Cette phrase, en apparence simple, condense l’une des idées centrales de la pensée d’Achille Mbembe. Philosophe camerounais de renommée internationale, professeur à l’université de Witwatersrand et figure majeure de la réflexion contemporaine sur la modernité, le pouvoir et l’Afrique, Mbembe ne parle pas ici d’imagination comme d’une fantaisie ou d’un divertissement. Il en fait une condition politique, existentielle et humaine de la liberté.
La citation apparaît dans ses essais et conférences consacrés à la modernité, à l’émancipation et aux formes contemporaines de domination. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large : on ne se libère pas uniquement en brisant des chaînes visibles. On se libère aussi — et peut-être d’abord — en étant capable d’imaginer autre chose que ce qui existe déjà.
La liberté ne naît pas seulement de la rupture
Dans l’imaginaire collectif, la liberté est souvent associée à la rupture : renverser un pouvoir, quitter une situation oppressive, s’affranchir d’une contrainte. Mais pour Achille Mbembe, cette rupture ne suffit pas. Sans imagination, elle risque de reconduire les mêmes structures sous d’autres formes.
Être libre, ce n’est pas seulement dire non. C’est pouvoir concevoir un ailleurs, un autrement, une possibilité qui n’existe pas encore. L’imagination devient alors un espace intérieur où se dessinent de nouvelles manières de vivre, de penser, de cohabiter avec les autres.
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L’imagination comme force politique
Chez Achille Mbembe, l’imagination n’est jamais naïve. Elle est une force politique à part entière. Les systèmes de domination les plus puissants ne se contentent pas de contrôler les corps ou les territoires ; ils façonnent aussi les imaginaires. Ils imposent ce qui est pensable et ce qui ne l’est pas.
Lorsqu’une société cesse d’imaginer, elle cesse progressivement de se libérer. Elle s’enferme dans l’idée qu’il n’y a pas d’alternative, que le monde est tel qu’il est et qu’il ne peut être autrement. C’est précisément cette résignation que Mbembe interroge et combat.
Imaginer, c’est refuser l’inéluctable
Dire qu’il n’y a pas de liberté sans imagination, c’est refuser l’idée que l’ordre présent serait définitif. C’est affirmer que même dans les contextes les plus contraints — politiques, sociaux, économiques ou psychiques — subsiste une capacité à projeter autre chose.
Cette imagination n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être discrète, intime, presque silencieuse. Elle se loge dans un geste, une parole, une manière différente de se raconter sa propre histoire. Mais elle ouvre une brèche : celle où la liberté peut commencer à prendre forme.
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Une leçon pour les individus autant que pour les sociétés
Si la pensée d’Achille Mbembe s’adresse aux sociétés, elle résonne aussi puissamment à l’échelle individuelle. Beaucoup de formes d’aliénation contemporaines ne tiennent pas à des interdictions explicites, mais à un appauvrissement de l’imaginaire. On ne s’autorise plus à penser autrement sa vie, son travail, ses relations, son rapport au monde.
Or, sans imagination, la liberté devient abstraite. Elle se réduit à un principe sans incarnation. Imaginer, au contraire, permet de redonner chair à l’idée même de liberté, en la reliant à des possibles concrets, même fragiles, même imparfaits.
Imaginer pour rester humain
En rappelant que la liberté dépend de l’imagination, Achille Mbembe replace l’humain au cœur du politique. Il ne s’agit pas seulement de droits, de lois ou d’institutions, mais de la capacité à inventer du sens, à ouvrir des horizons, à ne pas se résigner à ce qui est donné.
L’imagination n’est pas un luxe.
Elle est une condition de survie morale.
Et peut-être même, aujourd’hui, une condition de la liberté elle-même.
Car sans imagination,
la liberté se fige.
Avec elle,
elle devient un mouvement.
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