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Maroc: le suicide d’une lycéenne à Témara met en lumière le mal-être silencieux des élèves

Une adolescente s’est donné la mort dans un établissement privé de la banlieue de Rabat. Ce suicide ravive une question que les écoles peinent encore à affronter: comment détecter, et sauver, les élèves qui souffrent en silence.

Elle avait l’âge d’avoir des projets, des rêves, une vie devant elle. La mort de cette élève d’un lycée privé de Témara, ville résidentielle aux portes de Rabat, a provoqué un électrochoc dans les milieux éducatifs marocains. Et posé, une fois de plus, la question que personne ne veut vraiment entendre: nos écoles sont-elles équipées pour aider les jeunes qui vont mal?

Des cellules d’écoute, mais pas assez

Sur le papier, le Maroc dispose d’un cadre réglementaire. Une note ministérielle de 2008 impose aux établissements de mettre en place des mécanismes de veille et de suivi psychologique. Dans les faits, les acteurs de terrain tirent la sonnette d’alarme depuis des années.


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«Les élèves vivent souvent des pressions psychologiques liées aux études ou à leur situation sociale et familiale », alerte Noureddine Akkouri, président de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves, dans des propos rapportés par le média Hespress. «Beaucoup ne trouvent pas d’interlocuteur dans leur établissement». Il appelle à la création, dans chaque école, de véritables centres d’écoute encadrés par des professionnels, pas seulement pour gérer les crises, mais pour les prévenir.

Car le problème, c’est justement là: on intervient souvent trop tard.

«Ce n’est jamais un acte isolé»

Pour Adil Hassani, spécialiste en psychologie sociale, également interrogé par nos confrères arabophones, le passage à l’acte est rarement le fruit d’un moment de désespoir soudain. C’est l’aboutissement d’une accumulation (harcèlement scolaire, tensions familiales, isolement, dépression) qui ronge un adolescent de l’intérieur, parfois pendant des mois, sans que personne ne s’en aperçoive. Dans certains cas, des facteurs physiologiques entrent aussi en jeu, favorisant des comportements impulsifs dans des moments de détresse extrême.

L’adolescence est une période à part. Chamboulements hormonaux, construction identitaire, pression des réseaux sociaux : les jeunes d’aujourd’hui naviguent dans des eaux particulièrement agitées.

Les signaux, on les voit, mais on ne les lit pas

Le repli sur soi. Les phrases qui inquiètent. L’abandon progressif des activités qu’on aimait. Ces signaux, les spécialistes les connaissent bien. Et ils sont souvent visibles, à condition de savoir les regarder.

«Une réaction rapide de l’entourage peut permettre de mobiliser des dispositifs de soutien et d’éviter que la crise ne s’aggrave», insiste Adil Hassani. Familles et enseignants ont un rôle clé à jouer, à condition d’être formés, sensibilisés, et épaulés par des professionnels.


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C’est précisément ce qui manque encore dans de nombreux établissements: des psychologues scolaires en nombre suffisant, des ressources dédiées, une culture du soin mental qui ne soit pas vécue comme un aveu de faiblesse.

Le rôle de l’école dans la prévention

Au Maroc, plusieurs textes officiels évoquent déjà la nécessité d’intégrer la dimension psychologique dans la vie scolaire.

Parmi eux figure la note ministérielle n°155 du 24 novembre 2008, relative à l’animation de la vie scolaire, qui insiste sur l’importance de mettre en place des mécanismes de veille et de suivi au sein des établissements.

Au fil des années, certaines écoles ont ainsi mis en place des cellules d’écoute, de médiation et de vigilance destinées à accompagner les élèves confrontés à des difficultés psychologiques ou sociales.

Cependant, de nombreux acteurs éducatifs estiment que ces dispositifs restent encore insuffisamment développés, notamment en raison du manque de psychologues scolaires et de ressources dédiées.

Une urgence de santé publique

La santé mentale des élèves n’est plus seulement une question pédagogique. C’est un enjeu de société. Et le drame de Témara en est le tragique rappel.


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Derrière les statistiques et les débats institutionnels, il y a des adolescents qui portent des souffrances invisibles. Des souffrances qui, faute d’être entendues à temps, peuvent devenir irréparables.

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Sarah Jaoui

About Author

Sarah Jaoui est journaliste spécialisée dans les sujets Famille, Sport et Société pour MieuxVivre.ma. Elle analyse les tendances du quotidien, les enjeux éducatifs et les dynamiques sociales afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre et améliorer leur vie personnelle et familiale.

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