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Libéralisation des pharmacies: Ahmed Rahhou défend l’ouverture du débat sur le modèle économique du secteur

Le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a défendu mardi l’idée d’un débat national sur l’évolution du modèle économique des pharmacies au Maroc, au moment où la polémique autour d’une possible libéralisation du secteur continue de mobiliser les professionnels de santé.

Lors d’un point de presse organisé à Rabat pour présenter l’avis du Conseil de la concurrence sur le marché des médicaments, Ahmed Rahhou a estimé que la réflexion engagée vise avant tout à améliorer les services rendus aux citoyens et à accompagner les transformations du système de santé marocain.

Cette prise de parole intervient alors que les organisations professionnelles de pharmaciens ont exprimé ces dernières semaines une opposition ferme aux recommandations du Conseil, notamment à l’ouverture du capital des officines à des investisseurs.

Un secteur appelé à évoluer avec la généralisation de la couverture médicale

Selon Ahmed Rahhou, la question de l’organisation du secteur pharmaceutique se pose dans un contexte de transformation profonde du système de santé marocain.


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La généralisation de la protection sociale et l’élargissement de la couverture médicale devraient en effet entraîner une augmentation progressive des dépenses de santé et de la consommation de médicaments.

Dans ce contexte, le président du Conseil de la concurrence estime qu’une réflexion sur le fonctionnement du réseau des pharmacies devient nécessaire afin d’adapter le secteur à cette nouvelle réalité.

Un marché de 25 milliards de dirhams

Le marché du médicament au Maroc représente aujourd’hui environ 25 milliards de dirhams de dépenses annuelles, a rappelé Ahmed Rahhou.

Une part importante de cette somme transite par les pharmacies d’officine, tandis qu’environ 13 milliards de dirhams passent par les grossistes répartiteurs, chargés d’approvisionner les pharmacies à travers le territoire.

Pour le président du Conseil de la concurrence, la question ne se limite pas à l’importance économique du secteur.

L’enjeu concerne également la qualité du service rendu aux citoyens, notamment en matière d’accès aux médicaments.

Un réseau dense mais des contraintes d’organisation

Ahmed Rahhou a souligné que le Maroc dispose d’un réseau officinal relativement dense.

Le pays compte plus de 14.000 pharmacies, soit environ une officine pour 2.600 habitants, un niveau supérieur aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.


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Cependant, selon lui, la question de l’accès aux médicaments dépend moins du nombre d’officines que de l’organisation du service.

Les horaires d’ouverture restent parfois limités, ce qui peut compliquer l’accès aux médicaments à certains moments de la journée ou de la nuit.

Le rôle central du pharmacien maintenu

Face aux inquiétudes exprimées par la profession, Ahmed Rahhou a tenu à rappeler que le rôle du pharmacien resterait central dans la délivrance des médicaments.

Selon lui, la dispensation des traitements nécessite la présence d’un professionnel qualifié capable de vérifier les prescriptions médicales et d’orienter les patients.

Toute évolution du modèle des pharmacies devrait donc préserver cette responsabilité professionnelle.

Des pistes d’évolution du modèle officinal

Dans son avis, le Conseil de la concurrence évoque plusieurs pistes visant à améliorer l’organisation du secteur.

Parmi elles figurent notamment la possibilité de regroupements entre pharmacies ou l’emploi de plusieurs pharmaciens au sein d’une même officine, afin d’assurer une meilleure continuité du service et d’élargir les horaires d’ouverture.


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Le président du Conseil a également évoqué la piste d’une ouverture encadrée du capital des pharmacies à des investisseurs, qui pourrait selon lui permettre de mobiliser de nouvelles ressources pour moderniser les officines.

Une telle évolution, a-t-il précisé, ne remettrait pas en cause la responsabilité du pharmacien dans la délivrance des médicaments.

Des difficultés économiques pour certaines officines

Ahmed Rahhou a également évoqué les contraintes économiques auxquelles certaines pharmacies sont confrontées.

L’augmentation du nombre de diplômés en pharmacie et la pression sur la rentabilité des officines compliqueraient la situation de certaines structures, en particulier les plus petites.

Certaines pharmacies rencontreraient ainsi des difficultés pour acquérir des médicaments coûteux, ce qui peut limiter leur disponibilité dans certaines zones.

Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence recommande d’encourager des formes de coopération ou de regroupement entre officines afin d’améliorer l’approvisionnement et la disponibilité des traitements.

Un débat appelé à se poursuivre

Le président du Conseil de la concurrence a insisté sur le fait que les propositions contenues dans l’avis visent avant tout à ouvrir le débat public sur l’évolution du secteur pharmaceutique.

Toute réforme éventuelle devra, selon lui, associer l’ensemble des parties prenantes, notamment les pouvoirs publics, les professionnels de santé et les citoyens.

Cette prise de position intervient alors que la profession pharmaceutique reste fortement mobilisée contre toute réforme perçue comme une libéralisation du secteur.

La suspension récente du mouvement de grève des pharmaciens, après une réunion avec le ministre de la Santé, a ouvert une phase de dialogue, mais le débat sur l’avenir du modèle officinal marocain reste loin d’être tranché.

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R.M.

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