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Obésité au Maroc: une épidémie silencieuse qui touche déjà un adulte sur cinq

Le 4 mars, la Journée mondiale de l’obésité rappelle une réalité qui progresse sans bruit : au Maroc, l’excès de poids s’installe durablement, avec des conséquences directes sur le diabète, le cœur… et la santé publique.

L’obésité ne surgit pas comme une épidémie spectaculaire. Elle s’installe. Elle gagne du terrain dans les habitudes, dans les assiettes, dans les rythmes de vie — et finit par paraître normale, parce qu’elle est partout. C’est précisément ce qui la rend dangereuse : on s’y habitue, on la réduit à une question d’esthétique ou de volonté individuelle, alors qu’elle relève d’un phénomène bien plus large, lié à l’environnement alimentaire, à la sédentarité, aux inégalités et à l’urbanisation.

Les estimations les plus citées ces dernières années situent la prévalence de l’obésité autour d’un adulte sur cinq au Maroc, tandis que la part des adultes en surpoids ou obèses grimpe beaucoup plus haut.


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Des chiffres qui montent… et une alerte sur la trajectoire

Le constat est d’autant plus inquiétant qu’il s’inscrit dans une dynamique longue. Un profil nutritionnel publié par l’OMS (région Méditerranée orientale) souligne par exemple une hausse marquée du surpoids chez les adultes entre 2000 et 2016, et une progression nette chez les 5–19 ans sur la même période.

À l’échelle internationale, le World Obesity Atlas 2025 (publié par la World Obesity Federation à l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité) projette une augmentation continue de la charge liée au “high BMI” et insiste sur le coût sanitaire et économique de l’inaction.

Dans les déclinaisons pays relayées dans la presse marocaine, la projection souvent reprise est la suivante : près de 59% des adultes marocains pourraient se retrouver en surpoids (IMC ≥ 25) ou obèses à très court terme, si rien ne change.

Les femmes en première ligne, les enfants en ligne de mire

Tous les pays confrontés à l’obésité ne la vivent pas de la même manière. Au Maroc, plusieurs sources convergent sur un point : les femmes sont davantage touchées que les hommes. Un profil du Global Nutrition Report, basé sur des données internationales consolidées, donne par exemple des niveaux d’obésité plus élevés chez les femmes que chez les hommes.

L’autre signal qui inquiète, c’est la jeunesse. Parce que lorsque l’excès de poids s’installe tôt, il a davantage de chances de se prolonger à l’âge adulte, avec un risque accru de diabète de type 2, d’hypertension et de complications cardiovasculaires.


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Pourquoi ça progresse : la “transition” marocaine, entre urbanisation et alimentation transformée

Le Maroc a connu, en quelques décennies, une transition rapide : moins d’activité physique au quotidien, plus d’écrans, des déplacements motorisés, une alimentation plus riche en produits transformés — souvent plus accessibles, plus pratiques, plus “récompensants” sur le moment.

Ce basculement n’est pas uniquement une affaire de choix individuels. Il suit une logique de système : disponibilité des produits, marketing, prix relatifs entre aliments frais et ultra-transformés, temps de cuisine, fatigue, stress, densité urbaine, offre sportive… Le résultat, lui, est très concret : plus d’excès de poids, plus de maladies métaboliques, plus de complications chroniques.

Obésité : la porte d’entrée vers d’autres maladies

L’obésité n’est pas un diagnostic isolé. C’est souvent un accélérateur, ou un “terrain”, qui augmente la probabilité de développer plusieurs pathologies chroniques. Au Maroc, la question du diabète est centrale (tu le sais : tu as déjà travaillé sur des chiffres élevés de prévalence). Les enjeux sont aussi cardiovasculaires, respiratoires, articulaires, et parfois psychologiques.

L’obésité est d’ailleurs identifiée par l’OMS comme un facteur de risque majeur dans la charge de morbidité.

