Chroniques d’une métamorphose inversée

Chroniques d’une métamorphose inversée : Solo contra tutti

Entre football, rejet collectif et fidélité, un texte puissant sur ce que signifie appartenir à un groupe qui résiste

Ce week-end, j’ai regardé mes frères se faire gazer.

J’ai vu l’un d’eux tomber dans un stade.

Hospitalisé.

En Afrique du Sud.

À Pretoria.

Loin de tout.

Loin de chez eux.

Et pourtant là, debout, parce que l’AS FAR jouait.

Le terrain.

Un terrain de rugby.

Pas un stade de football.

Dans un état qui te raconte tout ce qu’on pense de toi avant même le coup d’envoi.

La VAR.

Qui s’arrête de fonctionner.

Comme par hasard.

Au bon moment.

Contre la bonne équipe.

Face aux Sundowns.

L’équipe de Motsepe.

Le patron de la CAF.

Je ne dis pas que c’est une conspiration.

Je dis que certaines coïncidences ont une odeur particulière.

Et que cette odeur-là, les supporters des FAR la connaissent par cœur.

Ils ont appris à vivre avec depuis longtemps.

En regardant ces images, j’ai compris quelque chose.

Ou plutôt, j’ai mis des mots sur quelque chose que je savais déjà.

Pourquoi j’aime les FAR.

Pas malgré tout ça.

À cause de tout ça.

Parce qu’il y a des clubs qu’on supporte quand ils gagnent.

Et des clubs qu’on supporte quand ils résistent.

Les FAR, c’est un club de résistance.

Pas une résistance romantique.

Une résistance réelle, concrète, quotidienne.

Celle d’une équipe qui décolle toujours avec du vent de face.

Hrimat l’avait dit mieux que moi.

Quand les FAR décollent, tous sont contre nous.

Cette phrase, je l’avais entendue.

Je ne l’avais pas vraiment sentie.

Ce week-end, je l’ai sentie.

Dans le gaz lacrymogène sur mes frères.

Dans la VAR qui s’éteint.

Dans les commentaires de certains fans d’autres équipes locales

qui se sont donnés à cœur joie.

Joyeusement.

Comme si voir les FAR souffrir était un spectacle qui leur appartenait.

Certains médias aussi.

Ce petit plaisir mauvais qui circule quand l’équipe de trop gagne en dehors de ses frontières.

Et là, quelque chose s’est allumé en moi.

Un sentiment que je connais bien.

Trop bien.

Le RSD.

Le syndrome de rejet lié au TDAH.

Cette façon particulière qu’ont certains cerveaux de ressentir le rejet.

Pas comme une information.

Comme une brûlure.

Immédiate. Totale. Sans nuance.

Le rejet ne s’analyse pas.

Il se vit dans le corps avant même d’arriver dans la tête.

Et ce week-end, en regardant mes frères gazés dans un stade de rugby à Pretoria,

j’ai reconnu cette brûlure.

Mais à l’échelle d’un collectif.

Parce que le RSD n’est pas qu’une affaire individuelle.

Il y a des communautés entières qui le vivent.

Des groupes humains qui ont appris, génération après génération,

que leur joie serait tempérée.

Que leurs victoires seraient contestées.

Que leur place serait toujours à défendre.

Jamais acquise.

Toujours menacée.

Les supporters des FAR connaissent cette géographie.

Rejetés de tous côtés.

Et pourtant là.

Debout dans un stade étranger.

En chantant.

Je n’ai jamais fait partie des UAR.

Ni de la Black Army.

Je regarde de loin.

Je suis de loin.

Mais ce week-end, en voyant mes camarades tenir debout

sous les lacrymos, sur un terrain qui n’était pas le leur,

dans un contexte qui n’avait rien de juste —

j’aurais voulu l’être.

J’aurais voulu être dans ce stade.

Pas pour le football.

Pour être là.

Avec eux.

Parce qu’il y a des moments où la présence vaut plus que n’importe quel discours.

Où être compté dans un groupe qui résiste,

c’est la seule réponse digne à l’injustice.

Au Texas, ils disent :

One ranger, one riot.

Un seul homme peut suffire à tenir une situation.

Chez nous, on dit autrement.

1 menna = 1000 menhoum.

Un des nôtres vaut mille des leurs.

Pas par arrogance.

Par fidélité.

Par cette certitude tranquille et inébranlable

que quand on est ensemble,

on ne compte plus de la même façon.

Et puis il y a une autre chose.

Quand d’autres équipes ont des problèmes —

des incidents, des injustices, des mauvais traitements à l’extérieur —

on est là.

On dit quelque chose.

On ne se réjouit pas.

Parce que ce n’est pas notre façon d’être.

La réciprocité, nous, on ne l’exige pas.

On la pratique quand même.

Et ça aussi, ça fait partie de ce que j’aime dans ces supporters.

Cette capacité à être juste même envers ceux qui ne le sont pas avec nous.

Dimanche, l’Afrique jouera.

Et je veux croire que le para portera.

Pas naïvement.

Pas en fermant les yeux sur ce qu’on a vu.

Mais avec cette conviction que les équipes qui jouent

avec du vent de face depuis toujours

savent quelque chose que les autres ignorent.

Elles savent que le vent,

ça ne s’arrête pas.

Ça se traverse.

Solo contra tutti.

Seuls contre tous.

Ce n’est pas une plainte.

C’est un badge.

Une façon d’être.

Une décision prise il y a longtemps

et confirmée chaque week-end dans chaque stade

où les FAR posent leurs pieds

et leurs supporters leur voix.

Allez les FAR.

Pour ceux qui étaient à Pretoria.

Pour celui qui est hospitalisé ce soir.

Pour tous ceux qui chantent quand même.

Et pour dimanche.

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Azzouz Said

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