Mardi 21 octobre 2025, à Rabat. Dans une salle pleine de parents, de chercheurs et de représentants d’institutions publiques, une émotion retenue traverse les visages. Pour la première fois au Maroc, deux études nationales sur l’autisme sont présentées publiquement. Un moment attendu, fondateur, porté par le Collectif Autisme Maroc (CAM), en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).
Une photographie inédite de la réalité de l’autisme au Maroc
Ces travaux — L’étude nationale sur l’autisme au Maroc et Le Plan intersectoriel pour l’autisme au Maroc (PIAM) — constituent une première dans le paysage scientifique national.
Leur ambition ? Offrir une base de données claire, rigoureuse, et humaine sur la réalité vécue par les personnes autistes et leurs familles, dans un pays où les chiffres manquent souvent autant que les structures d’accueil.
Réalisée dans trois régions du Royaume, l’étude nationale dresse un diagnostic exhaustif de la situation : accès aux soins, scolarisation, accompagnement familial, conditions sociales.
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Une approche quantitative et qualitative, nourrie de données de terrain, qui réunit médecins, enseignants, psychologues, travailleurs sociaux et associations. L’objectif : comprendre avant d’agir, et bâtir des politiques publiques fondées sur des preuves, non sur des approximations.
Le Plan intersectoriel : une feuille de route pour l’action
En parallèle, le Plan intersectoriel propose une vision stratégique de l’inclusion à long terme.
Il s’articule autour de six axes :
- la gouvernance et la coordination,
- le dépistage précoce et l’accès aux soins,
- l’éducation inclusive,
- l’insertion professionnelle,
- la recherche et l’innovation,
- la sensibilisation et la lutte contre la stigmatisation.
Cette approche globale place l’autisme non pas comme une question de santé isolée, mais comme un enjeu de société — touchant à la dignité, à l’égalité des chances et à la participation citoyenne.
« Passer du diagnostic à l’action »
Pour Afaf Affane Aji, présidente du Collectif Autisme Maroc, cette étape marque un tournant : « L’élaboration de politiques publiques efficaces ne peut se faire qu’à partir de données précises et réalistes. Ces études offrent une base scientifique et humaine essentielle pour penser l’inclusion autrement, dans une approche fondée sur les droits humains. »
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Les participants à la conférence ont insisté sur l’urgence de transformer cette base de connaissance en leviers concrets : programmes d’appui, formations pour les enseignants, services spécialisés accessibles dans toutes les régions, campagnes de sensibilisation.
L’enjeu, aujourd’hui, est clair : passer du diagnostic à l’action.
Vers un bien-être collectif fondé sur la connaissance
Ces deux études viennent combler un vide. Elles replacent l’autisme dans le champ du bien-être collectif, en invitant la société marocaine à regarder autrement la différence.
Parce que comprendre l’autisme, c’est d’abord reconnaître la pluralité des façons d’être au monde.
Et parce qu’un pays qui prend soin de ses plus vulnérables devient, de fait, un pays plus équilibré, plus humain, plus fort.
Cette démarche s’inscrit dans la lignée des engagements internationaux du Maroc en faveur des Objectifs de développement durable (ODD), notamment ceux liés à la santé, à l’éducation et à la réduction des inégalités.
Plus qu’un rapport, c’est une étape de maturation nationale : celle d’une société qui veut inclure, comprendre et bâtir des politiques publiques éclairées par la science — au service du bien-être de tous.
Par Leila Zizi
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