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Covid long: la piste psychologique rallume un débat explosif

Plus de cinq ans après le début de la pandémie, le Covid long reste une énigme médicale et aucun traitement efficace n’a encore été identifié. Dans ce contexte d’incertitude scientifique, certains chercheurs évoquent à nouveau un possible rôle de facteurs psychologiques, une hypothèse qui ravive un débat sensible et suscite la colère de nombreux patients.

Plus de cinq ans après le début de la pandémie de Covid-19, le Covid long demeure l’un des grands mystères médicaux de l’époque contemporaine. Des millions de personnes à travers le monde souffrent encore de symptômes persistants (fatigue intense, douleurs musculaires, troubles respiratoires ou cognitifs) sans qu’aucun traitement réellement efficace n’ait été identifié. Dans ce contexte d’incertitude scientifique, une hypothèse continue d’alimenter un débat particulièrement sensible: celle d’un possible rôle de facteurs psychologiques dans la persistance des symptômes.


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Cette idée reste aujourd’hui très minoritaire dans la littérature scientifique, mais elle est défendue par certains chercheurs, notamment en France, au risque de raviver les tensions avec les associations de patients.

Une maladie encore mal comprise

Le Covid long désigne un ensemble de symptômes qui persistent plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’infection initiale par le SARS-CoV-2. Les manifestations sont très variées : fatigue chronique, essoufflement, douleurs musculaires, troubles de la concentration, palpitations ou encore perte de l’odorat.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 6 % des personnes infectées par le virus développeraient une forme prolongée de la maladie. Mais cette estimation reste approximative, car les définitions médicales varient selon les pays et selon la durée retenue pour qualifier un Covid long.

Malgré une mobilisation scientifique sans précédent pour un syndrome post-infectieux, les mécanismes exacts de la maladie restent incertains. Plusieurs pistes sont actuellement explorées : la persistance du virus dans certains tissus, une inflammation chronique de l’organisme ou encore un dérèglement du système immunitaire.

Aucune de ces hypothèses n’a toutefois permis, à ce stade, de déboucher sur un traitement efficace. Comme le rapportait récemment l’AFP, plus d’une dizaine d’essais thérapeutiques sont actuellement en cours dans le monde, mais les résultats restent jusqu’ici très décevants.

L’hypothèse de plusieurs Covid longs

Pour certains chercheurs, cet échec pourrait s’expliquer par la nature même de la maladie. Le Covid long ne serait pas une seule pathologie, mais un ensemble de syndromes différents, reposant sur des mécanismes biologiques distincts.


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«Il existe probablement plusieurs Covid longs qui ne relèvent pas d’un mécanisme unique mais de processus physiologiques variés», expliquait récemment la chercheuse Mireille Laforge, du CNRS, lors d’une conférence de presse organisée par l’ANRS Maladies infectieuses émergentes.

Cette diversité pourrait expliquer pourquoi les essais thérapeutiques n’ont pas encore permis d’identifier de solution universelle.

Une hypothèse psychologique controversée

C’est dans ce contexte d’incertitude qu’une approche alternative refait surface. Dans une tribune publiée fin 2025 dans Le Monde, un groupe de chercheurs mené par le psychiatre français Cédric Lemogne appelait à se concentrer davantage sur une « science des symptômes » plutôt que sur la recherche exclusive de causes biologiques.

Selon cette approche, certains mécanismes psychologiques ou cognitifs pourraient jouer un rôle dans la persistance des symptômes chez une partie des patients.

Le psychiatre insiste toutefois sur le fait que le déclenchement du Covid long reste le plus souvent physique, lié à l’infection initiale. Mais les facteurs qui prolongent les symptômes pourraient parfois être d’une autre nature.

« Parmi ces mécanismes, il y en a qui sont d’ordre psychologique, mais c’est un terme parfois vécu comme stigmatisant », explique-t-il. Il préfère évoquer des processus « cognitifs ou cérébraux ».

Selon lui, les seules approches ayant montré jusqu’ici des effets, certes modestes, pour améliorer la qualité de vie des patients sont la psychothérapie et la rééducation physique, comme le suggère une étude publiée en 2025 dans la revue médicale BMJ.

La colère des associations de patients

Cette hypothèse suscite toutefois une opposition très vive parmi les associations de patients, qui redoutent une forme de psychologisation de la maladie.

Pour beaucoup d’entre eux, évoquer un facteur psychologique revient à minimiser la réalité biologique de leurs symptômes et à retarder la recherche de traitements.


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Cette tension s’est illustrée récemment à Paris, où plusieurs patients atteints de Covid long ont manifesté devant l’Hôtel-Dieu pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un manque de reconnaissance institutionnelle.

«En 2026, c’est inacceptable de psychologiser ça», déclarait ainsi un patient atteint depuis quatre ans, lors de ce rassemblement.

Les associations reprochent également aux autorités sanitaires de ne pas investir suffisamment dans la recherche et dans la prise en charge médicale de la maladie.

Une hypothèse marginale dans la recherche

Dans le monde scientifique, l’idée d’une origine principalement psychologique du Covid long reste aujourd’hui largement minoritaire.

Deux grandes synthèses publiées en 2024 dans les revues The Lancet et Nature Medicine se concentrent essentiellement sur des mécanismes biologiques : inflammation persistante, dysfonctionnement immunitaire ou atteintes vasculaires.

Pour l’épidémiologiste américain Ziyad Al-Aly, spécialiste du Covid long et auteur d’une étude majeure publiée dans Nature Medicine, il est important de ne pas confondre les conséquences psychologiques de la maladie avec ses causes.

L’anxiété ou la détresse psychologique peuvent apparaître chez certains patients, mais cela ne signifie pas que ces troubles soient à l’origine du syndrome.

« Dire que les troubles psychologiques sont une conséquence de la maladie, ce n’est pas du tout la même chose que d’affirmer qu’ils sont la cause des symptômes », souligne-t-il.

Selon lui, mélanger ces deux dimensions risque d’aggraver la situation des patients, déjà confrontés à une maladie encore mal comprise.

Un débat révélateur d’une maladie complexe

Au-delà de la polémique, ce débat révèle surtout la complexité d’une pathologie encore mal identifiée. Comme d’autres syndromes post-infectieux, notamment après certaines infections virales ou la maladie de Lyme, le Covid long pourrait résulter d’une interaction entre facteurs biologiques, immunitaires et neurologiques.

Pour de nombreux chercheurs, l’enjeu consiste désormais à mieux caractériser les différentes formes de Covid long afin de proposer des traitements adaptés à chaque profil de patient.

Cinq ans après l’émergence du virus, la pandémie continue ainsi de laisser derrière elle une autre crise, plus silencieuse : celle de millions de personnes confrontées à une maladie persistante dont la science cherche encore les clés.


Sources

  1. Organisation mondiale de la santé (OMS). Post COVID-19 condition (long COVID).
    https://www.who.int/europe/news-room/fact-sheets/item/post-covid-19-condition

  2. Al-Aly Z., Bowe B., Xie Y. (2024). Long COVID: major findings, mechanisms and future directions. Nature Medicine.
    https://www.nature.com/articles/s41591-024-02987-8

  3. Davis H.E. et al. (2023). Long COVID: major findings and recommendations. The Lancet.
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(23)00412-2/fulltext

  4. Burton C. et al. (2025). Rehabilitation approaches for long COVID. BMJ.
    https://www.bmj.com/content/368/bmj.m3026

  5. ANRS Maladies infectieuses émergentes. Recherche sur le Covid long.
    https://anrs.fr/fr/recherche/maladies/covid-19

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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