Le 16 janvier à Casablanca, la 8ᵉ édition de CinePsy Maroc s’est penchée sur un sujet encore largement tabou au Maroc : la crise suicidaire et les thérapies parallèles. Un rendez-vous marqué par des échanges sans détour sur l’ampleur du phénomène et sur la nécessité d’une mobilisation collective, notamment autour des jeunes.
Le suicide demeure une réalité difficile à nommer dans l’espace public marocain. Pourtant, les professionnels de santé mentale le constatent au quotidien. Invitée à s’exprimer lors de cette édition de CinePsy Maroc, la psychiatre Maha Belabdi a rappelé que les chiffres restent préoccupants. « Les chiffres de suicide au Maroc sont énormes, selon l’Organisation mondiale de la santé. Ça peut arriver jusqu’à cinq à neuf cas par cent mille habitants », a-t-elle indiqué, soulignant que ces données trouvent un écho direct dans la pratique clinique.
Des chiffres alarmants
Au-delà des statistiques, la psychiatre alerte sur une réalité plus diffuse mais tout aussi alarmante : « Dans notre pratique quotidienne, on remarque qu’il y a encore beaucoup de tentatives de suicide, mais aussi malheureusement des suicides qui aboutissent. Beaucoup de jeunes meurent par suicide et il y a beaucoup de psychopathologie qui est associée. » Des situations qui s’inscrivent dans un contexte de vulnérabilité psychique, mais aussi de facteurs sociaux et environnementaux multiples.
Face à ce constat, le message porté lors de CinePsy Maroc se veut avant tout préventif. Maha Belabdi insiste sur l’importance du repérage précoce et du rôle que chacun peut jouer dans son environnement immédiat. « N’hésitez pas à en parler avec vos étudiants, avec vos camarades. Si vous voyez qu’il y a des personnes qui manifestent un changement de comportement, qui sont isolées, qu’on a l’impression qu’elles ne sont pas très en contact avec les autres, ne pas hésiter à les inciter à en parler », a-t-elle déclaré. Pour la psychiatre, ces signaux faibles ne doivent jamais être banalisés.
Lever les tabous
Un autre axe central des discussions a porté sur la stigmatisation persistante de la santé mentale. « Il faut un petit peu normaliser cette souffrance. Ce n’est pas fou, ce n’est pas grave de voir un psychiatre, de voir un psychologue, de voir un médecin, d’en parler et de partager sa souffrance », a-t-elle insisté. Selon elle, lever le tabou autour des troubles psychiques est une condition essentielle pour éviter que la détresse ne s’aggrave et ne conduise à des situations irréversibles.
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Enfin, la psychiatre a rappelé le poids déterminant de l’environnement social et familial. « L’environnement social est très important et il permet d’assurer cette cohésion qui peut être aussi un facteur protecteur en matière de suicide, en psychopathologie, en santé mentale », a-t-elle souligné. Une manière de rappeler que la prévention ne repose pas uniquement sur les professionnels de santé, mais sur un tissu social attentif et solidaire.
En organisant cet événement, CinePsy Maroc a ouvert un espace de parole nécessaire sur un sujet encore largement invisibilisé. Une démarche qui s’inscrit dans une logique de sensibilisation et de déstigmatisation, à l’heure où les enjeux de santé mentale prennent une place croissante dans le débat public.
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