Une étude publiée dans la revue Neurology suggère que certains vaccins contre la grippe, notamment à forte dose, pourraient être associés à une réduction significative du risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées. Une piste prometteuse, qui relance l’intérêt pour les liens entre immunité et santé cérébrale.
Et si la prévention de la maladie d’Alzheimer passait, en partie, par des gestes médicaux simples déjà bien connus ? C’est l’hypothèse que vient renforcer une étude publiée en avril dans Neurology, qui met en évidence un lien entre la vaccination contre la grippe et une réduction du risque de démence.
Les chercheurs se sont intéressés à une question encore peu explorée : tous les vaccins contre la grippe se valent-ils face au risque de déclin cognitif ? Et surtout, le dosage du vaccin peut-il jouer un rôle dans cette protection potentielle ?
Une vaste étude menée sur des patients de plus de 65 ans
Pour répondre à ces questions, les scientifiques ont analysé les données de plusieurs dizaines de milliers de personnes âgées de 65 ans et plus, suivies pendant plusieurs années à partir d’une base de données médicale américaine .
Deux groupes ont été comparés : ceux ayant reçu un vaccin antigrippal standard, et ceux ayant reçu une version à dose élevée, conçue pour stimuler davantage le système immunitaire chez les personnes âgées.
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Les résultats montrent que les personnes ayant reçu le vaccin à forte dose présentent un risque significativement plus faible de développer une maladie d’Alzheimer dans les années suivant la vaccination.
Selon certaines analyses, cette réduction pourrait atteindre jusqu’à 55 % dans certaines configurations, notamment lorsque la vaccination est répétée sur plusieurs saisons .
Un effet qui s’observe dès les premiers mois
L’étude met en évidence un effet relativement rapide. La différence de risque apparaît dès les premiers mois suivant la vaccination et se maintient pendant environ deux ans, avec un effet maximal observé autour de 25 mois .
Autrement dit, le vaccin ne semble pas seulement jouer un rôle à long terme, mais pourrait également avoir un impact plus immédiat sur les mécanismes liés au vieillissement cérébral.
Ce point est particulièrement intéressant, car il suggère que certaines interventions pourraient agir plus rapidement qu’on ne le pensait sur les trajectoires de déclin cognitif.
Un effet plus marqué chez les femmes
Autre élément notable : l’effet protecteur semble plus prononcé chez les femmes que chez les hommes.
Chez les femmes, la réduction du risque apparaît plus tôt et se maintient plus longtemps, tandis que chez les hommes, les résultats sont plus variables et parfois moins significatifs selon les analyses .
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Ce phénomène pourrait s’expliquer par des différences biologiques dans la réponse immunitaire, déjà observées dans d’autres études sur les vaccins. Les femmes présentent souvent une réponse immunitaire plus forte, ce qui pourrait amplifier les effets protecteurs potentiels.
Pourquoi un vaccin pourrait-il agir sur le cerveau ?
À première vue, le lien entre un vaccin contre la grippe et la maladie d’Alzheimer peut sembler surprenant. Pourtant, plusieurs mécanismes biologiques pourraient l’expliquer.
Le premier concerne l’inflammation. Les infections, notamment virales, sont associées à une augmentation de l’inflammation dans l’organisme, y compris au niveau du cerveau. Or, cette inflammation chronique est aujourd’hui considérée comme un facteur clé dans le développement des maladies neurodégénératives.
En réduisant le risque d’infection ou la gravité de la grippe, le vaccin pourrait donc limiter ces épisodes inflammatoires et, indirectement, protéger le cerveau.
Mais les chercheurs évoquent également d’autres mécanismes, indépendants des infections elles-mêmes. Certains vaccins pourraient stimuler ce que l’on appelle « l’immunité entraînée », c’est-à-dire une capacité accrue du système immunitaire à réagir de manière plus efficace et régulée.
Ils pourraient aussi influencer les processus liés au vieillissement immunitaire, comme l’« inflammaging », un état d’inflammation chronique de bas grade associé à l’âge .
Une relation déjà suggérée par d’autres études
Cette étude s’inscrit dans un corpus de recherches de plus en plus fourni. Plusieurs travaux avaient déjà montré que les personnes vaccinées contre la grippe présentaient un risque plus faible de développer une maladie d’Alzheimer par rapport à celles qui ne l’étaient pas.
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Une analyse précédente évoquait notamment une réduction d’environ 40 % du risque sur plusieurs années de suivi.
La nouveauté ici réside dans la comparaison entre différents types de vaccins, et dans l’idée que la dose ou la formulation pourrait moduler cet effet protecteur.
Des résultats prometteurs, mais encore à confirmer
Malgré leur intérêt, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L’étude est de nature observationnelle, ce qui signifie qu’elle met en évidence des associations, sans pouvoir démontrer un lien de cause à effet.
D’autres facteurs peuvent entrer en jeu. Par exemple, les personnes qui reçoivent des vaccins à forte dose pourraient être plus suivies médicalement, adopter des comportements de santé plus favorables ou bénéficier d’un meilleur accès aux soins.
Les chercheurs ont tenté de limiter ces biais en utilisant des méthodes statistiques avancées, mais certaines variables — comme le mode de vie ou le niveau socio-économique — ne sont pas toujours disponibles dans ce type de base de données .
Par ailleurs, la durée de suivi reste relativement courte au regard de la progression lente de la maladie d’Alzheimer, qui peut se développer sur plusieurs décennies.
Une piste sérieuse pour la prévention
Malgré ces limites, cette étude ouvre des perspectives intéressantes. Elle suggère que des interventions simples, déjà largement disponibles et peu coûteuses, pourraient contribuer à réduire le risque de maladies neurodégénératives.
Dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation du nombre de cas d’Alzheimer dans le monde, cette piste mérite d’être explorée plus en profondeur.
Des essais cliniques et des études à plus long terme seront nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Sources
Bukhbinder A.S. et al., « Risk of Alzheimer Dementia After High-Dose vs Standard-Dose Influenza Vaccination », Neurology, 28 avril 2026
https://doi.org/10.1212/WNL.0000000000214782
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