Un solvant largement utilisé dans les pressings marocains fait l’objet d’une mise en garde officielle du ministère de la Santé. Selon le Centre antipoison du Maroc, le perchloroéthylène, produit central du nettoyage à sec, représente un risque réel pour la santé des travailleurs… mais aussi pour la population exposée.
Invisible, incolore et volatil, le perchloroéthylène — souvent appelé « perchlo » — est depuis des décennies le solvant de référence dans les pressings de nettoyage à sec. Son efficacité à dissoudre les graisses et les taches en a fait un standard du secteur. Mais derrière cette apparente banalité se cache un produit classé parmi les hydrocarbures halogénés, une famille chimique connue pour ses effets toxiques sur l’organisme humain.
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Dans une enquête menée directement au sein de pressings marocains, le Centre antipoison du ministère de la Santé (CAPM) a confirmé que l’utilisation de ce solvant, notamment lorsqu’elle se fait sans mesures de protection strictes, expose à des risques sanitaires significatifs. Une alerte qui dépasse le seul cadre professionnel et concerne l’ensemble de la population.
Des effets immédiats sur le corps
Selon les données relayées par le CAPM, une exposition inappropriée au perchloroéthylène peut provoquer une série de symptômes aigus. Les premiers signes touchent souvent les muqueuses et la peau, avec des irritations parfois marquées. Sur le plan neurologique, les effets peuvent être plus inquiétants : maux de tête intenses, vertiges, désorientation, voire convulsions dans les cas les plus sévères.
Le système digestif n’est pas épargné. Des nausées, vomissements ou diarrhées peuvent survenir après une exposition, notamment en milieu mal ventilé. L’inhalation prolongée du produit peut également irriter le tractus respiratoire, avec un risque non négligeable d’œdème pulmonaire, une complication grave nécessitant une prise en charge médicale urgente.
Perchloroéthylène: ce que l’on sait concrètement des risques
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Irritations immédiates : contact ou inhalation pouvant provoquer des brûlures légères de la peau, des yeux et des muqueuses.
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Troubles neurologiques : maux de tête persistants, vertiges, désorientation, somnolence, et dans les cas sévères, convulsions.
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Atteintes respiratoires : irritation des voies aériennes, avec un risque rare mais grave d’œdème pulmonaire lors d’expositions importantes.
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Effets digestifs : nausées, vomissements et diarrhées observés après exposition prolongée ou répétée.
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Atteintes des organes vitaux : risques documentés pour le foie, les reins et le cœur chez les personnes manipulant le produit sans protection.
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Risque cancérigène : classé « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer, sur la base d’études toxicologiques et épidémiologiques.
Au-delà des effets immédiats, le ministère de la Santé insiste sur les risques à moyen et long terme. La manipulation du perchloroéthylène sans équipements de protection adaptés peut entraîner des atteintes hépatiques, rénales et cardiaques. Ces dommages organiques sont souvent silencieux au départ, mais peuvent évoluer vers des pathologies chroniques lourdes.
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L’alerte prend une dimension encore plus préoccupante lorsque l’on considère la classification internationale du produit. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe le perchloroéthylène comme « cancérigène probable » pour l’homme. Cette évaluation repose sur de nombreuses études toxicologiques et épidémiologiques, confirmées par des experts de l’Union européenne à l’issue d’analyses approfondies.
Un enjeu de santé publique sous-estimé
Si les travailleurs des pressings sont les premiers exposés, la population générale n’est pas totalement à l’abri. Les vapeurs du solvant peuvent se diffuser dans l’air ambiant, notamment lorsque les installations sont anciennes ou insuffisamment ventilées. Les vêtements fraîchement nettoyés peuvent également relarguer des résidus de perchloroéthylène, exposant indirectement les clients.
La mise en garde du ministère de la Santé s’inscrit donc dans une logique de prévention plus large. Elle rappelle l’importance du respect strict des normes de sécurité, de la formation des professionnels et, à terme, de la transition vers des alternatives moins toxiques, déjà adoptées dans plusieurs pays.
Perchloroéthylène : comment limiter son exposition au quotidien
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Aérez systématiquement les vêtements sortant du pressing avant de les porter, idéalement à l’air libre pendant plusieurs heures.
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Évitez de stocker les habits fraîchement nettoyés dans des espaces clos (placards, chambres, voiture).
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Privilégiez les pressings bien ventilés et évitez de rester longtemps à l’intérieur lors du dépôt ou du retrait des vêtements.
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Renseignez-vous sur les alternatives : certains établissements utilisent des procédés sans perchloroéthylène (nettoyage à l’eau, solvants moins toxiques).
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Soyez attentif aux odeurs persistantes sur les vêtements : elles peuvent indiquer la présence résiduelle de solvants.
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Pour les professionnels, le port d’équipements de protection et le respect strict des normes de manipulation restent essentiels.
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