Fatigue chronique, difficultés de concentration, douleurs persistantes… Pendant des années, Nouhaila, une adolescente de Casablanca, a vécu avec des symptômes dont elle ne comprenait pas l’origine. Ce n’est qu’après un long parcours médical que les médecins ont identifié la cause : une intoxication au plomb.
Son histoire, rapportée dans un reportage publié par l’UNICEF Maroc, illustre une crise sanitaire largement invisible mais qui toucherait des milliers d’enfants dans le pays.
Une maladie invisible pendant des années
Aujourd’hui âgée de 16 ans, Nouhaila raconte que les premiers signes sont apparus progressivement. Fatigue intense, difficultés à se concentrer à l’école, douleurs diffuses… Pendant longtemps, personne n’a compris l’origine de ces troubles.
« On n’a découvert mon intoxication qu’après plusieurs années de souffrance », explique-t-elle.
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Sa mère se souvient d’un parcours médical particulièrement difficile, marqué par une longue errance avant qu’un spécialiste ne suspecte enfin une intoxication au plomb.
La situation a également touché la sœur de Nouhaila.
« Je pensais être en dépression, mais j’avais en réalité un taux de plomb très élevé. J’étais constamment fatiguée, isolée, et même mes gencives avaient noirci », raconte-t-elle.
Un problème de santé publique mondial
Selon les estimations de l’UNICEF, le phénomène est loin d’être isolé. Dans un rapport publié en 2020, l’organisation estime qu’un enfant sur trois dans le monde présente un taux de plomb dans le sang supérieur au seuil de sécurité.
Au Maroc, près de 1,9 million d’enfants pourraient être concernés, selon des estimations récentes citées par l’UNICEF.
Cette intoxication constitue une menace particulièrement grave pour les plus jeunes. Le plomb est un métal lourd toxique qui peut provoquer des dommages irréversibles, notamment sur le cerveau en développement.
Des effets graves sur le développement
Les spécialistes rappellent qu’aucun niveau d’exposition au plomb n’est considéré comme totalement sûr pour les enfants.
Même à faible dose, ce métal peut entraîner :
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une diminution du quotient intellectuel
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des troubles de l’apprentissage
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des problèmes de comportement
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des atteintes neurologiques durables
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une fatigue chronique et des troubles de l’attention
Les conséquences peuvent parfois accompagner les enfants toute leur vie.
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Le plomb a longtemps été utilisé dans certains produits du quotidien, notamment dans des peintures, des céramiques, certains cosmétiques ou encore dans des ustensiles. Il peut également contaminer les sols dans certains environnements urbains ou industriels.
Au Maroc, les sources d’exposition restent encore insuffisamment documentées, même si plusieurs réglementations ont déjà été adoptées pour limiter la présence de plomb dans certains produits.
Un engagement pour un avenir sans plomb
Face à cette menace, le Maroc a récemment rejoint une initiative internationale importante.
En août 2024, le Royaume a intégré le partenariat mondial « Un Avenir Sans Plomb », lancé avec l’appui de l’UNICEF et d’autres organisations internationales. L’objectif de ce programme est ambitieux : éliminer l’exposition des enfants au plomb d’ici 2040.
Depuis 2025, une task-force nationale multisectorielle pilotée par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, en collaboration avec l’UNICEF, travaille à la mise en place d’un programme national dédié.
Le Dr Alaoui El Youssfi souligne l’importance de cet engagement : « Protéger les enfants de l’exposition au plomb, c’est protéger leur développement, leur santé et l’avenir du pays. »
Une question d’équité sociale
L’intoxication au plomb touche souvent en priorité les populations les plus vulnérables.
Les enfants vivant dans des environnements dégradés ou dans des familles disposant de peu de moyens sont généralement les plus exposés.
Pour Nouhaila et sa sœur, un traitement médical adapté a permis d’améliorer leur état de santé.
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« Après le traitement, ma vie a changé. Aujourd’hui j’ai repris mes habitudes d’autrefois. J’ai été heureuse de retrouver mon école et de pouvoir me concentrer de nouveau sur mes études », explique-t-elle.
Mais toutes les familles n’ont pas la même chance.
Selon les spécialistes, de nombreux enfants pourraient souffrir d’une intoxication similaire sans que le diagnostic soit posé, faute d’accès à des dépistages ou à des examens spécialisés.
Une urgence sanitaire silencieuse
L’empoisonnement au plomb reste encore peu connu du grand public. Pourtant, ses conséquences peuvent être lourdes pour le développement cognitif et la santé des enfants.
Pour les organisations internationales comme l’UNICEF, lutter contre cette exposition constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique.
Le témoignage de Nouhaila rappelle que derrière les statistiques se cachent des vies d’enfants dont l’avenir peut être profondément affecté.
Réduire l’exposition au plomb ne consiste pas seulement à éliminer un contaminant environnemental. C’est aussi garantir à chaque enfant la possibilité de grandir, d’apprendre et de construire son avenir en bonne santé.
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