Chroniques d’une métamorphose inversée

Chroniques d’une métamorphose incarnée. Après la victoire

Dans cette chronique intime et politique, Azzouz Said revient sur la défaite des FAR en finale tout en célébrant un parcours, une fidélité populaire et une certaine idée du terrain. Entre football, recherche et entrepreneuriat, il interroge la distance croissante entre ceux qui font et ceux qui commentent.

Après la victoire.

C’est ce que chante le public des FAR.

Après les matchs gagnés.

Après les soirs où le terrain a dit oui.

Ce chant, je l’entends encore.

Et dimanche, nous avons perdu la finale.

Et pourtant.

Je célèbre.

Je célèbre parce que certaines défaites valent plus que des victoires.

Pas celles qu’on perd sans avoir essayé.

Celles qu’on perd après avoir tout donné.

Après un parcours que personne n’attendait.

Après des matchs qui ont prouvé, semaine après semaine,

que cette équipe n’a pas de plafond.

Juste des paliers.

Et des escaliers qu’elle continue de grimper.

Je célèbre Hrimat.

Le capitaine.

Celui qui a pris un torrent de boue dans les médias de Casablanca.

Ceux qui ont fini par trouver — enfin — une raison de déverser ce qu’ils gardaient depuis longtemps.

Les journalistes affiliés, les plumes orientées, les voix qui ne cachent plus très bien de quel côté elles penchent.

Ils ont craché.

Et lui a continué à jouer.

À porter le brassard.

À mener ses hommes.

Avec cette dignité tranquille des gens qui savent ce qu’ils valent

et n’ont pas besoin qu’on le leur confirme.

Je célèbre les fans.

Ceux qui ont traversé des pays.

Ceux qui ont chanté sous les lacrymos à Pretoria.

Ceux qui étaient dans ce stade dimanche

et qui ont porté leurs couleurs jusqu’au dernier coup de sifflet.

Et ceux qui regardaient de loin, du canapé, de l’étranger, de l’autre bout du monde,

le cœur serré dans la gorge.

Je célèbre Rabat.

Témara. Salé. Khmissat.

Toutes les villes et tous les quartiers qui se reconnaissent dans ce club.

Qui ne sont pas Casablanca.

Qui n’ont pas les plateaux télé ni les chroniqueurs acquis.

Mais qui ont quelque chose de plus solide que tout ça.

Une fidélité qui ne dépend pas des résultats.

L’important n’est pas la destination.

C’est le chemin.

Je sais que ça ressemble à une phrase de poster.

À une de ces formules qu’on lit sur les murs des open spaces

entre deux plantes vertes artificielles.

Mais là, dimanche soir, en regardant ces joueurs et ces supporters,

cette phrase avait un corps.

Un visage. Une sueur. Un brassard.

Le chemin, c’était eux.

Et ce chemin valait la peine d’être parcouru.

Même sans trophée au bout.

J’écris ces lignes depuis une conférence de recherche.

Décarbonation. Marketing. Entrepreneuriat.

Des intervenants qui savent.

Des slides bien construites.

Des cadres théoriques solides.

Et quelque chose qui me dérange doucement.

Cette distance entre la salle et le terrain.

Entre ce qu’on dit du monde

et le monde tel qu’il est.

Je me pose toujours cette question dans ces moments-là.

Pourquoi certains chercheurs sont si éloignés de ce qu’ils étudient ?

La réponse est simple.

On leur a appris comme ça.

Commence par la théorie.

Construis ton cadre.

Puis descends sur le terrain.

Comme si le terrain était une illustration de la théorie.

Comme si la réalité était là pour confirmer ce qu’on avait déjà décidé de penser.

Mon approche est différente.

Je fais de l’ethnographie.

De l’auto-ethnographie.

En entrepreneuriat.

Je commence par le terrain.

Je fais.

Puis j’observe ce que j’ai fait.

Puis j’essaie de comprendre.

Puis j’apprends.

Dans cet ordre-là.

Pas dans l’autre.

Parce que le terrain ne ment pas.

Parce que les gens qui font des choses en dehors des amphithéâtres

ont des savoirs que les bibliothèques n’ont pas encore indexés.

Et que les ignorer, c’est appauvrir la recherche

avant même qu’elle commence.

Il y a un lien entre les deux, tu sais.

Entre Hrimat sous la boue médiatique et le chercheur qui ne comprend pas le terrain.

Ce sont deux façons de dire la même chose.

Que ceux qui font — vraiment font, avec les mains, avec le corps, avec le risque —

sont souvent les moins entendus

par ceux qui parlent le plus fort.

Le capitaine sur le terrain.

L’entrepreneur dans son quartier.

L’ouvrier dans l’usine.

Le supporter dans le stade.

Ils savent des choses.

Des choses précises, incarnées, irremplaçables.

Et on préfère souvent les commenter de loin

plutôt que de s’asseoir à côté d’eux pour écouter.

Célébrons.

Célébrons le parcours de cette équipe.

Célébrons l’Aïd qui arrive.

Les vacances. Le ralentissement. Les moments de famille.

Soyons responsables sur les routes.

Parce que la fête ne vaut rien si on n’arrive pas entier.

Prenons soin les uns des autres.

Et gardons le focus.

Sur le chemin.

Pas seulement la destination.

Sur ce qu’on construit en marchant.

Pas seulement ce qu’on trouve en arrivant.

Et à nos amis rajaouis de la rédaction —

vous vous reconnaîtrez —

on ne vous en veut pas.

On vous aime quand même.

Mais juste pour que ce soit clair :

w dima 3asker.

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