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Ramadan: le dilemme des diabétiques

Chaque année, le Ramadan confronte des millions de personnes atteintes de diabète à un choix délicat : jeûner au nom de la spiritualité ou préserver un équilibre glycémique parfois fragile. Dans un pays où la maladie progresse silencieusement, la question dépasse le cadre religieux pour devenir un véritable enjeu de santé publique. Entre recommandations médicales, habitudes sucrées du ftour et pression sociale diffuse, la décision ne peut se prendre à la légère.

Au Maroc, le diabète touche plus de 2,7 millions d’adultes, selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé. La prévalence nationale atteint environ 12,4 % chez les plus de 18 ans, avec une prédominance féminine observée dans certaines enquêtes. Plus inquiétant encore : près de 50 % des personnes diabétiques ignorent leur maladie.

À ces chiffres s’ajoutent plus de 2,2 millions de pré-diabétiques, ainsi que plus de 20 000 enfants atteints. Chaque année, le diabète est associé à plus de 12 000 décès au Maroc.

Dans ce contexte, le Ramadan n’est pas un simple épisode religieux: il devient un moment critique pour des millions de personnes.


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Jeûner ou pas: une décision médicale avant tout

Les autorités sanitaires internationales, notamment l’Organisation mondiale de la Santé, rappellent que le jeûne prolongé peut exposer les personnes diabétiques à des complications telles que l’hypoglycémie, l’hyperglycémie ou la déshydratation.

La première règle est claire: consulter son médecin traitant avant de décider de jeûner. Le niveau de risque dépend du type de diabète, du traitement, de l’équilibre glycémique et des antécédents médicaux. Certaines catégories de patients sont fortement déconseillées de jeûner, notamment les personnes insulinodépendantes mal équilibrées ou ayant des antécédents d’hypoglycémies sévères.

Pour d’autres, le jeûne peut être envisagé sous strict encadrement, avec ajustement thérapeutique et surveillance régulière.

Dans les faits, pourtant, beaucoup de patients prennent leur décision seuls. Le poids social du Ramadan est réel. Ne pas jeûner peut être vécu comme une marginalisation.


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Le ftour: entre tradition et pic glycémique

Même lorsque le jeûne est autorisé médicalement, un autre enjeu apparaît : la manière de rompre le jeûne.

Au Maroc, le ftour commence traditionnellement par des dattes et des jus sucrés. Or, ce rituel peut poser problème chez une personne diabétique.

La nutritionniste Maria Benjelloun met en garde : « Un diabétique ne peut pas rompre son jeûne avec un jus. » Le sucre liquide est absorbé très rapidement, provoquant un pic glycémique brutal. Elle recommande également de ne pas dépasser une datte au ftour, voire aucune selon le profil médical.

 

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Les recommandations de santé publique convergent: privilégier l’eau, introduire des fibres et des protéines pour ralentir l’absorption du glucose, éviter les sucres rapides à la rupture.

Il ne s’agit pas de renoncer aux traditions, mais de les adapter à une réalité physiologique.


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Surveiller pour prévenir

Autre point essentiel: mesurer sa glycémie pendant le jeûne ne rompt pas le jeûne. Cette surveillance est au contraire vitale pour prévenir les complications.

En cas de signes d’hypoglycémie (vertiges, tremblements, malaise) ou d’hyperglycémie sévère, les recommandations médicales sont claires: rompre immédiatement le jeûne.

Le Ramadan agit comme un révélateur d’une réalité plus large : l’ampleur du diabète au Maroc et le manque de diagnostic précoce. Quand près d’un malade sur deux ignore sa condition, le risque de complications liées au jeûne augmente mécaniquement.

Le dilemme des diabétiques n’est donc pas seulement individuel. Il est collectif. Il interroge l’accès à l’information, l’éducation thérapeutique et l’adaptation des habitudes alimentaires à une société en mutation.

Concilier foi et lucidité

Jeûner ou ne pas jeûner n’est pas une question de courage. C’est une question d’évaluation médicale. Consulter avant et pendant Ramadan. Adapter son alimentation. Surveiller sa glycémie. Limiter les sucres rapides au ftour.

Dans un pays où une personne sur cinq est diabétique ou le deviendra, la prudence n’est pas une option. Elle est une nécessité.

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R.M.

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