À Strasbourg, deux essais cliniques cherchent à répondre à des questions cruciales dans la prise en charge de la sclérose en plaques : peut-on réparer les lésions nerveuses et adapter les traitements lorsque la maladie devient stable ? Des recherches qui pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour les patients.
La sclérose en plaques reste aujourd’hui l’une des maladies neurologiques les plus complexes à traiter. Si les médicaments actuels permettent souvent de ralentir l’inflammation et de limiter les poussées, ils ne parviennent pas encore à réparer les dommages causés au système nerveux. C’est précisément ce défi que tentent de relever deux essais cliniques actuellement menés aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.
Ces recherches explorent deux questions majeures de la neurologie contemporaine : comment favoriser la réparation des fibres nerveuses endommagées et comment adapter les traitements lorsque la maladie se stabilise avec l’âge.
Une hormone pour protéger les neurones ?
Le premier essai clinique, baptisé TOTEM, s’intéresse à une piste inattendue : l’effet potentiel de la testostérone sur le système nerveux.
La sclérose en plaques est caractérisée par la destruction progressive de la gaine de myéline, une enveloppe qui protège les fibres nerveuses et permet la transmission rapide des signaux dans le cerveau et la moelle épinière. Lorsque cette gaine se dégrade, les messages nerveux circulent moins bien, ce qui peut provoquer des troubles moteurs, sensoriels ou visuels.
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Les chercheurs souhaitent déterminer si la testostérone pourrait jouer un rôle dans la remyélinisation, c’est-à-dire la reconstruction de cette gaine protectrice.
L’essai concerne des hommes atteints de SEP récurrente-rémittente présentant un faible taux de testostérone et déjà traités par des médicaments de fond. Les scientifiques analyseront notamment, grâce à des examens d’imagerie par résonance magnétique (IRM), l’évolution des lésions et les éventuels effets neuroprotecteurs de l’hormone.
Si cette piste se confirme, elle pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques visant non seulement à contrôler l’inflammation, mais aussi à réparer les dégâts déjà causés par la maladie.
Peut-on arrêter les traitements quand la maladie se stabilise ?
Le second essai, appelé TWINS, explore une question tout aussi importante pour les patients et les médecins : faut-il poursuivre indéfiniment les traitements lorsque la sclérose en plaques devient stable avec l’âge ?
Certains patients plus âgés voient en effet leur maladie devenir moins active. Pourtant, les traitements de fond sont souvent poursuivis pendant des années, parfois au prix d’effets secondaires ou d’un suivi médical lourd.
L’étude TWINS inclut des patients âgés de 55 ans et plus dont la maladie est stable. Les participants sont répartis aléatoirement en deux groupes : l’un continue le traitement habituel, tandis que l’autre l’interrompt.
Pendant environ deux ans et demi, les chercheurs suivent attentivement l’évolution de la maladie grâce à des consultations régulières et à des examens d’imagerie. L’objectif est de déterminer si l’arrêt du traitement peut être envisagé sans risque pour certains patients.
Une maladie encore largement mystérieuse
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central. Le système immunitaire attaque par erreur la myéline qui entoure les fibres nerveuses, provoquant inflammation et lésions dans le cerveau et la moelle épinière.
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Les symptômes peuvent être très variés : troubles de la vision, difficultés à marcher, fatigue intense, douleurs, problèmes d’équilibre ou encore troubles de la sensibilité. La maladie évolue souvent par poussées, suivies de périodes de rémission plus ou moins longues.
Elle constitue aujourd’hui l’une des principales causes de handicap neurologique non traumatique chez l’adulte jeune.
Vers une médecine plus personnalisée
Les deux essais menés à Strasbourg illustrent une évolution importante de la recherche sur la sclérose en plaques : l’objectif n’est plus seulement de ralentir la maladie, mais aussi de réparer les lésions et d’adapter les traitements à chaque profil de patient.
Trouver des thérapies capables de favoriser la remyélinisation représente l’un des grands espoirs de la neurologie moderne. Parallèlement, mieux comprendre quand et comment ajuster les traitements pourrait améliorer la qualité de vie de nombreux patients.
Si les résultats de ces essais se confirment, ils pourraient contribuer à transformer la prise en charge de la sclérose en plaques dans les années à venir.
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