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La mouche tsé-tsé a du souci à se faire: une pilule unique rapproche la maladie du sommeil de l’éradication

Un traitement en une seule prise pourrait bouleverser la lutte contre la maladie du sommeil en Afrique subsaharienne causée par la mouche tsé-tsé. Les régulateurs européens viennent d’ouvrir la voie à son déploiement.

Un traitement en trois comprimés, pris en une seule fois. Derrière cette apparente simplicité se cache peut-être un tournant historique dans la lutte contre la maladie du sommeil, l’une des grandes maladies négligées du continent africain. Vendredi 27 février, les autorités européennes du médicament ont donné un avis favorable à l’acoziborole, un nouveau médicament développé par Sanofi, ouvrant la voie à son utilisation en Afrique subsaharienne.

Pour une maladie longtemps associée à la pauvreté, à l’isolement et à l’abandon sanitaire, l’annonce marque une étape majeure.

Une maladie ancienne, toujours redoutable

La maladie du sommeil — ou trypanosomiase humaine africaine — est transmise par la mouche tsé-tsé, présente uniquement dans certaines zones rurales d’Afrique subsaharienne. Lorsqu’elle pique un être humain, elle transmet un parasite microscopique qui envahit progressivement l’organisme.


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Les premiers symptômes peuvent ressembler à une grippe : fièvre, fatigue, maux de tête. Mais à mesure que le parasite se multiplie, il atteint le système nerveux. Les cycles veille-sommeil se dérèglent, les troubles neurologiques apparaissent, et sans traitement, la maladie peut conduire au coma puis au décès.

Il n’existe toujours pas de vaccin. Le parasite possède en effet une capacité unique à modifier sa surface, échappant ainsi au système immunitaire. La lutte repose donc uniquement sur la prévention, la surveillance et le traitement.

Un traitement radicalement simplifié

Jusqu’ici, soigner la maladie du sommeil relevait du parcours du combattant. Les traitements nécessitaient souvent dix jours d’hospitalisation, des déplacements longs et coûteux depuis des villages isolés, et parfois des ponctions lombaires pour déterminer le stade de l’infection.

L’acoziborole change la donne.

Trois comprimés pris simultanément en une seule dose. Pas de perfusion prolongée. Pas de distinction complexe entre stade précoce et stade avancé. Le médicament peut être utilisé chez les patients âgés de 12 ans et plus, quel que soit le stade de la maladie.


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Une étude menée auprès d’environ 200 patients en République démocratique du Congo et en Guinée a montré que plus de 95 % d’entre eux étaient considérés comme guéris 18 mois après la prise du traitement. Des résultats jugés suffisamment solides pour convaincre les régulateurs européens.

Sanofi s’est engagé à fournir le médicament gratuitement à l’Organisation mondiale de la santé, afin qu’il soit accessible aux patients.

Une maladie en net recul… mais pas encore vaincue

La maladie du sommeil a connu des flambées importantes dans les années 1970 et 1990, dans des contextes d’instabilité politique et économique. À l’époque, les traitements disponibles étaient toxiques et douloureux.

Depuis les années 2000, l’amélioration des thérapies et des campagnes de dépistage a entraîné une chute spectaculaire du nombre de cas. En 2009, pour la première fois depuis un demi-siècle, les infections recensées sont passées sous la barre des 10 000. En 2024, moins de 600 cas de la forme la plus courante ont été officiellement signalés.


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L’Organisation mondiale de la santé s’est fixé pour objectif d’interrompre la transmission de cette forme d’ici 2030.

Mais des incertitudes subsistent. Les chercheurs rappellent que l’on ne sait pas toujours précisément où le parasite continue de circuler. De nombreuses infections pourraient rester non diagnostiquées dans des zones reculées. La maladie demeure profondément liée aux inégalités d’accès aux soins.

Un précédent historique en vue ?

Si la maladie du sommeil venait à être éliminée, ce serait un événement sans précédent : la première maladie infectieuse éradiquée sans vaccin. Une victoire obtenue uniquement grâce à la surveillance, à la lutte contre le vecteur — la mouche tsé-tsé — et à des traitements médicamenteux efficaces.

L’acoziborole ne signe pas encore la fin définitive de la maladie du sommeil. Mais il simplifie considérablement la prise en charge, là où la complexité logistique constituait l’un des principaux obstacles.

Pour la mouche tsé-tsé, symbole d’une pathologie longtemps redoutée, le vent pourrait bien être en train de tourner.

L’essentiel

Qu’est-ce que la maladie du sommeil ?

La maladie du sommeil, ou trypanosomiase humaine africaine, est une infection parasitaire transmise par la mouche tsé-tsé. Elle touche principalement les zones rurales d’Afrique subsaharienne et peut provoquer des troubles neurologiques graves, un coma et la mort si elle n’est pas traitée.


Quels sont les symptômes de la maladie du sommeil ?

Les premiers signes ressemblent à une grippe : fièvre, fatigue, maux de tête.
À un stade avancé, la maladie perturbe le système nerveux et provoque une inversion du cycle veille-sommeil, des troubles cognitifs et neurologiques.


Existe-t-il un vaccin contre la maladie du sommeil ?

Non. Le parasite responsable modifie constamment sa surface, ce qui rend le développement d’un vaccin extrêmement difficile. La lutte repose donc sur le traitement médicamenteux et la surveillance.


Qu’est-ce que l’acoziborole ?

L’acoziborole est un nouveau médicament développé par Sanofi. Il se présente sous forme de trois comprimés pris en une seule dose et peut traiter à la fois les formes précoces et avancées de la maladie du sommeil.


Pourquoi cette nouvelle pilule est-elle considérée comme un tournant ?

Contrairement aux traitements précédents, elle ne nécessite pas d’hospitalisation prolongée ni de ponction lombaire. Sa simplicité pourrait faciliter le traitement dans des zones isolées et accélérer l’élimination de la maladie.


La maladie du sommeil peut-elle être éradiquée ?

L’Organisation mondiale de la santé vise l’interruption de la transmission d’ici 2030 pour la forme la plus courante. Si cela se confirme, ce serait l’un des rares cas d’élimination d’une maladie infectieuse sans vaccin.

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R.M.

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