Santé

Un nouveau type de diabète officiellement reconnu, des millions de personnes concernées

Longtemps ignoré, parfois nié, un cinquième type de diabète vient d’être officiellement reconnu par la communauté internationale. Une avancée majeure pour la recherche, mais surtout pour des millions de patients souvent mal diagnostiqués, notamment dans les pays les plus vulnérables.

Pendant plus d’un demi-siècle, ce diabète a existé sans vraiment exister. Observé dès les années 1950 chez des patients jeunes, très maigres, souvent issus de milieux marqués par la pauvreté et la sous-nutrition, il ne ressemblait à rien de connu. Ni diabète de type 1, puisqu’aucune destruction auto-immune du pancréas n’était en cause. Ni diabète de type 2, puisque ces patients n’étaient ni obèses ni insulinorésistants.


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Trop atypique pour entrer dans les classifications dominantes, trop marginal pour susciter des investissements massifs en recherche, il a longtemps été relégué au rang d’anomalie clinique, décrite localement, rebaptisée à plusieurs reprises, puis progressivement effacée des nomenclatures officielles. Ce flou n’a pas seulement nourri une controverse scientifique : il a façonné des décennies d’errance diagnostique, de traitements inadaptés et d’angles morts sanitaires, laissant des millions de patients aux marges de la médecine moderne.

Un diabète qui ne rentrait dans aucune case

Depuis les années 1950, des médecins observent un phénomène troublant : des jeunes adultes très maigres, souvent issus de milieux défavorisés, développent un diabète sévère sans présenter les caractéristiques classiques des formes connues. Ils ne sont ni obèses, ni insulinorésistants, ni porteurs d’auto-anticorps suggérant une destruction immunitaire du pancréas. Pendant longtemps, cette forme atypique a été considérée comme une anomalie locale, décrite sous différents noms — « J-type diabetes », puis « diabète lié à la malnutrition » — sans jamais s’imposer durablement dans les classifications internationales.

Le problème n’était pas l’absence de patients, mais l’absence de cadre conceptuel solide. En 1999, faute de consensus sur le rôle exact de la sous-nutrition, l’Organisation mondiale de la santé a retiré cette entité de sa classification officielle. Résultat : des millions de patients ont continué à exister cliniquement, sans exister pleinement dans les politiques de santé, souvent mal diagnostiqués, parfois mal traités.

Pourquoi ce diabète est resté invisible si longtemps

Ce n’est pas une maladie rare. C’est une maladie mal regardée. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi le diabète de type 5 a été ignoré pendant des décennies :

  • Il ne correspondait à aucun modèle dominant
    Ni auto-immun (type 1), ni lié à l’excès et à l’insulinorésistance (type 2).
  • Il touchait des populations peu étudiées
    Principalement des personnes jeunes, maigres, pauvres, vivant dans des zones rurales d’Afrique et d’Asie.
  • Il échappait aux grandes cohortes occidentales
    Les essais cliniques internationaux incluent rarement ces profils.
  • Il manquait un cadre théorique consensuel
    La sous-nutrition était considérée comme un contexte, pas comme un facteur causal.

Résultat: une maladie bien réelle, mais longtemps sans nom, sans case, sans politique de santé dédiée.

Ce que montre enfin la science, noir sur blanc

Les travaux récents, synthétisés dans une déclaration de consensus publiée dans The Lancet Global Health, ont profondément changé la donne. En analysant des données issues de plusieurs pays d’Asie et d’Afrique, les chercheurs ont mis en évidence un profil métabolique distinct, cohérent et reproductible. Chez ces patients, le pancréas est structurellement intact, mais fonctionnellement limité : la sécrétion d’insuline est réduite, sans atteindre le niveau d’effondrement observé dans le diabète de type 1, et sans résistance périphérique comme dans le type 2.


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L’étude va plus loin en proposant un mécanisme plausible : une exposition prolongée à la sous-nutrition, dès la vie intra-utérine puis tout au long de l’enfance, altérerait le développement des cellules bêta du pancréas. Ce déficit s’installe silencieusement, parfois pendant des décennies, avant de se manifester à l’âge adulte par une hyperglycémie chronique. Ce modèle explique pourquoi ces patients sont à la fois insulinodéficients et sensibles à l’insuline — une combinaison que les classifications classiques ne savaient pas intégrer.

