Citation du jour

Citation du jour: Catherine Malabou et l’identité après le choc

«Le traumatisme peut produire une nouvelle identité, irréversible»

Dans ses travaux sur la plasticité du cerveau et de l’identité, Catherine Malabou propose une pensée exigeante, loin des discours rassurants. Cette phrase en est l’illustration. Elle vient nuancer — voire contredire — une idée très répandue : celle selon laquelle toute épreuve finirait par nous rendre plus forts, plus sages, plus résilients. Selon elle, certaines expériences ne transforment pas simplement : elles rompent. Elles produisent une identité nouvelle, qui ne se superpose pas à l’ancienne, mais la remplace en partie.

Derrière cette citation, il y a une vérité difficile à entendre : tout ne se répare pas, et tout ne revient pas.


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Une transformation qui n’est pas toujours choisie

On parle souvent du changement comme d’un processus volontaire. Une évolution progressive, maîtrisée, qui s’inscrit dans une continuité. Le traumatisme, lui, échappe à cette logique. Il survient, s’impose, bouleverse. Il ne demande pas l’accord du sujet.

Dans certains cas, il modifie profondément la manière de percevoir le monde, de ressentir, de se situer. Ce qui était familier devient étranger. Ce qui semblait stable vacille. L’identité ne se transforme pas doucement : elle se reconfigure brutalement.


Une rupture dans la continuité de soi

L’une des idées centrales chez Malabou est celle de rupture. Le traumatisme ne s’inscrit pas toujours dans une histoire cohérente que l’on pourrait raconter. Il peut créer une discontinuité, un avant et un après difficilement conciliables.

La personne d’avant n’est pas exactement celle d’après. Non pas parce qu’elle aurait évolué, mais parce qu’une partie de sa manière d’être a été altérée. Cette altération peut être durable, parfois irréversible.


Une identité redéfinie

Parler de “nouvelle identité” ne signifie pas repartir de zéro. Il s’agit plutôt d’une recomposition. Certaines dimensions de soi disparaissent, d’autres apparaissent. Le rapport au monde change, parfois en profondeur.

Cette nouvelle identité peut être difficile à reconnaître. Elle ne correspond pas toujours à ce que l’on souhaiterait être. Elle peut générer un sentiment d’étrangeté, voire de perte.


Sortir du mythe de la résilience systématique

Nos sociétés valorisent fortement la résilience. L’idée que toute épreuve peut être surmontée, intégrée, dépassée. Si cette perspective peut être utile, elle peut aussi devenir injonctive.

Malabou rappelle que certaines expériences ne s’intègrent pas facilement. Qu’elles ne produisent pas nécessairement une croissance. Qu’elles peuvent laisser des traces profondes, qui ne disparaissent pas.

Cette lucidité permet d’éviter une forme de culpabilisation. Ne pas “aller mieux” rapidement n’est pas un échec.


Une plasticité ambivalente

Le concept de plasticité est au cœur de la pensée de Malabou. Il désigne la capacité à changer de forme. Mais cette capacité n’est pas toujours positive. Elle peut aussi inclure des transformations qui déstabilisent, qui fragilisent, qui altèrent.

La plasticité n’est pas seulement une promesse d’adaptation.

Elle est aussi une possibilité de rupture.


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Apprendre à vivre avec

Si certaines transformations sont irréversibles, la question devient : comment vivre avec ? Comment habiter cette nouvelle identité ? Ce travail ne consiste pas à revenir en arrière, mais à trouver un nouvel équilibre.

Cela implique d’accepter ce qui a changé, sans forcément l’approuver. De reconnaître une réalité, même si elle est difficile.


Une autre forme de reconstruction

La reconstruction, dans ce contexte, ne consiste pas à restaurer ce qui a été perdu. Elle consiste à composer avec ce qui est là. À inventer une manière de vivre à partir de cette nouvelle configuration.

Ce processus est souvent lent, incertain, non linéaire.

Mais il est possible.


Une lucidité nécessaire

La force de la pensée de Malabou tient à sa lucidité. Elle ne cherche pas à adoucir la réalité, ni à la rendre plus acceptable. Elle propose de la regarder telle qu’elle est, avec ses fractures, ses discontinuités.

Cette lucidité peut être difficile, mais elle permet aussi de sortir des illusions.


Habiter une identité transformée

« Le traumatisme peut produire une nouvelle identité, irréversible. »

Cette phrase rappelle que certaines expériences nous transforment en profondeur, sans retour possible. Non pas pour nous condamner, mais pour nous inviter à reconnaître ce qui a changé.

Car c’est à partir de cette reconnaissance que peut commencer une autre forme de vie.
Non pas celle que l’on avait imaginée.
Mais celle que l’on peut construire, désormais.

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