Saad Lamjarred vient d’être condamné à cinq ans de prison par la justice française. Les premières réactions ne parlaient pas de lui. Elles parlaient d’elle, pourquoi elle est montée, pourquoi elle a bu, pourquoi elle est restée. Une chronique sur la conditionnalité du NON féminin. Et sur ce qu’on n’a jamais vraiment appris à entendre.
Deux tribunaux français. Deux condamnations. Cinq ans de prison.
Ce n’est plus une rumeur. Ce n’est plus une campagne. C’est un verdict.
Et les premières questions qui ont envahi les commentaires n’étaient pas sur lui.
Pourquoi elle est montée ? Pourquoi elle a bu ? Pourquoi elle est restée ? Une femme qui se respecte n’y serait pas allée.
Le procès s’est déplacé. Comme toujours. Du côté du corps qui a dit non.
Il y a une croyance tenace, jamais vraiment dite, jamais vraiment contestée : le non féminin a des conditions.
Il faut avoir été sobre. Prudente. Discrète. Ne pas avoir flirté. Ne pas être montée. Ne pas avoir dit oui à quoi que ce soit avant. Sinon, le non devient discutable. Négociable. Moins crédible.
Dans cet imaginaire-là, le consentement se construit par accumulation, et se perd de la même façon. Elle a flirté. Elle est venue. Elle a bu. Elle a embrassé. À chaque étape, quelque chose se signe. Et à un moment, il serait trop tard pour revenir en arrière.
Comme si non avait une date de péremption.
« Pourquoi elle refuserait ? Elle savait chez qui elle allait. »
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La célébrité produit cette perception étrange : le statut réduirait la possibilité du refus. La gloire serait une monnaie. La proximité avec quelqu’un de grand créerait une dette implicite.
Le refus devient alors une humiliation. Un jeu. Un caprice. Pas une limite.
Et cette logique-là n’est pas réservée aux fans égarés. Elle est profondément installée. Dans les réflexes. Dans les éducations. Dans la façon dont on a appris — ou pas — à entendre le mot non.
Ce qui fait le plus mal dans cette affaire, pas le verdict, pas lui, ce sont certaines femmes et certains hommes.
« Il faut arrêter ces filles qui courent après les artistes. » « Elle le drague en boîte, elle le suit dans sa chambre, et après elle porte plainte. » « Une femme qui se respecte ne doit pas y aller. »
Et des femmes. Qui parlent d’autres femmes.
Ce n’est pas une trahison simple. Ce sont des femmes qui ont grandi dans la même logique. Qui ont appris que la protection morale se mérite. Que la victime idéale doit être sobre, discrète, modeste, sinon elle devient discutable. Qu’il existerait, quelque part, une bonne façon d’être agressée.
Cette transmission là est peut-être la violence la plus invisible. Parce qu’elle passe entre femmes, de génération en génération, sans qu’on la voie vraiment.
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Le viol, dans l’imaginaire collectif, ressemble encore à une ruelle sombre. Un inconnu. Une violence évidente.
Alors dès qu’il y a une chambre d’hôtel, de l’alcool, un flirt, une célébrité — beaucoup refusent le mot. Ça ne ressemble pas au scénario qu’on a en tête.
Mais le viol n’a pas besoin d’une ruelle. Il a juste besoin d’un non qui n’a pas été entendu.
Cette affaire ne parle pas que de lui. Elle parle de ce qu’on transmet. De ce qu’on tait. D’un pays qui change plus vite dans ses comportements que dans ses représentations. Où les femmes sortent, voyagent, décident — et où une partie du regard posé sur elles n’a pas encore bougé.
Le consentement n’est pas une récompense. Ce n’est pas quelque chose qu’on doit parce qu’on est venue, parce qu’on a dit oui avant, parce qu’il est célèbre.
Non reste non.
Même dans une chambre d’hôtel. Même après un flirt. Même après un oui.
Même.
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