Présentée le 2 mars 2026 au congrès annuel de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons, une vaste analyse suggère que les traitements à base de GLP-1, utilisés contre le diabète de type 2 et l’obésité, pourraient être associés à une légère augmentation du risque d’ostéoporose et de goutte. Les chercheurs appellent toutefois à la prudence dans l’interprétation.
Une analyse de plus de 146 000 dossiers médicaux
L’étude repose sur l’examen de cinq années de données médicales concernant plus de 146 000 adultes souffrant à la fois d’obésité et de diabète de type 2.
Les chercheurs ont comparé les patients traités par analogues du GLP-1 — notamment le sémaglutide (commercialisé sous Ozempic et Wegovy) et le liraglutide (vendu sous Victoza et Saxenda) — à ceux ne prenant pas ces traitements.
Résultat :
- 4 % des utilisateurs de GLP-1 ont développé une ostéoporose, contre un peu plus de 3 % chez les non-utilisateurs, soit une augmentation relative d’environ 30 %.
- Les cas d’ostéomalacie (ramollissement des os), bien que rares, étaient presque deux fois plus fréquents sous GLP-1.
- La goutte concernait 7,4 % des patients traités, contre 6,6 % des autres, soit une hausse d’environ 12 %.
L’étude n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture.
Ostéoporose: un effet du médicament ou de la perte de poids?
L’ostéoporose correspond à une diminution de la densité minérale osseuse, augmentant le risque de fractures, notamment chez les personnes âgées.
Pour les auteurs, plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces résultats.
La première tient à la perte de poids rapide induite par ces traitements. Lorsque le poids diminue fortement, les contraintes mécaniques exercées sur le squelette se réduisent, ce qui peut entraîner une baisse de densité osseuse.
« La perte de poids entraîne une perte osseuse », rappelle un professeur de médecine de l’université Tufts, qui étudie l’impact des GLP-1 sur le métabolisme osseux. La question reste de savoir s’il s’agit d’une adaptation physiologique normale ou d’une fragilisation excessive.
Autre piste avancée : la diminution des apports nutritionnels. En réduisant l’appétit, ces médicaments peuvent conduire certains patients à consommer moins de calcium, de vitamine D ou de protéines, éléments essentiels à la santé osseuse.
Goutte: un lien indirect avec l’amaigrissement?
La goutte est une forme d’arthrite inflammatoire causée par un excès d’acide urique dans le sang.
Une perte de poids rapide peut entraîner une augmentation transitoire de cet acide urique, favorisant les crises. Les chercheurs estiment donc que le risque accru observé pourrait être lié davantage à la dynamique de l’amaigrissement qu’à un effet direct du médicament.
Des limites importantes
Il s’agit d’une étude observationnelle. Elle ne permet donc pas d’établir un lien de causalité formel.
Les chercheurs ne disposaient pas d’informations détaillées sur :
- l’alimentation des patients,
- leur niveau d’activité physique,
- leur consommation de compléments (vitamine D, calcium),
- ni la durée exacte de traitement pour chaque molécule.
La Food and Drug Administration mentionne déjà dans la notice du sémaglutide un possible risque accru de fractures chez certaines populations, notamment les femmes et les personnes âgées.
Faut-il revoir les prescriptions?
Les experts interrogés se montrent prudents. Les bénéfices des GLP-1 dans la réduction du poids, l’amélioration du contrôle glycémique et la diminution du risque cardiovasculaire restent majeurs.
Pour les spécialistes, le message n’est pas d’interrompre ces traitements, mais de les accompagner davantage:
-
surveillance de la densité osseuse chez les patients à risque ;
-
apport suffisant en protéines, calcium et vitamine D ;
-
intégration d’exercices de renforcement musculaire.
Plusieurs études suggèrent d’ailleurs que la pratique d’une activité physique structurée pourrait limiter la perte de densité osseuse associée à l’amaigrissement.
Un signal à surveiller
Avec l’essor mondial des médicaments GLP-1, utilisés bien au-delà du seul diabète, la question de leurs effets à long terme devient centrale.
Cette étude apporte un signal statistique modéré mais cohérent avec d’autres travaux récents. Elle appelle surtout à une approche globale : la perte de poids médicamenteuse ne dispense pas d’un encadrement nutritionnel et d’un suivi médical attentif.
Les chercheurs soulignent la nécessité d’études supplémentaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et préciser les populations réellement à risque.
L’essentiel
Les médicaments comme Ozempic et Wegovy fragilisent-ils les os ?
Certaines études récentes suggèrent une légère augmentation du risque de fractures chez les personnes traitées par agonistes du GLP-1, notamment chez les patients âgés atteints de diabète de type 2. Cela ne signifie pas que ces médicaments causent directement l’ostéoporose, mais un signal statistique a été observé.
Pourquoi la perte de poids peut-elle affecter la densité osseuse ?
Une perte de poids rapide réduit la charge mécanique exercée sur le squelette. Or, les os se renforcent en réponse aux contraintes physiques. Moins de pression peut entraîner une diminution progressive de la densité minérale osseuse.
Les GLP-1 augmentent-ils le risque de goutte ?
Certaines données indiquent un léger risque accru de goutte chez les utilisateurs de GLP-1. Cela pourrait être lié à une augmentation transitoire de l’acide urique lors d’une perte de poids rapide, plutôt qu’à un effet toxique direct du médicament.
Faut-il arrêter Ozempic ou Wegovy à cause de ces risques ?
Non. Les bénéfices métaboliques des GLP-1 restent importants, notamment pour la perte de poids et le contrôle du diabète. Les experts recommandent plutôt un suivi médical adapté, incluant une surveillance nutritionnelle et une activité physique régulière.
Comment protéger ses os sous traitement GLP-1 ?
Il est conseillé de maintenir un apport suffisant en protéines, calcium et vitamine D, et d’intégrer des exercices de renforcement musculaire. Chez les patients à risque, un examen de densité osseuse peut être envisagé.
Source
– Hsu JY et al. GLP-1 receptor agonists and the risk of fragility fractures in older adults with type 2 diabetes. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, février 2026.
Disponible en ligne : https://academic.oup.com/jcem/advance-article-abstract/doi/10.1210/clinem/dgag056/8471581
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