Le regard de Leila Zizi

Le regard de Leila Zizi. GMT+1, notre corps n’a pas changé d’heure

Le débat sur le GMT+1 revient. Une pétition circule, des voix s’élèvent. Une chronique sur ce décalage que tout le monde vit et que personne ne nomme vraiment, entre l’heure qu’on nous impose et l’heure que nos corps connaissent.
Adam, cinq ans, l’a dit à sa maman un matin dans le noir. Il avait raison.

Il y a un débat qui revient. Par pétition interposée, par soupirs collectifs, par conversations qui commencent toujours de la même façon : « Mais pourquoi on n’est pas revenus au GMT normal ? »

Le GMT+1. Encore. Toujours.

Moi, j’aime me lever tôt. Ce moment où la maison est silencieuse et le jour n’appartient encore à personne. Sauf que depuis que le Maroc a verrouillé le GMT+1 à l’année, ce moment s’est déplacé sans me consulter. Mon corps se réveille à la même heure intérieure. L’horloge, elle, a avancé. Et quelque chose dans ce décalage ne s’est jamais tout à fait résolu. Une friction. Quotidienne. Silencieuse.


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Adam, lui, a cinq ans.

L’autre matin, sa maman est venue le réveiller. Il a ouvert un œil, regardé la fenêtre, noire, et il a dit, avec cette logique implacable des enfants qui n’ont pas encore appris à mentir à leur corps : « Mais maman. C’est la nuit. »

Elle n’a pas su quoi répondre.

Parce qu’il avait raison. Dehors, c’était la nuit. Mais l’horloge disait qu’il fallait se lever, s’habiller, manger, partir. Alors elle a dit ce qu’on dit dans ces moments-là. Que c’est l’heure. Que tout le monde y va. Que c’est comme ça.

C’est comme ça est une phrase qu’on dit quand on n’a plus d’argument. Quand la décision a été prise ailleurs, par d’autres, et qu’il ne reste plus qu’à vivre avec.

Le Maroc a adopté le GMT+1 permanent en 2018. Pour aligner le pays sur l’Europe. Pour faciliter les échanges. Entre cet argument et le corps d’Adam qui regarde la fenêtre noire — il y a un écart. Et cet écart, on ne le mesure pas dans les tableaux Excel. On le mesure dans les familles.


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Une pétition circule. Des médecins parlent de rythmes perturbés, de sommeil amputé, d’enfants qui arrivent en classe avant que leur cerveau ait vraiment démarré. La voix monte.

Pas technique. Pas économique. Politique, au sens le plus simple du terme : qui décide de l’heure à laquelle nos corps doivent fonctionner ? Et quand une majorité de gens dit que ça ne va pas. A quel moment est-ce que ça compte ?

On tranche en haut. On vit en bas. Et entre les deux, il y a des pétitions, des débats, des articles.
Et puis l’heure qui reste la même.

Adam le sait. Il l’a dit à sa maman un matin de semaine, dans le noir, avec ses cinq ans et sa logique intacte.

Nos corps ont leur mot à dire.

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Leila Zizi

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