Les contes du chat torché

Les contes du chat torché — Épisode 2: Où je sauve l’entreprise d’un drame parfumé

Parce qu’on a tous besoin d’un peu de légèreté : suivez Torchon, le chat philosophe (et légèrement imbibé), témoin oculaire — et parfois complice — des absurdités du monde du travail.

Je m’appelle Torchon, et aujourd’hui, je suis profondément vexé.

Pourquoi ? Parce qu’ils m’ont remplacé.

Pas officiellement. Non. Les humains sont trop lâches pour m’annoncer ce genre de trahison en face. Mais ce matin, en arrivant sur ma boîte Wi-Fi — mon trône, mon royaume, mon carré VIP — j’ai trouvé quelque chose à ma place.

Une plante verte.

Un énorme ficus, ventru et orgueilleux, posé là, comme si on voulait me dire : “Voilà, Torchon, maintenant on a un être vivant qui ne boit pas notre thé fermenté, ne marche pas sur les claviers et n’a jamais mis le feu au serveur.”

La perfidie humaine n’a pas de limite.

Je regarde le ficus. Il ne dit rien. Je le déteste déjà.

Je me perche sur la table de réunion, pour prendre de la hauteur morale. C’est alors que j’entends arriver Fatima, la responsable RH. Elle marche toujours comme si elle portait tous les secrets du monde dans son tote bag.


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Elle regarde le ficus, puis moi.

— Torchon, tu fais de la jalousie ?

Je miaule avec dignité :

— Ce n’est pas de la jalousie. C’est du principe.

Mais, comme d’habitude, aucun humain n’a l’oreille fine pour mes principes. Ils n’entendent que ce qui les arrange : “Miaou” traduit en “Trop mignon !”.

Fatima s’installe à son bureau, soupire longuement, puis sort un flacon de parfum de son sac. Parfum Concentré Oud Mystique Absolu. Une odeur capable de réveiller un cadavre ou d’endormir un éléphant, selon le vent.

Elle en vaporise trois larges nuages autour d’elle.

Je le répète : trois.

Je sens mes moustaches se recroqueviller. L’odeur se déploie comme un général d’armée : autoritaire, conquérante, sans négocier.

L’open space tout entier tressaute.

Yassine, le stagiaire, éternue si fort que sa chaise glisse d’un mètre.
Samira lève la tête, les yeux humides.
Même la clim se met en grève pendant deux secondes.

Et moi… je perds l’équilibre. C’est trop. On ne devrait pas pouvoir attaquer un chat au oud sans prévenir.

Je me réfugie sous le bureau de Fatima, prêt à m’évanouir avec élégance, lorsque j’entends un bruit suspect. Une sorte de pschiiiit continu, suivi d’un gargouillis inquiétant.

Je sors la tête : le flacon de parfum a glissé, s’est renversé et se vide lentement sur une multiprise.

Une multiprise.

Évidemment. Le destin aime les comédies dangereuses.

Je bondis.
Je pousse la bouteille du bout de ma tête.
Je renverse le flacon loin du câble.
Je me jette sur la multiprise comme si c’était un terroriste de bureau.

Un silence s’abat sur l’open space. On me regarde.

Je m’approche de lui, pose ma patte sur sa chaussure comme un avocat qui annonce un verdict.
Et du regard, je lui fais comprendre :
J’ai sauvé l’entreprise. Encore.

Samira dit :

— Euh… le chat vient d’éviter un incendie ?

Yassine ajoute :

— Un héros ! Un vrai ! Pas comme les extincteurs qui datent de 2011…

Fatima, émue, me caresse la tête. Son parfum me fait presque perdre connaissance, mais j’accepte la caresse : tout héros a son prix.

C’est à ce moment que Monsieur Idrissi, le grand patron, arrive. Il scrute la scène : moi, assis devant une multiprise en sueur. L’odeur d’oud dans l’air comme un parfum de crime. Les employés figés.


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Il plisse les yeux :

— Qu’est-ce que… tout ça ?

Je m’approche de lui, pose ma patte sur sa chaussure comme un avocat qui annonce un verdict.
Et du regard, je lui fais comprendre :
J’ai sauvé l’entreprise. Encore.

Il hoche la tête gravement.

Puis il dit :

— Ce chat mérite vraiment une prime.

Et, comme toujours, personne ne note.

Ils rient. Ils applaudissent. Ils prennent des photos.
Samira me soulève comme dans un remake local du Roi Lion.
Fatima promet de ne plus jamais mettre “plus de deux pschitt”.

Quant au ficus… je passe devant lui sans le regarder.

Car, dans ce bureau, je suis irremplaçable.

Je suis Torchon, le chat torché —
sauveur de serveurs, inspecteur de multiprises, victime de parfums agressifs —
et unique détenteur du sens commun dans cet open space déraisonnable.

Mais la journée ne fait que commencer.

Et je sens que le ficus prépare quelque chose.

Je le surveillerai. Toujours.

On n’est jamais trop prudent avec les plantes vertes ambitionnistes.

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