Pendant dix ans, des chercheurs français ont testé des systèmes agricoles sans pesticides. Leurs résultats, publiés dans la revue Plant Disease, suggèrent que cette transition est techniquement faisable et économiquement viable — sous certaines conditions.
Peut-on cultiver à grande échelle sans pesticides, tout en restant productif et rentable ? La question traverse le débat public depuis des années, souvent opposée à l’argument de la compétitivité et de la sécurité alimentaire.
Une étude coordonnée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) apporte aujourd’hui des éléments concrets. Pendant dix ans, le réseau expérimental Rés0Pest a testé neuf systèmes de culture sans pesticides, dans différents territoires français.
Conclusion : cultiver sans pesticides est possible, y compris en agriculture conventionnelle — à condition d’adapter les pratiques et l’organisation des filières.
Une alternative aux impacts sanitaires et environnementaux
L’usage généralisé et répété des pesticides est associé à des effets documentés : contamination des sols et de l’eau, impacts sur la biodiversité, exposition humaine chronique, notamment chez les agriculteurs et les riverains.
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Au-delà de la santé environnementale, la question est aussi économique. Les pesticides représentent un coût important pour les exploitations agricoles et pour la collectivité, notamment via les dépenses liées à la dépollution ou aux conséquences sanitaires.
L’étude publiée dans Plant Disease propose une alternative structurée, reposant sur la diversification des cultures, la rotation plus complexe des parcelles et une gestion agronomique fine.
Dix ans d’expérimentation sur le terrain
Mis en place en 2012, le réseau Rés0Pest s’est appuyé sur neuf systèmes agricoles originaux, sans utilisation de pesticides, mais autorisant le travail du sol et les engrais de synthèse.
Quatre systèmes de grande culture ont fait l’objet d’une évaluation économique approfondie, notamment à Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon.
Les résultats sont loin de l’image d’un modèle marginal ou déficitaire. Selon l’INRAE, ces systèmes ont généré des marges nettes jugées satisfaisantes. Dans 20 % des cas, les revenus pouvaient atteindre entre un et deux SMIC mensuels ; dans 45 % des cas, entre deux et trois SMIC ; et dans 35 % des cas, plus de trois SMIC.
Autrement dit : la viabilité économique n’est pas incompatible avec l’absence de pesticides.
Les conditions d’une transition réussie
Les chercheurs soulignent toutefois que ces résultats ne signifient pas une suppression immédiate et universelle des pesticides.
La réussite de ces systèmes repose sur plusieurs leviers : diversification des successions culturales, adaptation des circuits de commercialisation, valorisation économique des produits, et accompagnement politique.
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Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’un changement technique, mais d’une transformation systémique impliquant agriculteurs, distributeurs et décideurs publics.
Un enjeu de santé publique
Pour les consommateurs, la question dépasse le simple débat agricole. L’exposition chronique à certains pesticides est étudiée depuis des années pour ses effets potentiels sur la santé : troubles neurologiques, perturbations endocriniennes, risques accrus de certains cancers.
Si la réglementation européenne encadre strictement l’usage de ces substances, la réduction globale des volumes utilisés reste un objectif central de la transition agroécologique.
Les résultats de Rés0Pest viennent alimenter les réflexions européennes sur la réduction des intrants chimiques et la résilience des systèmes agricoles face au changement climatique.
Une évolution progressive mais structurante
La transition vers une agriculture sans pesticides ne sera ni instantanée ni uniforme. Mais cette étude montre qu’elle n’est pas utopique.
Elle repose sur une approche agronomique plus fine, une diversification accrue des cultures et une reconfiguration des chaînes de valeur.
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Au-delà de la performance économique, elle pose une question essentielle : comment produire suffisamment, tout en réduisant l’empreinte sanitaire et environnementale ?
La réponse ne sera pas unique. Mais elle semble désormais, scientifiquement, moins hypothétique.
Agriculture sans pesticides
Peut-on vraiment cultiver sans pesticides?
Oui, selon une étude coordonnée par l’INRAE et publiée dans la revue Plant Disease, il est techniquement possible de produire sans pesticides, y compris en agriculture conventionnelle. Cette transition repose toutefois sur une diversification des cultures et une organisation adaptée des filières.
L’agriculture sans pesticides est-elle rentable?
Les résultats du réseau expérimental Rés0Pest montrent que des systèmes de grande culture sans pesticides peuvent générer des marges économiques satisfaisantes. Dans certains cas, les revenus observés sont comparables à ceux de l’agriculture conventionnelle classique.
Quelle est la différence entre agriculture biologique et agriculture sans pesticides?
L’agriculture biologique exclut à la fois les pesticides de synthèse et les engrais chimiques. Les systèmes testés dans l’étude INRAE n’utilisaient pas de pesticides, mais pouvaient recourir aux engrais de synthèse et au travail du sol.
Quels sont les impacts des pesticides sur la santé?
L’exposition chronique à certains pesticides est associée à des risques potentiels pour la santé humaine, notamment des troubles neurologiques, des perturbations hormonales et certains cancers. Les agriculteurs et les riverains sont particulièrement concernés.
L’agriculture sans pesticides peut-elle nourrir la population?
Les chercheurs estiment que ces systèmes peuvent être productifs, mais leur généralisation nécessite un accompagnement politique, une adaptation des pratiques agricoles et une valorisation économique des produits.
Pourquoi la transition agroécologique est-elle importante?
La réduction des pesticides contribue à limiter la contamination des sols, de l’eau et de l’air, à protéger la biodiversité et à réduire les coûts environnementaux et sanitaires supportés par la société.
Source scientifique
INRAE – Réseau expérimental Rés0Pest
Publication dans la revue Plant Disease (2026)
https://apsjournals.apsnet.org/journal/pdis
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