Chroniques d’une métamorphose inversée

Chroniques d’une métamorphose inversée. Si j’avais six heures pour abattre un arbre…

Entre surcharge mentale, quête de structure et promesse technologique, Azzouz Said explore une idée simple mais contre-intuitive : ralentir pour mieux agir. À travers une réflexion personnelle sur la neurodivergence et l’usage de l’IA, elle interroge notre rapport à l’efficacité, à la préparation et à l’exécution dans un monde obsédé par la vitesse.

Il y a une phrase qu’on attribue à Lincoln.

Vraie ou fausse, peu importe.

Elle dit quelque chose de juste.

« Si on me donnait six heures pour abattre un arbre, je passerais les quatre premières à affûter ma hache. »

Quatre heures de préparation.

Deux heures d’exécution.

En proportion : quatre-vingts pour cent d’avant.

Vingt pour cent de pendant.

La première fois qu’on entend ça, ça semble contre-intuitif.

Voire paresseux.

L’arbre est là. La hache est là. Pourquoi attendre ?

Mais Lincoln — ou celui qui a dit ça à sa place — avait compris quelque chose que l’urgence nous cache :

une hache émoussée travaille deux fois plus.

Et se fatigue quatre fois plus.

Pour un résultat à moitié aussi net.

Je suis neurodivergent.

Je dis ça sans drame et sans performance.

Juste comme une information utile pour comprendre ce qui suit.

Parce que la neurodivergence, c’est souvent ça :

un cerveau qui voit tout, ressent tout, connecte tout —

mais qui a du mal avec le chemin entre la vision et l’exécution.

Un cerveau qui peut passer des heures dans une idée

et se retrouver paralysé devant la première étape concrète.

Qui commence dix projets avec une énergie sincère

et qui en finit deux.

Pas par manque de volonté.

Par manque de structure.

La structure, pour un cerveau comme le mien, ce n’est pas une contrainte.

C’est une prothèse.

Une béquille intelligente qui me permet de marcher droit

quand mon système intérieur préférerait tourner en rond.

Pendant longtemps, j’ai cherché cette structure dans les méthodes.

Les frameworks. Les tableaux. Les Notion bien organisés.

Les bullet journals abandonnés après trois semaines.

Les plans en cinq phases avec des cases à cocher.

Certains aidaient. Un peu. Temporairement.

Mais il leur manquait quelque chose.

La capacité de s’adapter à moi.

De poser les bonnes questions au bon moment.

De ne pas être un formulaire à remplir mais une conversation à avoir.


Lire aussi: Chroniques d’une métamorphose inversée. Le mensonge a sa propre fête, et on chante tous


Et puis l’IA est arrivée.

Pas comme une révolution.

Comme un outil.

Mais un outil qui fait quelque chose que les autres ne faisaient pas :

il parle.

Il répond.

Il reformule ce que tu lui dis jusqu’à ce que tu comprennes toi-même ce que tu voulais dire.

Pour quelqu’un dont le cerveau a besoin d’externaliser pour clarifier —

de dire à voix haute pour savoir ce qu’il pense —

c’est un changement de taille.

Pas parce que l’IA est intelligente.

Parce qu’elle est patiente.

Et structurée.

Et disponible à trois heures du matin quand l’idée arrive et qu’il n’y a personne à qui la raconter.

C’est de là qu’est né idea-to-mvp.

Un projet que j’ai construit tranquillement.

Pas pour le montrer.

Pour en avoir besoin.

L’idée est simple, presque naïve dans sa formulation :

transformer Claude en coach d’entrepreneuriat structuré.

Pas un coach qui donne des conseils généraux.

Un coach qui suit un protocole.

Qui refuse d’aller à l’étape deux si l’étape un n’est pas solide.

Qui pose les vraies questions avant les belles réponses.

Quel est le vrai problème derrière ton idée ?

Est-ce que quelqu’un d’autre que toi a ce problème ?

Pourquoi maintenant et pas dans trois ans ?

