Rick Hanson
Santé Actualités

Des moustiques transformés en vaccins volants pour protéger les chauves-souris

Des chercheurs chinois ont mis au point une stratégie étonnante pour vacciner les chauves-souris contre certains virus dangereux : utiliser des moustiques porteurs de vaccins. L’approche, testée par une équipe de l’Institut de virologie de Wuhan et publiée en mars 2026 dans la revue scientifique Science Advances, vise à réduire le risque de transmission de virus de l’animal à l’homme.

Les chauves-souris sont connues pour abriter une grande diversité de virus capables d’infecter d’autres espèces, dont l’être humain. Parmi eux figurent la rage et le virus Nipah, deux maladies potentiellement mortelles. Les scientifiques s’intéressent donc depuis plusieurs années à des stratégies capables de limiter ce que l’on appelle les “spillovers”, ces passages de virus de l’animal à l’homme à l’origine de nombreuses épidémies.

Mais vacciner des populations de chauves-souris sauvages pose un problème logistique majeur : il est quasiment impossible de capturer et de traiter individuellement des milliers d’animaux vivant dans des grottes ou des forêts.

Des moustiques utilisés comme vecteurs de vaccin

Pour contourner cet obstacle, des chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan ont imaginé une méthode originale: utiliser des moustiques comme vecteurs de vaccination.


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Dans leur étude publiée dans Science Advances, les scientifiques ont infecté des moustiques de l’espèce Aedes aegypti avec un virus modifié servant de vaccin. Lorsque les moustiques piquent les chauves-souris, ils leur transmettent une petite dose de vaccin capable de stimuler leur système immunitaire.

Le vaccin repose sur un virus appelé virus de la stomatite vésiculaire (VSV), utilisé comme vecteur pour produire des protéines provenant du virus de la rage ou du virus Nipah.

Une réponse immunitaire observée chez les animaux

Les expériences menées par les chercheurs montrent que les chauves-souris exposées aux moustiques porteurs du vaccin développent une réponse immunitaire mesurable contre les deux virus.

Selon les résultats de l’étude, quatre chauves-souris sur six exposées aux moustiques vaccinaux ont produit des anticorps contre la rage et le virus Nipah.

Les chercheurs ont également testé une seconde stratégie : des pièges contenant une solution saline enrichie en vaccin que les chauves-souris viennent naturellement boire pour absorber des minéraux. Cette méthode a également déclenché une réponse immunitaire comparable chez les animaux.

Une approche pensée pour limiter les risques

La vaccination d’animaux sauvages soulève cependant des questions importantes de sécurité biologique. Les chercheurs ont donc pris plusieurs précautions pour limiter les risques.

Les moustiques utilisés dans l’expérience ont par exemple été stérilisés par rayons X afin d’empêcher la propagation du virus vaccinal entre insectes. De plus, le vaccin n’est pas conçu pour se transmettre d’une chauve-souris à une autre.


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Dans leur étude, les scientifiques expliquent avoir volontairement choisi une approche à “diffusion limitée”, afin de privilégier la biosécurité plutôt qu’une propagation incontrôlée du vaccin dans les populations animales.

Une piste pour prévenir certaines épidémies

Si cette stratégie devait un jour être utilisée dans la nature, elle pourrait contribuer à réduire le risque d’émergence de virus dangereux pour l’homme.

De nombreuses maladies émergentes — comme celles causées par les virus Ebola, SARS ou Nipah — sont liées à des virus circulant chez des animaux sauvages. Vacciner ces réservoirs naturels pourrait donc devenir un nouvel outil de prévention.

Les chercheurs restent toutefois prudents. Comme le rappelle une analyse publiée par la revue Nature en mars 2026, toute technologie impliquant des virus modifiés dans la faune sauvage nécessite une évaluation rigoureuse des risques écologiques et sanitaires avant toute utilisation à grande échelle.

Pour l’instant, cette stratégie n’en est qu’au stade expérimental. Mais elle illustre une nouvelle direction dans la lutte contre les maladies émergentes : agir directement dans les populations animales pour empêcher les pandémies avant qu’elles ne commencent.


Sources :

Li Y. et al., Ecological vaccination of bats using mosquito-delivered vaccines, Science Advances, 12 mars 2026.
https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.aec0269

Mallapaty S., Using mosquitoes to vaccinate bats could curb the spread of deadly diseases, Nature, 12 mars 2026.
https://www.nature.com/articles/d41586-026-00795-3

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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