Un traitement utilisé depuis plus d’un siècle en psychiatrie pourrait-il ralentir le déclin cognitif ? Le lithium revient au centre de la recherche, entre espoir et prudence.
Le lithium n’est pas une molécule nouvelle. Utilisé depuis des décennies pour stabiliser l’humeur chez les patients bipolaires, il appartient à cette catégorie de traitements anciens, bien connus, presque banalisés en médecine. Pourtant, depuis quelques années, il attire l’attention dans un tout autre domaine : la maladie d’alzheimer.
Plusieurs travaux suggèrent qu’il pourrait jouer un rôle dans la protection du cerveau. Des observations réalisées chez des patients suivis sur le long terme montrent notamment que ceux traités au lithium développent moins souvent de démence. D’autres recherches ont mis en évidence une diminution du lithium dans le cerveau de personnes présentant des troubles cognitifs légers, une phase précoce de la maladie. Peu à peu, une hypothèse se dessine : cet élément pourrait intervenir dans les mécanismes du vieillissement cérébral.
Une piste relancée par la recherche clinique
Pour tester cette idée, une équipe américaine a mené un essai clinique pilote chez des personnes âgées présentant un trouble cognitif léger. Pendant deux ans, les participants ont reçu soit une faible dose de lithium, soit un placebo.
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Les résultats, publiés dans JAMA Neurology, ne permettent pas de conclure à une efficacité claire. Aucun des critères principaux n’a atteint un seuil statistique significatif. Pourtant, certains signaux restent intéressants. Le déclin de la mémoire verbale semble légèrement ralenti chez les patients traités, et l’étude montre surtout que ce type de traitement est globalement faisable et relativement bien toléré à faible dose.
Les chercheurs insistent sur un point essentiel : l’objectif n’était pas de prouver l’efficacité du lithium, mais de préparer des essais plus larges. Autrement dit, la question reste ouverte.
Une maladie plus complexe qu’un seul traitement
L’un des éléments clés pour comprendre ces résultats concerne l’amyloïde, une protéine impliquée dans la maladie d’Alzheimer. Des recherches récentes suggèrent que le lithium pourrait interagir avec ces plaques, ce qui pourrait expliquer sa diminution dans certains cerveaux.
Mais dans l’essai clinique, la majorité des participants ne présentait pas ces marqueurs. Le traitement n’agissait donc peut-être pas sur le bon mécanisme. Chez les patients concernés, les effets semblaient plus marqués, sans pour autant être statistiquement significatifs.
Cette observation rappelle une réalité fondamentale : Alzheimer n’est pas une maladie simple. Elle résulte de plusieurs mécanismes imbriqués, ce qui rend peu probable l’existence d’un traitement unique capable d’en stopper l’évolution.
Entre espoir scientifique et prudence nécessaire
Ces résultats ont suscité un intérêt croissant, parfois au-delà du cadre scientifique. Des compléments à base de lithium sont déjà disponibles en ligne, et certains médecins s’interrogent sur son utilisation en prévention ou en traitement.
Mais les experts appellent à la prudence. L’efficacité du lithium n’a pas été démontrée de manière rigoureuse, les doses optimales restent inconnues, et les effets secondaires ne sont pas anodins, en particulier chez les personnes âgées.
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Le lithium apparaît aujourd’hui comme une piste intéressante, mais encore fragile. Il pourrait, à terme, s’inscrire dans une approche plus large de la maladie, aux côtés d’autres traitements et stratégies.
Dans un domaine où chaque avancée est scrutée avec espoir, cette recherche rappelle une règle essentielle : en médecine, les intuitions doivent toujours passer l’épreuve du temps et de la preuve.
Source
JAMA – Lithium for Alzheimer Disease—Pilot Study Sets the Stage for Larger Trials
https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/10.1001/jama.2026.3046
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