Journal d'un père (presque) ordinaire

Journal d’un père (presque) ordinaire. L’enfant unique

Dans un Maroc où la taille des familles se réduit sans que personne ne l’ait vraiment décidé, la question du deuxième enfant n’est plus une évidence. Entre contraintes silencieuses et équilibres fragiles, devenir parent une fois relève déjà d’un engagement total. Deux fois, parfois, d’un luxe.

Tililia est fille unique.

C’est un constat. Pas encore un choix assumé.
Disons plutôt… une situation qui dure.

Comme beaucoup de parents, on nous pose régulièrement la question.
Toujours avec la même légèreté apparente :

— Alors, c’est pour quand le deuxième ?

La question est rarement malveillante. Elle est même souvent bienveillante.
Mais elle suppose une évidence qui, de plus en plus, ne l’est plus.

Faire un deuxième enfant.

Comme si cela allait de soi.

Comme si le premier n’avait pas déjà bouleversé l’équilibre fragile sur lequel repose notre existence. Comme si le simple fait de “vouloir” suffisait.

Je me souviens d’une époque (pas si lointaine) où les familles nombreuses étaient la norme. Pas par héroïsme, ni même par conviction. Simplement parce que la vie s’organisait ainsi.


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Aujourd’hui, la vie ne s’organise plus.
Elle se négocie.

Chaque décision devient un arbitrage.
Un calcul discret, mais permanent.

Le logement, d’abord.
Un enfant, ça tient dans une chambre. Deux, ça commence à poser des questions. Trois, ça impose des réponses.

Le travail, ensuite.
Des horaires à rallonge, une pression constante, une stabilité relative. On ne bâtit plus sur du solide. On compose avec de l’incertain.

Et puis, il y a le reste.
Tout ce qu’on ne dit pas toujours.

La fatigue.
Le manque de relais.
Les grands-parents qui ne vivent plus à côté.
Les week-ends qui ressemblent à des parenthèses trop courtes.

À cela s’ajoute une réalité plus silencieuse : aujourd’hui, une famille marocaine, en moyenne, c’est moins de quatre personnes. Une donnée froide, presque anodine. Mais qui dit beaucoup.

Une famille qui tient autour d’une table sans extension.
Sans chaise en plus.
Sans imprévu.

Tililia, elle, ne voit pas le problème.

Elle joue seule, parle seule parfois, invente des dialogues avec une aisance qui m’impressionne. Elle ne connaît pas autre chose. Elle ne ressent pas le manque de ce qu’elle n’a jamais eu.

Et pourtant.

Parfois, elle me demande pourquoi elle n’a pas de frère.
Ou une sœur.

Je réponds comme je peux.
Je parle d’amour, de timing, de “plus tard peut-être”.

Mais au fond, la réponse est ailleurs.

Elle est dans cette époque qui rend chaque enfant plus “lourd” à porter.
Pas au sens affectif.
Au sens structurel.


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Un enfant aujourd’hui, ce n’est pas seulement une naissance.
C’est un projet.

Un projet qui engage du temps, de l’argent, de l’énergie, et une part non négligeable d’inquiétude.

Alors on hésite.
On repousse.
On réfléchit.

Et parfois, sans vraiment décider, on s’arrête à un.

L’autre jour, Tililia jouait avec ses poupées. Elle les alignait soigneusement sur le canapé.

— Ça, c’est la famille, m’a-t-elle dit.

Il y en avait trois.

Je n’ai rien dit.
Je me suis contenté de regarder.

Et je me suis demandé si, finalement, ce n’était pas elle qui avait compris avant moi.

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Ryad Mabsout

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