Rick Hanson
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Liban: le combat d’un chirurgien pour sauver les enfants blessés par la guerre

À Beyrouth, au cœur d’un Liban frappé par les bombardements, le chirurgien Ghassan Abou Sittah mène une lutte quotidienne pour sauver des vies d’enfants. Dans un entretien accordé à l’AFP, ce spécialiste de la chirurgie reconstructive décrit une véritable « course contre la montre » face à l’afflux de jeunes patients gravement blessés.

Dans l’unité de soins intensifs pédiatriques de l’hôpital universitaire américain de Beyrouth, les urgences s’enchaînent sans relâche. Chaque jour, des enfants arrivent avec des blessures lourdes, souvent multiples. Ce matin-là encore, trois enfants ont été extraits des décombres après une frappe au cœur de la capitale. « Une fillette de 11 ans avait des éclats d’obus dans l’abdomen et le pied partiellement amputé (…) mais elle va s’en sortir », raconte le médecin, qui vit sur place pour pouvoir intervenir à tout moment.

Multiples opérations

Depuis le début des hostilités déclenchées début mars, le bilan ne cesse de s’alourdir. Selon les autorités libanaises, au moins 118 enfants ont été tués et 370 blessés. Derrière ces chiffres, des réalités médicales d’une extrême violence: membres arrachés, traumatismes crâniens, lésions cérébrales ou encore blessures au visage. « Souvent, on voit tout cela chez un seul enfant », explique Ghassan Abou Sittah, évoquant des parcours de soins longs et complexes, nécessitant de multiples opérations.

Certains cas marquent durablement les équipes. Le chirurgien se souvient notamment de trois sœurs grièvement blessées, qu’il doit opérer tous les deux jours pour retirer les tissus nécrosés et préparer des reconstructions chirurgicales. Un travail minutieux, répétitif, qui illustre la gravité des blessures infligées par les bombardements.


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À 57 ans, le médecin n’en est pas à son premier conflit. Né au Koweït d’un père palestinien originaire de Gaza et d’une mère libanaise, il a consacré sa carrière à soigner les civils dans les zones de guerre : Gaza, Irak, Yémen ou encore le Liban. Sa vocation remonte à la guerre du Golfe, au début des années 1990. Depuis, il enchaîne les missions, sans jamais s’habituer à la souffrance des plus jeunes. « Un enfant ne devrait jamais devenir anonyme, un simple numéro », insiste-t-il.

Le parallèle avec Gaza s’impose aujourd’hui à ses yeux. « C’est un Gaza miniature », affirme-t-il, en référence à la destruction des infrastructures et à la pression extrême exercée sur le système de santé. Plusieurs hôpitaux ont déjà été contraints d’évacuer, dont un disposant d’une importante unité d’urgences pédiatriques. Une situation qui complique considérablement la prise en charge des blessés.

Un fonds pour la prise en charge des enfants blessés

Le transport des patients constitue un autre défi majeur. Dans certaines régions rurales, les structures de soins sont insuffisantes, et les transferts vers Beyrouth deviennent périlleux. « Les ambulances sont prises pour cible (…) ces transferts ne peuvent avoir lieu que de jour et prennent beaucoup de temps », explique le chirurgien. Certains enfants meurent faute d’avoir pu être transportés à temps.

Au-delà de l’urgence médicale, c’est toute une réalité sociale qui se dessine. Beaucoup de jeunes patients arrivent seuls, après avoir perdu une partie ou la totalité de leur famille. Le plus jeune, âgé de quatre ans, a survécu à un bombardement qui a tué ses parents et ses frères. Amputé et blessé à la tête, il devra être suivi pendant des années. « Ce n’est pas seulement le corps qui est détruit, c’est toute la cellule familiale », souligne Ghassan Abou Sittah.


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Face à cette situation, le médecin a créé en 2024 un fonds dédié à la prise en charge des enfants blessés, au Liban et à Gaza. L’objectif : aller au-delà des soins d’urgence, en assurant un accompagnement physique et psychologique sur le long terme.

Dans un contexte où les infrastructures s’effondrent et où les besoins explosent, son combat illustre une réalité souvent invisible : derrière les conflits, ce sont des vies d’enfants, des trajectoires brisées et des familles entières qui tentent de survivre.

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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