Journal d'un père (presque) ordinaire

Journal d’un père (presque) ordinaire — Épisode 2. Elle ressemble à elle-même

Deux jours après la naissance de sa fille, un jeune père se retrouve déjà confronté aux injonctions familiales, aux conseils non sollicités et au marketing déguisé autour du nourrisson. Une chronique douce-amère sur ce qui entoure un bébé avant même qu’il n’ait commencé à vivre.

Une tempête. Un va-et-vient incessant. Ça bouscule. Ça claque les portes.
Où est-elle ?
Elle est dans les bras de sa mère. Elle va bien.

Tilila n’a même pas deux jours d’existence qu’elle est déjà au centre de toutes les attentions. Enfin… peut-être. On ne connaît jamais vraiment les intentions de ces gens. Sont-ils bienveillants? Veulent-ils aider? Ou sont-ils simplement curieux?

Bien sûr, nous n’avons pas pu esquiver LA question:
«Elle ressemble à sa maman ou à son papa?»
Chacun y est allé de son “talent” de physionomiste raté. J’admets que la maman est sortie largement gagnante de cette compétition. Ce qui m’a un peu fait douter de moi-même. Mais un signe ne trompe pas: les oreilles. Et depuis ce jour, l’oreille est devenue l’organe le plus important, le plus beau et le plus esthétique du corps humain. Sans fausse modestie.

Je me souviens pourtant de la réaction de mon beau-frère. Une phrase extrêmement forte, magnifiquement juste, que je n’oublierai jamais: «elle ressemble à elle-même.»

Il y a tout de même quelque chose qui m’a profondément déplu : cette manière non pas de regarder, mais de dévisager un minuscule corps humain. Comme s’il n’avait aucune intimité, aucune vie privée. On le scrute, on le jauge, on le juge déjà!

Je me souviens pourtant de la réaction de mon beau-frère. Une phrase extrêmement forte, magnifiquement juste, que je n’oublierai jamais:
«Elle ressemble à elle-même.»
Le débat est clos.


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De toute manière, il faut que ce vacarme cesse et qu’on puisse enfin souffler. Le bébé — et sa maman, évidemment — doivent se reposer, après une longue bataille menée à deux, tel un tandem dans une épopée grecque.

Il y a quelque chose de fantastique, presque mystique, dans la naissance d’un tout petit.

Quant à moi, je flotte hors du temps. Les événements défilent à une vitesse folle. Je ne sais même plus comment j’ai atterri ici, chez la belle-famille. Je suis venu en voiture, c’est certain, mais aucun souvenir du trajet ne me revient.

Tout ce que je garde en mémoire, c’est la douce et inoubliable nuit à la clinique, seule parenthèse suspendue: ma femme, ma fille et moi.

Ah si ! Je me souviens aussi de ce médecin. Venu d’on ne sait où. Vêtu d’un survêt’ des années 80, une kétma comme on dit, arrivé pile au moment de l’accouchement. La gynéco étant repartie, il a pris sa place. Il m’a tendu une ordonnance. Je la lis : Novalac 01.

«Achetez ce lait infantile. C’est important pour la p’tite.»

Son injonction, il pouvait se la garder. Nous sommes — ma femme surtout, mais moi aussi maintenant — devenus de véritables fanatiques du lait maternel, après des mois passés à regarder des vidéos sur l’allaitement, le colostrum et tout le reste…

«Tu dois lui acheter du lait infantile. Daroooori», nous lance une tante, avec ce mélange de fausse compassion et d’arrogance tranquille.

J’aurais pu répondre au toubib en kétma: l’OMS recommande strictement l’allaitement exclusif et interdit toute promotion commerciale des laits infantiles dans les établissements de santé, comme le stipule le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.
Mais je vous avais dit que je vivais dans un brouillard.

De retour chez la belle-famille, Tilila se réveille. Elle pleure. Sa mère panique. Elle ne tète rien, elle ne boit rien.

«Tu dois lui acheter du lait infantile. Daroooori», nous lance une tante, avec ce mélange de fausse compassion et d’arrogance tranquille.

C’est un véritable matraquage auquel nous faisons face depuis que ma femme a exprimé ses doutes sur sa capacité à allaiter. Pourtant, on s’était informés : au départ, un nouveau-né ne tète qu’une minuscule quantité.
Mais Tilila pleure. Elle ne cesse de pleurer.

Alors, face à notre désarroi, un énième membre de la famille a fini par nous ramener du lait infantile.
Tilila l’a bu.

Ce sera la dernière fois de sa vie.


NB: Cette chronique relève de la fiction. Elle s’inspire du réel sans prétendre le reproduire et emprunte aux personnages comme aux situations la liberté propre au récit.

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Ryad Mabsout

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