Les épreuves du bac se terminent aujourd’hui. Une logistique de sécurité plus moderne que les salles de classe. Une chronique sur ce qu’on surveille, et sur ce qu’on refuse de revoir.
Aujourd’hui, dans les quatre coins du Maroc, des adolescents ont rendu leur dernière copie du bac.
Aux portes des centres d’examen ce matin, des détecteurs d’ondes électromagnétiques, des équipes mobiles de surveillance, des protocoles de sécurité dignes d’un transfert de fonds. Le Maroc a déployé pour le bac une logistique plus sophistiquée que celle de nombreux hôpitaux. Plus moderne que les salles de classe où ces enfants ont passé les douze dernières années.
On surveille avec des outils du XXIe siècle ce qu’on enseigne encore avec des méthodes des siècles précédents.
La triche n’est pas qu’un problème moral. C’est aussi un acte rationnel.
Un élève qui glisse un aide-mémoire dans sa chaussette ne méprise pas le diplôme. Il en comprend la valeur, peut-être mieux que quiconque. Au point de risquer une exclusion, une amende, une procédure judiciaire. La triche est la preuve la plus éloquente que le bac conserve une valeur symbolique absolument démesurée.
Elle est malhonnête, oui. Banalement, normalement malhonnête, de cette malhonnêteté qu’on normalise par d’autres actions, habitudes, failles, système D, micmacs. Mais ça, c’est un autre sujet.
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La mère qui n’a pas dormi depuis trois semaines. Le père qui dit « toute la famille compte sur toi » à un enfant qui ne sait pas encore vraiment qui il est. L’élève convaincu que tout se joue là, en trois jours, sur une feuille double.
Dans ce contexte, glisser un aide-mémoire dans sa chaussette, c’est de la survie avec une pointe de malhonnêteté habituelle et normalisée.
Et personne n’interroge vraiment ce qui produit cette panique-là.
On dit que le bac mesure le mérite. Mais regardons ce qu’il évalue concrètement.
Il évalue la résistance au stress d’un adolescent dont le cerveau n’a pas fini de se former. Il évalue les moyens financiers de la famille, les cours particuliers, l’école privée contre l’école publique, l’espace pour travailler chez soi, la chance d’être né dans la bonne famille, dans le bon quartier. Il évalue la stabilité du foyer, la qualité du sommeil, tout ce qu’on ne met pas dans les programmes.
Et on appelle ça mérite.
On a construit un système éducatif qui génère assez de pression pour pousser des enfants à risquer des sanctions pénales pour réussir. Et la réponse de l’institution n’est pas de revoir ce système. C’est d’améliorer la surveillance.
On ne se demande pas pourquoi ils trichent. On se demande comment mieux les en empêcher.
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Il y a quelque chose d’étrange dans le fait qu’on passe douze ans à apprendre à un enfant à obéir, à reproduire, à réciter, et qu’on lui demande ensuite de prouver son autonomie intellectuelle et émotionnelle en trois jours sous caméras.
Ce qui se passe dans cette salle ne ressemble plus vraiment à un jeu. Ça ressemble à une épreuve de résistance, à un tri, à une simulation de mérite dans un système qui a depuis longtemps cessé de croire en lui-même.
Et les détecteurs à l’entrée ne sont pas là seulement pour empêcher la triche. Ils sont là pour maintenir l’illusion que le système tient encore debout.
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