Le Maroc fait face à un défi de taille : un nombre estimé à près de 3 millions de chiens errants circulent dans les villes et les campagnes. Une présence massive qui soulève des enjeux de santé publique, notamment en matière de rage, une maladie encore endémique dans certaines régions du Royaume. Pour répondre à cette urgence, les autorités ont adopté une stratégie bien précise : l’approche TNR, pour Trap-Neuter-Release, désormais au cœur du plan national de gestion des animaux errants.
Alors que le ministère de l’Intérieur a mobilisé 117 millions de dirhams en 2025 pour lutter contre ces risques, la TNR apparaît comme une méthode beaucoup plus moderne et éthique que les pratiques d’abattage massifs autrefois courantes. Mais que signifie exactement cette approche, et pourquoi le Maroc l’a-t-elle choisie ?
La TNR, c’est quoi exactement ?
L’approche TNR consiste à capturer les chiens errants, à stériliser ceux qui sont sains, à vacciner ceux qui le peuvent — particulièrement contre la rage — et à les relâcher ensuite dans leur lieu d’origine.
Les chiens véritablement dangereux ou agressifs, eux, peuvent être euthanasiés dans des conditions encadrées, toujours sous supervision vétérinaire.
Lire aussi: Le berger malinois, un chien victime de son succès
Cette méthode repose sur un principe simple : lorsqu’une population animale est stérilisée, elle cesse de se reproduire. Les chiens deviennent plus calmes, moins territoriaux et moins agressifs. Avec le temps, la population diminue naturellement et durablement.
Contrairement aux abattages, qui ouvrent la porte à l’arrivée de nouveaux chiens non vaccinés et non stérilisés, la TNR permet de stabiliser les populations et de réduire les risques sanitaires.
Pourquoi le Maroc mise sur la TNR ?
Le rapport annuel du ministère de l’Intérieur pour 2025 montre une volonté claire : mettre fin aux méthodes inefficaces du passé et adopter des solutions durables, alignées sur les recommandations internationales. C’est dans cette logique que le Maroc investit massivement dans la TNR.
Sur les 117 millions de dirhams mobilisés, 38 millions sont spécifiquement consacrés à l’accompagnement des collectivités pour :
-
construire et équiper des fourrières modernes,
-
acheter des véhicules adaptés à la capture non violente,
-
former les agents aux protocoles de stérilisation et de relâche,
-
développer des programmes de vaccination.
Ce changement de stratégie répond à un double enjeu : protéger la population humaine, mais aussi garantir le bien-être animal, un aspect longtemps négligé dans les politiques publiques.
Un plan national structuré et multisectoriel
La mise en œuvre de la TNR ne se limite pas à capturer des chiens. Elle s’intègre dans un plan d’action global comprenant plusieurs volets:
D’abord, la lutte contre les vecteurs de maladies bénéficie d’un budget de 39 millions de dirhams, finançant insecticides, équipements et interventions sur le terrain pour limiter les risques liés aux moustiques, rongeurs et autres animaux nuisibles.
Lire aussi: 10 prénoms originaux à donner à son chat
Ensuite, le pays poursuit le développement d’infrastructures adaptées. Plus de 20 fourrières ont déjà été construites dans de grandes villes comme Casablanca, Marrakech, Tanger, Agadir ou Oujda. À Kénitra, un complexe vétérinaire mobile a été lancé, conçu comme un projet pilote appelé à être déployé progressivement dans d’autres régions.
Enfin, pour lutter spécifiquement contre la rage, le ministère de la Santé a consacré près de 40 millions de dirhams à l’achat de vaccins et de sérums, distribués dans 565 centres de santé. Les collectivités territoriales, elles, ont ajouté 40 millions supplémentaires pour renforcer l’approvisionnement en produits essentiels.
Une approche alignée avec les recommandations internationales
La stratégie TNR adoptée par le Maroc s’inscrit dans la droite ligne des recommandations de l’OMS et de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Ces organismes considèrent la TNR comme la méthode la plus efficace, la plus éthique et la plus durable pour réduire les risques de rage et gérer les populations canines errantes.
Lire aussi: Pourquoi mon chat grossit ? Les vrais risques de l’obésité chez le chat
La TNR permet non seulement de limiter la reproduction, mais aussi d’obtenir des chiens mieux intégrés à l’environnement, moins agressifs et moins porteurs de maladies. De nombreuses villes dans le monde — Istanbul, New Delhi, Mexico ou encore Athènes — ont déjà prouvé son efficacité lorsqu’elle est appliquée de manière continue.
Un défi encore immense, mais une voie claire
Si la mise en place de la TNR marque un tournant, le chemin reste long. Le Maroc doit encore renforcer la coordination entre les communes, les services vétérinaires, les associations de protection animale et la population elle-même. Mais la direction est posée : privilégier la vaccination, la stérilisation, l’éducation et la gestion durable plutôt que la violence ou la réaction à chaud.
En adoptant l’approche TNR, le Maroc fait le choix d’une stratégie plus humaine, plus efficace et totalement tournée vers l’avenir. Une solution qui protège à la fois les citoyens, les animaux… et l’équilibre naturel.
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.













