d’un voyage professionnel qui ne prévoyait rien de tel, j’ai vu de l’eau surgir du désert. Des palmiers. Une lumière que je ne connaissais pas.
Personne ne m’en avait parlé.
Pas une amie. Pas un cousin. Pas un collègue. Rien. Comme si cet endroit n’existait que pour les autres.
Autour de moi, des touristes français, suisses, allemands, anglais, italiens, … . Des gens qui avaient planifié ce voyage, qui avaient cherché, choisi, réservé. Et moi, marocaine, qui tombais dessus par accident, avec cette question qui ne me quittait plus : pourquoi je ne suis jamais venue ici avant ?
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Alors j’ai continué la route.
C’est là que j’ai rencontré Moustapha.
Il a une licence. Il parle quatre langues. Il écrit des poèmes et chante quand le désert est silencieux. Il connaît chaque piste, chaque pierre, chaque couleur de sol, chaque variation du ciel entre midi et le coucher du soleil. Il est devenu semi-nomade non par choix mais par la force des choses, des frontières , des puits qui tarissent, des écoles qui appellent les enfants vers les villes.
Il navigue entre les 4×4 et les dromadaires, entre deux mondes qui tentent de cohabiter sans toujours se connaitre.
On a parlé longtemps. De la vie, de la musique, de l’amour. De ce que c’est d’être un homme ici, une femme là-bas. Il se pose des questions, Moustapha. Depuis un endroit que nous n’avons jamais habité.
Au milieu de nulle part, et seul Moustapha savait exactement où nous étions, il y avait une femme assise devant une tente.
Aicha.
Son mari et ses enfants ont choisi la ville. Elle a essayé de les suivre. Elle a essayé sincèrement. Mais le désert l’a rappelée. Alors elle est revenue. Seule. Sans demander la permission à personne. Sans attendre que tout le monde comprenne.
Elle vit comme elle sait vivre. Comme elle sent qu’elle doit vivre.
Je n’ai pas osé lui demander si elle était heureuse. La question m’a semblé indécente. Elle existait, pleinement, dans un endroit que la plupart des gens fuient. C’était suffisant.
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On est repartis. La piste continuait vers Chegaga, des kilomètres de sable, le plus vaste erg (dunes) du Maroc, que je ne savais pas non plus qu’il existait comme ça, à cette échelle, à cette beauté.
Le soir, j’ai passé deux heures allongée sur le sommet d’une dune. Le ciel était une chose que je ne peux pas décrire sans l’abîmer. Je pensais aux gens de ma vie. À ce qu’on construit, à ce qu’on lâche, à ce qui tient vraiment. Je me sentais en sécurité comme rarement.
Le lendemain matin, j’ai mangé des dattes de Tata. C’était une révélation simple et absolue.
Et dans la voiture du retour, la question est revenue. Discrète, un peu têtue.
Pourquoi on ne connaît pas notre pays ?
Pas une accusation. Pas une grande théorie. Juste une question honnête qui ne me lâchait pas.
Nous traversons le monde pour voir ce que nous avons ici. Nous cherchons au loin ce qui existe à quatre heures de route. Et pendant ce temps, des Aicha vivent des vies entières dans des endroits dont nous ignorons jusqu’au nom.
Je ne sais pas ce que ça dit de nous.
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