Santé

Dépistage du cancer du col de l’utérus: et si une simple protection hygiénique suffisait?

Chaque année, le cancer du col de l’utérus touche des centaines de milliers de femmes dans le monde. Pourtant, il fait partie des cancers les plus évitables, à condition d’être dépisté suffisamment tôt. Le problème n’est donc pas tant médical que pratique : trop de femmes ne se font pas dépister.

Une vaste étude publiée début février 2026 dans le BMJ apporte une piste aussi simple que révolutionnaire : utiliser le sang menstruel, recueilli sur une mini-protection hygiénique, pour détecter le papillomavirus humain (HPV), principal responsable de ce cancer.

Pourquoi le dépistage reste insuffisant

Le dépistage du cancer du col repose aujourd’hui principalement sur des prélèvements réalisés par un professionnel de santé. Ces examens, bien que efficaces, se heurtent à de nombreux obstacles : gêne liée à l’examen gynécologique, peur de la douleur, contraintes culturelles, difficultés d’accès aux soins ou manque d’infrastructures médicales, notamment dans les zones rurales ou défavorisées.


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Résultat : dans de nombreux pays, une grande partie des femmes échappent encore au dépistage régulier, alors même que le cancer du col pourrait être évité dans la majorité des cas.

Une idée simple : analyser le sang des règles

L’étude menée en Chine auprès de plus de 3 000 femmes âgées de 20 à 54 ans a testé une approche inédite. Les participantes ont utilisé une petite bande absorbante fixée à leur protection hygiénique habituelle pendant leurs règles. Ce sang menstruel a ensuite été analysé pour détecter la présence du HPV.

Les résultats ont été comparés à ceux obtenus par les méthodes classiques, réalisées par des professionnels de santé.

Des résultats aussi fiables que le prélèvement médical

Les conclusions sont particulièrement marquantes. Le test HPV réalisé à partir du sang menstruel s’est montré aussi efficace que le prélèvement cervical classique pour détecter les lésions précancéreuses les plus à risque.

En clair, lorsqu’un test sur le sang menstruel est négatif, la probabilité de passer à côté d’une lésion grave est extrêmement faible. Et lorsqu’il est positif, il permet d’orienter les femmes vers un suivi médical adapté, exactement comme les méthodes actuelles.


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La fiabilité globale de cette méthode est jugée comparable à celle du dépistage traditionnel, avec une capacité équivalente à repérer les formes précoces pouvant évoluer vers un cancer.

Un dépistage plus acceptable pour les femmes

Au-delà des chiffres, cette approche répond à un enjeu majeur : l’acceptabilité. Collecter un échantillon pendant les règles ne nécessite ni examen invasif, ni déplacement immédiat chez un médecin. Cela se fait à domicile, sans douleur, sans gêne, et en respectant l’intimité des femmes.

Pour de nombreuses participantes, cette méthode est apparue plus simple, plus rassurante et plus compatible avec leur quotidien. Un point crucial dans les contextes où le dépistage reste faible pour des raisons sociales, culturelles ou économiques.

Une avancée majeure pour la santé publique

Si cette méthode venait à être intégrée dans les programmes nationaux de dépistage, elle pourrait transformer la prévention du cancer du col de l’utérus, en particulier dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. En facilitant l’accès au dépistage, elle permettrait d’identifier plus tôt les infections à HPV et de réduire significativement les cancers évitables.


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Les chercheurs soulignent toutefois que des études complémentaires seront nécessaires pour confirmer ces résultats dans d’autres pays et évaluer les modalités concrètes de mise en œuvre à grande échelle.

Vers un dépistage plus simple, plus juste

Cette étude rappelle une chose essentielle : innover en santé ne signifie pas toujours complexifier. Parfois, il suffit d’écouter le réel, le corps et les usages quotidiens pour imaginer des solutions plus efficaces et plus humaines.

Faire du sang menstruel un outil de prévention, c’est aussi contribuer à lever un tabou et à replacer la santé des femmes au cœur des priorités de santé publique.


Source

Tian X. et al.
Testing menstrual blood for human papillomavirus during cervical cancer screening in China: cross sectional population based study
BMJ, 2026;392:e084831
https://doi.org/10.1136/bmj-2025-084831

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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