Rick Hanson
Actualités

Libéralisation des pharmacies: la fronde des professionnels de santé s’intensifie

La contestation contre la libéralisation des pharmacies se durcit, avec un nouveau rejet des recommandations du Conseil de la concurrence.

La polémique autour de la réforme du secteur pharmaceutique au Maroc continue de s’intensifier. Dans son édition du 4 mars, le quotidien arabophone Al Massae rapporte que trois organisations professionnelles représentant les pharmaciens et les médecins dentistes ont réaffirmé leur rejet catégorique des recommandations du Conseil de la concurrence, notamment celles visant l’ouverture du capital des officines.

Cette prise de position intervient alors que le débat, amorcé depuis plusieurs semaines, s’est transformé en véritable bras de fer entre les autorités de régulation et les professionnels de santé.

Une opposition ferme des professionnels

Les organisations signataires estiment que les recommandations du Conseil de la concurrence, en particulier l’ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs, constituent un risque pour la sécurité sanitaire et l’indépendance des professionnels de santé.

Dans leur réponse adressée au président du Conseil de la concurrence Ahmed Rahhou, elles affirment que ces propositions pourraient entraîner des conflits d’intérêts et une marchandisation du médicament.


Lire aussi: Les pharmaciens refusent la libéralisation du secteur: comprendre la polémique de A à Z


Les représentants du secteur mettent également en garde contre l’entrée d’investisseurs financiers dans le capital des officines. Une telle évolution pourrait, selon eux, conduire à une logique de rentabilité incompatible avec la mission de santé publique des pharmaciens.

«Le médicament n’est pas une marchandise»

Toujours selon Al Massae, les organisations professionnelles insistent sur un principe central : le médicament ne doit pas être traité comme un simple produit commercial.

Dans leur argumentaire, elles rappellent que les pharmacies constituent avant tout un service de santé, dont la mission première est de garantir la sécurité et la qualité de la dispensation des médicaments.

Les représentants des pharmaciens estiment que l’ouverture du capital pourrait fragiliser cet équilibre et exposer le secteur à des pressions économiques susceptibles d’influencer les pratiques professionnelles.

Ils évoquent notamment le risque d’une concentration du marché entre les mains d’investisseurs ou de groupes financiers.

Une inquiétude sur l’éthique professionnelle

Les organisations professionnelles soulignent également que les recommandations du Conseil de la concurrence pourraient, selon elles, porter atteinte aux règles déontologiques qui encadrent les professions de santé.

Elles mettent en avant la nécessité de préserver l’indépendance du pharmacien et du médecin dentiste dans l’exercice de leurs missions.


Lire aussi: Médicaments: le Maroc revoit à la baisse les prix de plusieurs traitements


Dans leur communiqué cité par le journal arabophone, elles affirment que toute réforme du secteur doit garantir la transparence, la protection du patient et la prévention des conflits d’intérêts.

Une polémique déclenchée par l’avis du Conseil de la concurrence

Le débat trouve son origine dans un avis rendu par le Conseil de la concurrence à la fin de l’année 2025, puis finalisé début 2026.

Dans ce document, l’institution recommande plusieurs réformes structurelles du modèle officinal marocain.

Parmi les propositions les plus discutées figurent : l’ouverture encadrée du capital des pharmacies à des investisseurs non pharmaciens, la possibilité de créer des chaînes ou réseaux de pharmacies ainsi qu’un assouplissement des horaires d’ouverture

Selon le Conseil, ces mesures permettraient de moderniser le secteur, améliorer l’accès aux médicaments et faciliter l’investissement dans les officines.

Une profession largement mobilisée

Mais ces propositions ont suscité une réaction particulièrement vive de la profession.

Depuis février, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) et l’Ordre national des pharmaciens ont multiplié les déclarations publiques pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une remise en cause du modèle officinal marocain.


Lire aussi: Grippe: l’OMS actualise la composition des vaccins pour la saison 2026-2027


Les pharmaciens craignent notamment la perte d’indépendance professionnelle, la pression commerciale sur la dispensation des médicaments et l’émergence de chaînes dominantes dans le secteur.

Certains syndicats ont même évoqué la possibilité d’une mobilisation nationale, incluant la fermeture temporaire des pharmacies.

Modernisation ou marchandisation?

Au cœur du débat se trouve une question fondamentale : faut-il ouvrir davantage le secteur pharmaceutique aux investisseurs pour améliorer son efficacité économique, ou préserver un modèle strictement contrôlé par les professionnels de santé ?

Les partisans de la réforme évoquent la nécessité de moderniser un secteur fragmenté et de faciliter l’investissement.

Les opposants estiment au contraire que la pharmacie ne peut être régie par les seules règles du marché, car elle touche directement à la sécurité sanitaire des citoyens.

Un arbitrage attendu du gouvernement

Pour l’heure, l’avis du Conseil de la concurrence reste consultatif.

Toute réforme du secteur nécessiterait une modification législative, notamment de la loi 17-04 relative au médicament et à la pharmacie.

Le gouvernement devra donc trancher entre deux visions opposées : celle d’une modernisation économique du secteur et celle d’un modèle fondé sur l’indépendance stricte des professionnels de santé.

En attendant, le débat reste ouvert, et la mobilisation des pharmaciens semble loin de retomber.

Vous méritez mieux que des conseils TikTok

Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.

R.M.

About Author

Vous aimerez peut-être aussi

Dans un monde en perpétuel mouvement, mieuxvivre.ma est un média fiable et engagé qui décrypte l’actualité santé et société pour vous aider à mieux comprendre, mieux choisir et mieux vivre.

Études récentes, conseils d’experts et éclairages utiles pour cultiver un équilibre durable au quotidien.