Actualités Le regard de Leila Zizi

Le regard de Leila Zizi. 50 dirhams.

À la pompe, le compteur tourne. Devant le boucher, on ne demande plus un kilo, on dit « 50 dirhams ». Et quelque part, une mère repose doucement la main de son enfant sur un ballon qu’elle ne peut pas acheter. Une chronique sur ce que la vie coûte vraiment , loin des chiffres, au plus près des gens.

J’étais à la station il y a quelques jours.

L’homme devant moi regardait le compteur tourner. Pas son téléphone. Pas les gens.
Le compteur.
Avec cette concentration de quelqu’un qui fait des calculs en temps réel :
Combien de jours de travail pour ce réservoir?
Combien de kilomètres pour rentrer le soir?
Combien de fois encore avant que ça ne passe plus?

Le pistolet a cliqué. Il a regardé le chiffre. Il n’a rien dit.

Ce n’est pas de la fatigue. C’est de l’arithmétique.


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Devant le boucher, c’est pareil. On ne demande plus un kilo. On dit  » 50 dirhams ».
Comme pour garder la main sur quelque chose.
Comme si poser une limite en dirhams plutôt qu’en grammes était une façon de ne pas tout à fait capituler.

Moi aussi je le fais. Je ne l’avais pas remarqué jusqu’au jour où je m’en suis entendue parler. « 50 dirhams kefta svp. »
La phrase était sortie seule. Naturellement. Comme si mon corps (ou mon compte en banque) avait appris avant ma tête.

Il y a une mère, quelque part, qui fait ses courses avec une calculatrice dans la tête depuis des années.
Qui calcule encore plus serré ce mois-ci, encore plus tôt, encore plus silencieusement.
Et son enfant qui tend la main vers un ballon, une poupée, n’importe quoi, et elle qui dit non. Pas méchamment. Pas distraitement. Avec ce sourire qui coûte cher à fabriquer.
Expliquer la cherté de la vie à quelqu’un qui n’a pas encore l’âge de comprendre les prix, c’est une des choses les plus épuisantes, tristes et culpabilisantes qui soit.

Ce qui use, ce n’est pas une hausse. C’est de ne pas voir le fond. Ou de le toucher et de creuser encore.
C’est cette phrase qu’on s’entend dire et qu’on ne pensait pas prononcer : « Non, pas cette semaine, pas ce mois, après »


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La cherté de la vie ne se mesure pas dans les indices officiels.

Elle se mesure dans le cliquetis d’une pompe.
Dans 50 dirhams de viande.
Dans le regard d’un petit enfant qui ne comprend pas pourquoi on repose le ballon.
Dans le regard d’un petit enfant qui ne comprend pas pourquoi on repose la poupée.
Dans un homme qui regarde un chiffre s’afficher et ravale quelque chose.

Il n’a rien dit.

Parfois c’est ça, la dignité.

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Leila Zizi

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