Journal d'un père (presque) ordinaire

Journal d’un père (presque) ordinaire. Papa, est-ce que tu es riche ?

La question est tombée sans prévenir, presque anodine. Mais derrière ces quelques mots, une interrogation bien plus profonde s’est imposée : qu’est-ce que signifie vraiment être riche, quand on est père ?

Elle m’a posé la question comme on lance un caillou dans l’eau, sans imaginer les cercles que ça va créer.

On était dans la voiture, à l’arrêt, je crois. Ou peut-être à la maison. Je ne sais plus. Ce genre de moment n’a pas besoin de décor précis. Elle a levé les yeux vers moi et a demandé, très simplement :
« Papa, est-ce que tu es riche ? »

Je n’ai pas répondu tout de suite. Pas parce que je ne savais pas quoi dire. Mais parce que je ne savais pas ce que la question voulait dire.

Riche comment ?

Riche comme ces gens qu’on voit dans les vidéos, avec des grandes maisons, des piscines, des voitures qui brillent ? Riche comme ces enfants qui ont tout ce qu’ils demandent, tout de suite ? Ou riche autrement, d’une manière qu’elle ne peut pas encore nommer ?

À cinq ans, on ne parle pas d’argent. On parle de ce qu’on voit, de ce qu’on ressent, de ce qu’on compare.

Peut-être qu’elle avait vu quelque chose. Peut-être qu’elle avait entendu une conversation. Peut-être qu’un autre enfant avait dit « mon père est riche » et qu’elle essayait juste de situer le sien dans cette étrange hiérarchie invisible.


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Je lui ai demandé :
« Pourquoi tu me demandes ça ? »

Elle a haussé les épaules. Comme si la question était évidente, et que c’était moi qui compliquais.

Alors j’ai répondu quelque chose de simple. Quelque chose qui me ressemblait, sans être totalement honnête, mais sans être faux non plus.

Je lui ai dit :
« Je suis riche parce que je t’ai. »

Elle a souri. Et elle est passée à autre chose.

Moi, pas vraiment.

Parce qu’en réalité, la question est restée. Elle s’est installée quelque part, discrètement. Elle m’a suivi toute la journée.

Est-ce que je suis riche ?

Si on parle d’argent, la réponse est simple. Non. Pas au sens où on l’entend généralement. Je compte, je calcule, je fais attention. Comme beaucoup.

Mais si on élargit un peu la définition, tout devient plus flou.

Je suis riche de quoi, au fond ?

De temps ? Pas assez.
De tranquillité ? Pas vraiment.
De certitudes ? Encore moins.

Mais il y a autre chose. Quelque chose de plus difficile à mesurer.

Il y a ces moments où elle me parle sans filtre. Où elle me regarde comme si j’étais une référence. Où elle me pose des questions auxquelles je ne m’attends pas.

Il y a ces instants où tout s’arrête sans prévenir. Où je comprends que ce que je vis là, maintenant, ne reviendra pas sous cette forme.


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Et il y a cette responsabilité étrange : être celui à partir duquel elle va définir le monde.

Ce qui est normal.
Ce qui ne l’est pas.
Ce qui compte.
Ce qui ne compte pas.

Peut-être que c’est ça, être riche quand on est parent. Pas accumuler. Transmettre.

Pas posséder. Construire.

Je ne sais pas ce qu’elle fera plus tard de cette question. Je ne sais même pas si elle s’en souviendra.

Mais moi, je sais qu’elle m’a obligé à m’arrêter. À regarder ma vie autrement, ne serait-ce que quelques minutes.

Et à me dire que, finalement, la vraie difficulté n’est pas de répondre à la question d’un enfant.

C’est d’être à la hauteur de ce que cette question implique.

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Ryad Mabsout

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