Le Maroc vient d’autoriser Ozempic®, un traitement injectable à base de sémaglutide utilisé dans la prise en charge du diabète de type 2. Présenté comme une avancée thérapeutique majeure, le médicament arrive toutefois dans un contexte marqué par de fortes interrogations sur son accessibilité et sur les dérives qui l’entourent à l’international. Son introduction sur le marché marocain ne se limite donc pas à une annonce médicale : elle ouvre un débat de fond sur la politique du médicament, le coût des traitements innovants et les priorités de santé publique.
Ozempic s’est imposé dans de nombreux pays comme l’un des traitements les plus efficaces pour stabiliser la glycémie et réduire les risques cardiovasculaires liés au diabète de type 2. Son arrivée au Maroc pourrait améliorer la prise en charge de milliers de patients. Mais l’association ITPC-MENA alerte déjà sur un risque majeur : celui de voir le médicament réservé à une minorité en raison de son prix potentiellement élevé.
Un espoir thérapeutique sous tension
Le décret marocain sur l’Autorisation de Mise sur le Marché accorde en effet cinq ans d’exclusivité sur les données cliniques pour tout médicament innovant. Durant cette période, aucun générique ne peut être autorisé, même si le produit existe depuis longtemps ailleurs. ITPC-MENA juge cette exclusivité « mal conçue » et estime qu’elle dépasse les standards internationaux. Pour l’association, elle pourrait fermer la porte aux versions génériques plus abordables et transformer Ozempic en « médicament de riches », dans un pays où le diabète touche plus de 2,7 millions de personnes.
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Cette inquiétude est alimentée par les écarts de prix observés à l’étranger. En France, un stylo d’Ozempic coûte plus de 70 euros, soit plus de 300 euros par mois. Au Bangladesh, un générique équivalent est vendu autour de cinq euros. Ces différences interrogent sur ce que pourrait être le tarif final en pharmacie marocaine si aucun générique n’est autorisé avant plusieurs années.
Entre usages détournés et enjeux de souveraineté
La controverse autour d’Ozempic ne se limite pas à son prix. À l’international, le médicament est au cœur d’un phénomène médiatique alimenté par les réseaux sociaux. De nombreuses célébrités et influenceurs l’utilisent pour perdre du poids, bien en dehors de son indication officielle. Cette tendance a entraîné des ruptures de stock dans plusieurs pays, parfois au détriment des diabétiques eux-mêmes. L’annonce de son autorisation au Maroc a déjà suscité un important volume de recherches en ligne sur « Ozempic pour maigrir », signe que la dérive pourrait se répéter.
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L’arrivée du médicament met également en lumière les limites du cadre réglementaire marocain. ITPC-MENA rappelle que d’autres pays, comme la Jordanie, ont assoupli leur système en levant l’exclusivité des données lorsque le médicament est commercialisé à l’étranger depuis plus de 18 mois. L’association plaide pour une approche similaire au Maroc, estimant que la production de génériques locaux pourrait réduire les coûts, alléger la pression sur l’AMO et renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays.
Accès équitable
Alors que les autorités travaillent à un nouveau décret encadrant les AMM, l’organisation propose de limiter la protection des données dans certains cas, d’exclure les médicaments déjà génériqués ailleurs et de permettre des dérogations lorsque la santé publique l’exige. Le cas d’Ozempic, selon ITPC-MENA, ne doit pas devenir le précédent qui consacrerait un accès à deux vitesses aux innovations médicales.
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L’arrivée de ce traitement ouvre ainsi un débat plus large que celui d’un simple médicament. Elle interroge la capacité du système de santé marocain à intégrer les innovations tout en garantissant un accès équitable à l’ensemble de la population, dans un contexte de progression rapide des maladies métaboliques. L’enjeu dépasse le seul diabète : il touche directement la manière dont le pays entend concilier innovation, régulation et justice sociale.

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