Des questions simples.

Difficiles à répondre sans structure.

Faciles à esquiver sans quelqu’un pour les tenir.


Lire aussi: Chroniques d’une métamorphose inversée. Le soleil, la joie et des larmes


Mais ce qui m’intéressait vraiment dans ce projet,

ce n’était pas la technologie.

C’était le croisement.

Anthropologie. Sociologie. Entrepreneuriat.

Trois disciplines qui parlent rarement ensemble.

Et qui ont pourtant beaucoup à se dire.

L’anthropologie, parce qu’une idée ne naît pas dans le vide.

Elle naît dans un contexte. Une culture. Un système de valeurs.

Et si on ne comprend pas ce contexte,

on fabrique des solutions qui glissent sur la réalité comme de l’huile sur l’eau.

La sociologie, parce qu’un marché n’est pas une courbe.

C’est un groupe humain avec ses codes, ses peurs, ses habitudes, ses résistances.

Et l’entrepreneuriat, parce qu’à un moment, il faut quand même abattre l’arbre.

Il faut passer à l’acte.

Construire quelque chose de petit, de testable, de réel.

Pas une vision.

Un produit.

Ce que j’ai compris en construisant cet outil,

c’est que le problème des porteurs d’idées —

et particulièrement des cerveaux neurodivergents —

n’est pas le manque d’idées.

C’est le trop-plein.

L’idée arrive avec ses dix variations simultanées.

Ses connexions inattendues.

Ses ramifications enthousiastes.

Et on se retrouve à vouloir abattre dix arbres en même temps

avec une hache qu’on n’a pas pris le temps d’affûter.

L’IA, utilisée comme un outil de structure et non comme un oracle,

aide à ralentir ce flux.

À poser une idée sur la table.

À la retourner doucement.

À voir où elle tient et où elle tremble.

Avant de couper.

Quatre-vingts pour cent de préparation.

Vingt pour cent d’exécution.

Ce ratio me semblait théorique jusqu’à ce que je commence à le vivre.

Jusqu’à ce que je voie, en pratique, ce que ça change de passer du temps sur le problème avant de penser à la solution.

D’interroger l’idée avant de la défendre.

De comprendre le terrain avant de construire.

Ce n’est pas de la lenteur.

C’est de la précision différée.

Et la précision, dans un projet comme dans une hache,

c’est ce qui fait la différence entre un arbre abattu proprement

et une journée perdue à frapper du bois dur avec un outil mou.


Lire aussi: Chroniques d’une métamorphose inversée. Le soleil, la joie et des larmes


Je ne sais pas si idea-to-mvp deviendra quelque chose de grand.

Je ne sais même pas si c’est la bonne question.

Ce que je sais, c’est qu’il m’aide.

Que quand mon cerveau part dans tous les sens à six heures du matin,

il y a maintenant un espace pour poser les idées.

Un protocole qui les reçoit sans les écraser.

Une structure qui ne me ressemble pas forcément

mais qui me complète.

Et pour quelqu’un qui a passé des années à chercher ça

dans des cahiers, des applications, des méthodes importées d’ailleurs —

c’est déjà beaucoup.

C’est peut-être même tout.

Si tu es neurodivergent.

Si tu as mille idées et du mal à en finir une.

Si tu passes des heures à préparer et tu te reproches de ne pas avoir commencé.

Je voudrais te dire ceci :

tu n’es pas en retard.

Tu affûtes ta hache.

Et une hache bien affûtée,

ça coupe en deux heures ce qui prend une journée à l’impatient.

Et puis ça laisse le temps pour du boulefaf

Vous méritez mieux que des conseils TikTok

Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.

Azzouz Said

About Author

Dans un monde en perpétuel mouvement, mieuxvivre.ma est un média fiable et engagé qui décrypte l’actualité santé et société pour vous aider à mieux comprendre, mieux choisir et mieux vivre.

Études récentes, conseils d’experts et éclairages utiles pour cultiver un équilibre durable au quotidien.