Les produits capillaires et cosmétiques que nous utilisons au quotidien ne sont pas aussi inoffensifs qu’ils en ont l’air. Shampoings, teintures, vernis ou maquillage renferment de nombreuses substances synthétiques pouvant perturber notre système hormonal. Mais qu’en est-il des personnes qui les manipulent tous les jours dans un cadre professionnel ?
Une étude menée par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), au Québec, apporte un nouvel éclairage sur les risques sanitaires auxquels sont exposées les esthéticiennes, coiffeuses et autres travailleuses du secteur des soins personnels.
Cette recherche, soutenue par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), se concentre sur un enjeu encore largement sous-estimé : l’exposition chronique aux perturbateurs endocriniens.
Des substances qui dérèglent les hormones
« Lorsqu’ils entrent dans l’organisme, les perturbateurs endocriniens interfèrent avec nos hormones de différentes façons, ce qui perturbe leur communication », explique la professeure Isabelle Plante, spécialiste en toxicologie au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS, citée par sa propre institution. Selon elle, ces molécules peuvent entraîner des effets sur le développement, la fertilité, la grossesse, et même augmenter les risques de cancer du sein.
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Ces perturbateurs sont présents dans certains composants classiques des produits esthétiques : solvants, parfums synthétiques, conservateurs, polymères utilisés dans les gels et vernis. À domicile, l’exposition reste généralement limitée. En milieu professionnel, elle devient continue.
Une exposition plus forte… et plus complexe
Les femmes travaillant dans les soins esthétiques sont confrontées quotidiennement à une grande variété de produits. Une accumulation qui inquiète l’équipe de recherche dirigée par Isabelle Plante.
D’abord, parce qu’elles manipulent des quantités importantes de substances perturbatrices. Ensuite, parce que la combinaison de ces différentes molécules pourrait produire des effets additionnels, voire synergiques, encore mal compris par la science.
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« En plus des risques liés à l’utilisation des produits capillaires et esthétiques, d’autres enjeux peuvent influencer la santé de ces femmes », précise la toxicologue. Parmi ces facteurs : la précarité du métier, la difficulté d’obtenir un congé de maternité préventif, ou encore les faibles revenus qui réduisent l’accès à la prévention.
Des inégalités de santé encore trop méconnues
Les professions liées aux soins personnels sont majoritairement occupées par des femmes. Beaucoup viennent de minorités visibles ou de groupes racisés, rappelle l’INRS.
Cette réalité soulève un enjeu social : celui des inégalités de santé au travail. L’exposition prolongée aux perturbateurs endocriniens pourrait, selon l’équipe de recherche, contribuer à accentuer ces disparités.
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L’étude vise donc à mieux comprendre leur quotidien, leurs pratiques, leurs contraintes, afin de proposer des mesures de protection réellement adaptées.
Vers une meilleure sensibilisation
Pour la professeure Plante, cette recherche n’est pas seulement un projet scientifique : c’est un outil pour agir. Les résultats permettront d’élaborer des recommandations concrètes destinées aux travailleuses et aux autorités sanitaires.
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Marie-Caroline Daguste, étudiante à la maîtrise et membre de l’équipe, confirme cet objectif : « Les résultats de notre recherche nous permettront de sensibiliser les travailleuses en soins personnels aux potentiels dangers associés aux produits cosmétiques qu’elles utilisent dans leur environnement de travail. »
L’enjeu est clair : mieux informer, mieux prévenir, mieux protéger.
Un secteur à surveiller de près
Entre les produits capillaires, les soins esthétiques, la manucure et le maquillage, le secteur des soins personnels représente une industrie importante et en pleine expansion. Mais il reste insuffisamment régulé et peu étudié du point de vue de la santé environnementale.
Le travail mené par l’INRS constitue une étape importante pour changer cela. En mettant en lumière les risques hormonaux, sociaux et professionnels auxquels sont exposées ces travailleuses, il ouvre la voie à des politiques plus protectrices et à une prise de conscience nécessaire — pour les employeurs, les autorités sanitaires et les consommatrices elles-mêmes.
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