Le mois de Ramadan ne transforme pas seulement les horaires et les habitudes alimentaires. Il bouleverse l’équilibre psychique. « L’analyse psychologique de l’individu au cours du mois de Ramadan, dans ses habitudes, dans son bien-être, dans ses émotions, ses comportements et même ses pensées, est totalement différente de ce qu’il est durant le reste de l’année », explique la psychanalyste Wafae Chadli Britel.
Pour elle, Ramadan constitue « une période psychologique très spéciale », car il touche au sacré, à l’identité, à la manière dont chacun se perçoit dans le monde. « C’est une période où l’individu se reconnecte à sa source, qui est naturellement Dieu et la création. »
Mais cette transformation intérieure ne se vit pas de la même manière pour tous. Au Maroc, un mot populaire résume ce phénomène : “mramdane”, celui qui change radicalement de comportement pendant Ramadan.
Derrière cette expression se cachent plusieurs profils psychologiques.
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1. Le mramdane du sevrage
« Il y a le groupe d’individus maramdine à cause d’un sevrage du tabac, de la cigarette, du cannabis ou de toute substance qui, au cours de l’année, les équilibre dans leur comportement à l’autre », explique la psychanalyste.
Ici, l’irritabilité est d’abord biologique. Le corps réclame. Le système nerveux s’agite. La patience diminue.
Après le ftour, l’équilibre revient souvent — parfois accompagné d’excuses.
2. Le mramdane déstructuré
« Il y a des gens dont l’humeur est liée à un rythme biologique très équilibré, très structuré. Et le mois de Ramadan chamboule énormément de choses chez eux. »
Sommeil perturbé, alimentation décalée, fatigue accumulée : certaines personnalités sont profondément dépendantes de leur routine.
« À cause de cette variance de structure, ils sont déstructurés. »
Leur humeur devient imprévisible. Le lien à l’autre s’en ressent.
3. Le mramdane allergique à la contrainte
« Ce sont des gens qui sont dans une extrême liberté de leur comportement : manger, vivre, dire, faire exactement ce qu’ils veulent. En quelque sorte, ils sont un peu borderline dans leur vie courante. »
Ramadan réduit les distractions et impose des limites. Pour ces profils, le jeûne est vécu comme une restriction insupportable.
« Ils sont de mauvais jeûneurs, parce que chez eux, jeûner est une contrainte. Ils s’y plient de mauvaise foi. »
La frustration se transforme en tension.
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4. Le mramdane répétiteur de schémas
« Ils ont grandi dans une famille où, avant la rupture du jeûne, il y avait une extrême violence entre eux. Pour eux, c’est un schéma normal durant le mois de Ramadan. »
La dernière demi-heure avant le ftour devient presque ritualisée : disputes, silences lourds, irritabilité collective.
Ce n’est plus seulement une question de faim. C’est une mémoire affective qui se rejoue.
5. Le mramdane perturbateur du bonheur
La catégorie la plus dérangeante, selon Wafae Chadli Britel.
« Il y a des gens qui, par nature, ont un dérangement spirituel de l’autre. Ils ne peuvent pas supporter le bonheur. »
La famille réunie autour de la soupe, la cohésion, la chaleur humaine deviennent pour eux insupportables.
« La vision du bonheur, du bien-être, de la cohésion sociale leur est instinctivement insupportable. Ça les met dans un état de colère, de rage. »
Ramadan exacerbe ce trait déjà présent le reste de l’année.
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Une énigme psychologique
« Comment chacun vit ce mois dans son changement psychologique reste une grande énigme », reconnaît la psychanalyste. Même les spécialistes ne sont pas toujours d’accord sur l’analyse.
Une chose est sûre : le Ramadan agit comme un révélateur. Il met à nu les fragilités, les frustrations, les blessures, mais aussi la capacité à se reconnecter à quelque chose de plus grand que soi.
Alors, au fond, la question reste ouverte: Quel mramdane es-tu, ou ne l’es pas?
Qui est Wafae Chadli Britel?

Wafae Chadli Britel est psychanalyste et psychothérapeute, spécialisée dans l’étude du stress, du burn-out et des états post-traumatiques. Forte de près de trente ans d’expérience, elle accompagne des individus, des entreprises et des institutions sur les questions de santé psychologique, de gestion émotionnelle et de dynamique collective.
Elle est également intervenante et consultante auprès de dispositifs relevant des Nations unies, où elle travaille sur les enjeux de santé psychologique et de résilience collective, notamment dans des contextes de crises et de traumatismes à grande échelle. Elle exerce entre autres comme formatrice et conférencière, et publie régulièrement des analyses et observations cliniques.
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