Cette phrase, devenue emblématique, est signée Abdallah Laroui, historien, intellectuel et essayiste marocain, reconnu pour son œuvre exigeante sur la conscience historique, la modernité et le rapport au temps dans les sociétés contemporaines. Depuis plusieurs décennies, Laroui invite à penser sans complaisance, à refuser les raccourcis rassurants et à affronter le réel tel qu’il est.
Ici, il ne s’agit ni d’un verdict ni d’un jugement moral. Laroui ne parle pas du retard comme d’une condamnation définitive, mais comme d’un état — temporaire, réversible — à condition qu’il soit reconnu. Ce qui transforme le retard en impasse, ce n’est pas son existence, mais le refus de le voir.
Nommer pour pouvoir avancer
Reconnaître un retard, qu’il soit individuel ou collectif, demande une forme de courage intérieur. Cela implique d’accepter un décalage entre l’image que l’on entretient de soi et la réalité de sa situation. Pour Abdallah Laroui, cette lucidité n’est pas une faiblesse : elle constitue le point de départ de toute transformation authentique.
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Dans la vie personnelle, cette idée résonne avec une grande justesse. Ignorer ses propres retards — émotionnels, relationnels, intellectuels — revient souvent à les figer. Les reconnaître, en revanche, permet de les penser, de les travailler, parfois de les dépasser. Le retard cesse alors d’être une identité pour devenir une situation évolutive.
La lucidité n’enferme pas. Elle libère.
L’illusion comme confort dangereux
L’ignorance dont parle Laroui n’est pas nécessairement un manque d’information. Elle est souvent un mécanisme de protection. Se raconter des récits rassurants permet d’éviter l’inconfort du réel, de préserver une image stable de soi ou du monde. Mais ce confort apparent a un prix : il immobilise.
Refuser de voir son propre retard, c’est se priver de toute possibilité de rattrapage. C’est confondre dignité et déni. Or, pour Laroui, la dignité intellectuelle commence précisément là où l’on accepte de regarder sa situation sans fard, sans se réfugier derrière des explications simplificatrices.
Cette posture n’est ni pessimiste ni culpabilisante. Elle est exigeante. Elle repose sur une confiance implicite dans la capacité humaine à évoluer — à condition de ne pas se mentir.
Une leçon applicable à soi
Ce qui rend cette citation particulièrement précieuse, c’est sa portée intime. Elle ne s’adresse pas uniquement aux sociétés ou aux systèmes. Elle parle aussi à chacun. Dans nos parcours personnels, combien de retards préférons-nous ignorer ? Combien de prises de conscience repoussons-nous par peur de l’inconfort qu’elles impliquent ?
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Laroui nous rappelle que le retard en soi n’est pas le problème. Le véritable danger réside dans l’aveuglement volontaire, dans le refus d’apprendre de sa propre situation. Tant que l’on regarde ailleurs, rien ne change.
La lucidité comme forme de respect de soi
Dire la vérité sur son propre état — sans dramatisation, sans complaisance — est peut-être l’un des gestes les plus respectueux que l’on puisse poser envers soi-même. Abdallah Laroui ne propose pas une recette pour rattraper le retard. Il indique une condition préalable : le reconnaître.
Cette phrase, d’une sobriété presque austère, agit comme un rappel salutaire. Elle invite à sortir des récits anesthésiants pour entrer dans une relation plus adulte avec le réel. Non pour se juger, mais pour se mettre en mouvement.
Car si le retard n’est pas une fatalité, la lucidité, elle, reste toujours une possibilité.
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