5 repères pour comprendre

  • L’obésité n’est pas qu’un manque de volonté : elle est influencée par la génétique, le sommeil, le stress, l’environnement alimentaire et l’activité physique.
  • Elle ne se “voit” pas toujours : certaines complications apparaissent avant que le poids ne devienne spectaculaire.
  • Les enfants ne sont pas épargnés : habitudes alimentaires et sédentarité se construisent tôt.
  • Le risque principal n’est pas l’apparence : ce sont les maladies associées (diabète, HTA, cœur).
  • La prévention la plus efficace est collective : école, villes, prix, publicité, accès au sport.

Ce que fait l’État (et ce qui existe déjà)

Sur le papier, le Maroc a intégré l’enjeu dans une approche plus large de lutte contre les maladies non transmissibles (MNT). L’OMS rappelle que la stratégie de réforme sanitaire (2019–2029) inclut la prévention des facteurs de risque (alimentation, inactivité physique…) et l’intégration de la prise en charge des MNT dans les soins de première ligne, avec des campagnes de sensibilisation.

Il existe aussi des initiatives scolaires et des programmes de sensibilisation à la nutrition et à l’activité physique, y compris via des partenariats qui visent des dizaines de milliers d’élèves.

Enfin, sur le levier fiscal, le Maroc a adopté une taxation progressive sur certaines boissons sucrées (liée à la teneur en sucre), avec un objectif explicite d’inciter les industriels à réduire les concentrations.

…Et ce qui reste largement à faire

Même en cumulant ces actions, un constat revient : la réponse reste encore fragmentée face à un phénomène systémique.

La Global Obesity Observatory note, par exemple, l’absence d’une stratégie nationale spécifique sur l’obésité et l’absence d’une stratégie nationale complète d’activité physique, tout en indiquant qu’une stratégie nutritionnelle “globale” existe.
Autrement dit : on agit, mais pas encore avec l’ampleur, la cohérence et la continuité nécessaires pour inverser une courbe.


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Le point politiquement sensible: le sucre, son prix… et la subvention

C’est ici qu’un débat devient inévitable. Parce que lutter contre l’obésité, ce n’est pas seulement faire de la prévention : c’est aussi interroger les signaux économiques envoyés aux consommateurs.

Or le Maroc subventionne encore le sucre raffiné, avec un mécanisme de compensation (montant forfaitaire par kilo) documenté dans les synthèses budgétaires officielles.
Cela ne signifie pas que “supprimer la subvention” réglerait tout — mais la question revient régulièrement chez les experts : comment promouvoir une réduction du sucre tout en maintenant des dispositifs qui en protègent le prix ?

La difficulté est sociale autant que sanitaire : toucher au sucre (comme à d’autres produits) renvoie immédiatement au pouvoir d’achat. C’est pourquoi, dans plusieurs pays, les politiques les plus efficaces combinent fiscalité ciblée, protection des ménages modestes, amélioration de l’offre alimentaire et action sur l’école.

Une journée mondiale, mais une urgence nationale

Le 4 mars est une date symbolique. L’urgence, elle, est quotidienne. Le Maroc n’a pas besoin de discours culpabilisants : il a besoin d’une stratégie qui protège, dès l’enfance, contre un environnement “obésogène”, et qui cesse de faire porter à l’individu seul la responsabilité d’un problème collectif.

L’essentiel

Pourquoi l’obésité progresse-t-elle au Maroc?
Urbanisation, alimentation transformée, sédentarité et inégalités sociales expliquent en grande partie cette hausse.

Quel est le taux d’obésité au Maroc?
Environ 20 % des adultes sont obèses, et près de 59 % pourraient être en surpoids ou obèses à court terme selon les projections internationales.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes?
Oui, les données disponibles montrent une prévalence plus élevée chez les femmes adultes.

Que fait l’État pour lutter contre l’obésité?
Le Maroc a intégré la prévention dans sa stratégie contre les maladies non transmissibles et mis en place une taxation sur certaines boissons sucrées.

Faut-il supprimer la subvention du sucre?
Le débat existe. Les experts soulignent que la question du prix des produits sucrés est un levier important, mais qu’il doit être accompagné de mesures sociales.

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R.M.

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