Et si une enzyme connue depuis plus d’un demi-siècle n’avait pas encore révélé tous ses secrets ? C’est ce que viennent de démontrer les chercheurs de l’Université de Toulouse et de l’Inserm, qui ont découvert un rôle totalement inattendu de la lipase hormono-sensible (HSL), une protéine essentielle au fonctionnement de nos cellules graisseuses.
Leurs résultats, publiés dans Cell Metabolism le 23 octobre 2025, pourraient transformer la compréhension scientifique de l’obésité et ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.
Une enzyme clé du métabolisme, mais bien plus complexe qu’on ne le pensait
Connue depuis les années 1960, la HSL est traditionnellement présentée comme l’enzyme qui libère les graisses stockées dans nos adipocytes — les cellules de tissu adipeux. Lors d’un jeûne ou d’un effort physique, l’adrénaline l’active : elle découpe alors les lipides pour les transformer en énergie utilisable par l’organisme.
Lire aussi: 5 signes qui prouvent (peut-être) que vous êtes en pré-diabète
Mais les chercheurs toulousains ont découvert que cette enzyme ne se limite pas à ce rôle de “robinet à énergie”. « HSL agit aussi à l’intérieur du noyau des cellules graisseuses, où elle participe à la régulation du bon fonctionnement du tissu adipeux », explique Dominique Langin, professeur à l’Université de Toulouse et directeur de recherche à l’Inserm.
Une absence de HSL qui ne fait pas grossir… mais maigrir dangereusement
Le constat est paradoxal : l’absence de HSL ne provoque pas d’obésité, comme on aurait pu le croire, mais une baisse de la masse grasse appelée lipodystrophie. Cette maladie rare entraîne une disparition du tissu adipeux et des complications métaboliques graves : résistance à l’insuline, diabète, troubles cardiovasculaires… des symptômes très proches de ceux observés dans l’obésité.
Les scientifiques ont ainsi découvert que dans le noyau, HSL collabore avec d’autres protéines pour maintenir une proportion saine de graisse dans le corps. Lorsqu’elle est absente, ce mécanisme s’effondre, entraînant un dysfonctionnement du tissu adipeux.
Un équilibre subtil entre stockage et santé métabolique
L’étude montre également que la quantité de HSL dans le noyau varie selon l’état du corps :
-
Lors du jeûne, l’adrénaline déclenche la sortie de HSL du noyau pour mobiliser les graisses.
-
Chez les individus obèses, au contraire, la quantité de HSL dans le noyau augmente de façon anormale, contribuant au déséquilibre du tissu adipeux.
Lire aussi: Pourquoi mon chat grossit ? Les vrais risques de l’obésité chez le chat
Cette double fonction — enzymatique et régulatrice — explique pourquoi les adipocytes peuvent “dérailler” aussi bien en cas de carence que d’excès de HSL.
Un nouvel éclairage sur les maladies métaboliques
Cette découverte change profondément la manière d’aborder l’obésité. Jusqu’ici, on considérait la HSL comme un simple acteur du déstockage des graisses.
Désormais, on sait qu’elle est aussi un gardien de l’équilibre métabolique à l’intérieur même des cellules graisseuses.« Comprendre comment la HSL régule le tissu adipeux ouvre des perspectives thérapeutiques inédites contre l’obésité, la lipodystrophie et leurs complications », souligne Jérémy Dufau, co-auteur de l’étude.
Un enjeu mondial de santé publique
Le surpoids et l’obésité concernent aujourd’hui un adulte sur deux en France, et près de 2,5 milliards de personnes dans le monde.
Ces conditions augmentent considérablement le risque de diabète, de maladies cardiovasculaires et de mortalité prématurée.
Les travaux de l’équipe toulousaine, menés dans le cadre du projet européen SPHERES (2020-2027, financé par le Conseil européen de la recherche – ERC, subvention n°856404), représentent une avancée majeure dans la compréhension des bases cellulaires du stockage des graisses.
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.













