Actualités

Le Maroc menacé par une invasion de criquets pèlerins?

Une carte de la FAO montrant la présence de criquets pèlerins dans plusieurs zones du Maroc ravive les inquiétudes. Si aucune invasion n’est pour l’instant confirmée, les conditions climatiques exceptionnelles de l’année pourraient favoriser le développement de ce ravageur redouté de l’agriculture.

Les criquets pèlerins comptent parmi les insectes les plus redoutés par les agriculteurs à travers le monde. Capables de former d’immenses essaims et de dévorer en quelques heures des champs entiers, ces insectes migrateurs ont marqué l’histoire par leur pouvoir destructeur. Au Maroc, la question revient aujourd’hui dans le débat public après une alerte publiée par la plateforme environnementale Nechfate, qui évoque un risque accru de développement de ce ravageur sur le territoire.

Risque d’invasions élevé

Selon cette plateforme dédiée aux questions environnementales, le niveau de risque d’invasions de criquets pèlerins n’aurait jamais été aussi élevé depuis plusieurs décennies. L’insecte, connu scientifiquement sous le nom de Schistocerca gregaria, est considéré comme le ravageur migrateur le plus destructeur au monde. Chaque individu peut consommer l’équivalent de son propre poids en végétation par jour, et lorsqu’ils se regroupent en essaims, leur capacité de destruction devient spectaculaire.


Lire aussi: Cet hiver au Maroc est le 3ᵉ plus pluvieux depuis plus de 40 ans


Un seul kilomètre carré d’essaim peut contenir jusqu’à 80 millions de criquets adultes. À ce stade, ils sont capables de consommer en une seule journée la même quantité de nourriture que 35 000 personnes. Cette voracité explique pourquoi les invasions de criquets ont provoqué, à plusieurs reprises dans l’histoire, de graves crises alimentaires. L’insecte est même mentionné dans plusieurs textes religieux anciens, dont le Coran et la Bible.

Plus récemment, une invasion massive survenue en Afrique de l’Est entre 2019 et 2020 avait rappelé au monde la menace que représentent ces insectes. En Éthiopie notamment, près de 200 000 hectares de terres agricoles avaient été détruits, mettant en péril la sécurité alimentaire de millions de personnes.

5 invasions au XXe siècle

Le Maroc n’est pas étranger à ce phénomène. Au cours du XXᵉ siècle, le pays a connu cinq grandes invasions de criquets pèlerins. La dernière, survenue entre 1987 et 1989, avait nécessité une mobilisation exceptionnelle de l’État. Les autorités avaient alors engagé près d’un milliard de dirhams pour lutter contre le fléau et traiter environ cinq millions d’hectares afin d’enrayer la progression des essaims.

Depuis cette période, aucune invasion majeure n’a été enregistrée au Maroc. Cette relative tranquillité s’explique en grande partie par l’expertise développée par les autorités marocaines en matière de surveillance et de lutte antiacridienne, qui permet d’intervenir précocement dès les premiers signes de prolifération.

Cependant, plusieurs signaux récents invitent à la vigilance. D’après les observations relayées par Nechfate, des stades larvaires de criquets pèlerins avaient été repérés en mars 2025 dans les vallées du Drâa et du Ziz. Ces stades correspondent à la phase où les insectes, encore dépourvus d’ailes, se déplacent en bandes massives au sol.

Depuis quelques semaines, l’évolution de la situation semble toutefois plus préoccupante. Des criquets au stade adulte, capables de voler et de former des essaims migrateurs, auraient été observés dans certaines provinces sahariennes du Maroc, notamment dans la région de Dakhla.

La vigilance est de mise

Plusieurs facteurs environnementaux pourraient expliquer ce développement. La saison pluvieuse 2025-2026 a été particulièrement abondante au Maroc, favorisant une végétation plus dense dans certaines zones désertiques et semi-désertiques. Or, ces conditions constituent un terrain idéal pour la reproduction et l’expansion des populations de criquets.

Dans ce contexte, la vigilance reste de mise. Les spécialistes rappellent que la lutte précoce est la clé pour éviter la formation d’essaims massifs. Les opérations de surveillance et de traitement menées par les autorités sont donc déterminantes pour contenir la menace avant qu’elle ne prenne une ampleur régionale.


Lire aussi: Casablanca: des mouettes retrouvées mortes après la chute de conteneurs en mer


La météo des prochains mois jouera également un rôle crucial. Des conditions plus sèches dans les zones sahariennes pourraient limiter naturellement le développement des populations de criquets, réduisant ainsi le risque d’une véritable invasion.

Pour l’heure, aucune alerte officielle majeure n’a été émise par les autorités marocaines. Mais les observations récentes rappellent que ce ravageur reste une menace potentielle pour l’agriculture du pays, dans un contexte climatique de plus en plus imprévisible.

Vous méritez mieux que des conseils TikTok

Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.

Sarah Jaoui

About Author

Sarah Jaoui est journaliste spécialisée dans les sujets Famille, Sport et Société pour MieuxVivre.ma. Elle analyse les tendances du quotidien, les enjeux éducatifs et les dynamiques sociales afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre et améliorer leur vie personnelle et familiale.

Dans un monde en perpétuel mouvement, mieuxvivre.ma est un média fiable et engagé qui décrypte l’actualité santé et société pour vous aider à mieux comprendre, mieux choisir et mieux vivre.

Études récentes, conseils d’experts et éclairages utiles pour cultiver un équilibre durable au quotidien.