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IA, burn-out, “brain fry”: pourquoi certains n’en peuvent déjà plus

L’intelligence artificielle devait libérer du temps, simplifier les tâches, décupler la productivité. Elle engendre aussi, de plus en plus, un phénomène inverse, le « brain fry »: une forme de saturation mentale chez ses utilisateurs les plus intensifs.

Un nombre croissant de professionnels évoquent une fatigue liée à l’usage intensif de l’IA, entre surcharge cognitive, multiplication des tâches de supervision et difficulté à déconnecter7, rapporte l’AFP dans une dépêche.

Une nouvelle forme de charge mentale

Le phénomène porte désormais un nom : le “AI brain fry”. Popularisé notamment par les consultants du Boston Consulting Group (BCG), il désigne une fatigue cognitive provoquée par une utilisation excessive des outils d’intelligence artificielle.

Contrairement au burn-out classique, il ne s’accompagne pas forcément d’une perte de motivation. Au contraire : il s’inscrit souvent dans une dynamique d’hyperproductivité. L’utilisateur ne subit pas une absence de travail, mais une accumulation de micro-tâches invisibles : rédiger des prompts, vérifier des résultats, corriger des erreurs, relancer des agents.


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« C’est un nouveau type de charge mentale », explique à l’AFP Ben Wigler, cofondateur de la start-up LoveMind AI. « Avec ces modèles, il faut faire du baby-sitting. »

Autrement dit, l’humain reste indispensable — mais dans un rôle de supervision permanente, plus diffus, moins tangible, et souvent plus épuisant.

De simple utilisateur à chef d’orchestre

L’évolution récente de l’IA, notamment avec l’émergence des agents autonomes capables d’enchaîner des tâches complexes, a profondément modifié le rapport au travail.

L’utilisateur n’est plus seulement exécutant. Il devient coordinateur, superviseur, stratège. Une mutation qui, sur le papier, valorise les compétences humaines, mais qui, dans les faits, augmente la charge cognitive.

« Les gens qui font des burn-out ne font pas qu’utiliser l’IA. Ils créent 100 agents qu’ils doivent gérer en continu », observe Tim Norton, consultant en intégration d’IA.

Cette multiplication des flux d’information et des décisions à prendre en continu crée un environnement mental fragmenté, où la concentration devient plus difficile à maintenir.

L’illusion du gain de temps

Paradoxalement, l’IA ne réduit pas toujours le temps de travail. Elle peut même l’allonger.

Plusieurs témoignages recueillis par l’AFP décrivent des journées qui débordent largement des horaires classiques. Certains professionnels travaillent jusqu’à 2 ou 3 heures du matin, poussés par une productivité accrue… mais difficile à interrompre.


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Un musicien raconte ainsi ne plus réussir à décrocher : au lieu de se détendre, il enchaîne les expérimentations avec l’IA, incapable de “mettre son cerveau sur pause”.

Ce phénomène s’inscrit dans une logique bien connue : plus un outil augmente les capacités de production, plus il incite à produire davantage.

Une vigilance accrue… et épuisante

Le cas des développeurs est particulièrement révélateur. L’IA y est massivement utilisée pour générer du code, mais elle impose en retour un contrôle plus rigoureux.

« L’ironie cruelle est que le code généré par IA nécessite un examen plus précautionneux que celui écrit par des humains », note l’ingénieur Siddhant Khare.

Selon l’étude du BCG citée par l’AFP, les professionnels touchés par ce “brain fry” commettent jusqu’à 39 % d’erreurs majeures supplémentaires.

Une statistique qui souligne un paradoxe central : l’IA accélère la production, mais fragilise parfois la qualité si la supervision humaine ne suit pas.

Les risques sont concrets : failles de sécurité, incompréhension du code, erreurs difficiles à détecter dans des volumes massifs de données.

Un coût invisible, économique et humain

À cette fatigue cognitive s’ajoute une dimension économique. Les agents d’IA, lorsqu’ils sont mal paramétrés, peuvent consommer inutilement des ressources informatiques coûteuses.

« Si un modèle comprend mal une instruction et se lance dans une mission, c’est de l’argent jeté par la fenêtre », souligne Ben Wigler.


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Mais le coût le plus difficile à mesurer reste humain : irritabilité, fatigue mentale, difficulté à décrocher, perte de lucidité.

Un développeur interrogé par l’AFP évoque ainsi une session de travail de 15 heures d’affilée, au terme de laquelle il n’était plus capable de réfléchir correctement.

Une révolution à encadrer

Malgré ces dérives, le constat reste globalement positif : toutes les personnes interrogées reconnaissent les bénéfices considérables de l’IA, notamment pour les tâches répétitives.

Le BCG note même une baisse du burn-out classique lorsque l’IA est utilisée de manière ciblée.

La question n’est donc pas celle du rejet de l’outil, mais de son encadrement.

Dans une étude publiée dans la Harvard Business Review, le cabinet recommande aux entreprises de fixer des limites claires : nombre d’agents à superviser, temps d’utilisation, règles de déconnexion.

Une approche encore loin d’être généralisée, notamment dans des environnements où la performance et la productivité restent des priorités absolues.

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