C’est sur cette base qu’en 2025, la International Diabetes Federation a officiellement reconnu cette entité sous le nom de diabète de type 5, actant une rupture conceptuelle majeure.

Quand les traitements standards deviennent un risque

Dans le diabète de type 5, traiter “comme d’habitude” peut faire plus de mal que de bien. Les études mettent en évidence plusieurs points de vigilance majeurs :

  • Sensibilité à l’insuline conservée
    Contrairement au type 2, ces patients ne sont pas insulinorésistants.
  • Faible masse corporelle et musculaire
    Les doses classiques d’insuline deviennent rapidement excessives.
  • Risque élevé d’hypoglycémie sévère
    Surtout dans des contextes de repas irréguliers ou d’insécurité alimentaire.
  • Accès limité à l’autosurveillance glycémique
    Ce qui rend les ajustements thérapeutiques difficiles.

D’où la nécessité d’une prise en charge prudente, personnalisée et nutritionnellement informée.

Un enjeu thérapeutique et social majeur

Cette reconnaissance n’est pas seulement académique. Elle a des conséquences directes sur la prise en charge des patients. Les traitements standards du diabète, pensés pour des profils métaboliques très différents, peuvent ici se révéler inadaptés, voire dangereux. Une insulinothérapie trop intensive, par exemple, expose ces patients à des hypoglycémies sévères, d’autant plus risquées dans des contextes de précarité alimentaire où les repas ne sont ni réguliers ni garantis.


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L’étude insiste sur la nécessité d’une approche plus nuancée : doses faibles d’insuline quand elle est nécessaire, médicaments stimulant prudemment la sécrétion insulinique, mais surtout prise en compte centrale de l’état nutritionnel. Le diabète de type 5 ne peut être traité indépendamment des conditions de vie, de l’accès à la nourriture, de la qualité de l’alimentation et du contexte socio-économique.

C’est là que cette maladie dépasse le cadre médical strict. Elle révèle une réalité dérangeante : la sous-nutrition précoce ne disparaît pas avec la croissance. Elle laisse une empreinte biologique durable, capable de façonner la santé métabolique des décennies plus tard. En ce sens, le diabète de type 5 est aussi un marqueur des inégalités mondiales, un rappel que la prévention passe autant par la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire que par les traitements pharmacologiques.

Ce diabète raconte une autre histoire de la santé mondiale

Le diabète de type 5 n’est pas seulement une question de glycémie. Il met en lumière des réalités souvent absentes des discours médicaux :

  • La sous-nutrition laisse des traces biologiques durables
    Même lorsque la faim n’est plus visible à l’âge adulte.
  • Les maladies chroniques ne sont pas toutes des maladies de l’excès
    Certaines sont le produit direct du manque.
  • La prévention commence très tôt
    Dès la grossesse, l’enfance et l’adolescence.
  • La santé est indissociable des conditions de vie
    Alimentation, pauvreté, accès aux soins, éducation nutritionnelle.

Prévenir le diabète de type 5, c’est agir bien avant le diagnostic médical.


Cet article s’appuie sur une sélection d’études scientifiques publiées dans des revues internationales évaluées par des pairs.

Sources

  1. Wadivkar P., Jebasingh F., Thomas N., Yajnik C. S., Vaag A. A., Kibirige D., et al.
    Classifying a distinct form of diabetes in lean individuals with a history of undernutrition: an international consensus statement.
    The Lancet Global Health, Volume 13, Issue 10, 2025.
    https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(25)00302-5/fulltext
  2. International Diabetes Federation (IDF)
    Type 5 Diabetes: official recognition and global implications.
    World Diabetes Congress, avril 2025.
    https://idf.org/about-diabetes/types-of-diabetes/type-5-diabetes/
  3. Hawkins M., et al.
    Malnutrition-related diabetes mellitus: a neglected entity.
    Review article, 2025.
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/?term=malnutrition-related+diabetes+hawkins

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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