Famille

Écrans: pourquoi 7 parents sur 10 y ont recours pour occuper leurs enfants

Faute d’alternative, les écrans s’imposent comme solution de facilité dans de nombreux foyers. Une enquête récente révèle une réalité plus complexe qu’un simple “laisser-faire” parental.

À la maison, dans les transports, au restaurant, en salle d’attente ou même au petit-déjeuner : l’écran est devenu un outil d’occupation presque réflexe. Selon un baromètre Ifop publié le 16 février pour la Fondation de l’Enfance, 71 % des parents d’enfants âgés de 8 à 15 ans reconnaissent proposer “souvent ou de temps en temps” une tablette ou un téléphone pour occuper leur enfant lorsqu’il ne peut pas sortir ou qu’aucune autre activité n’est disponible.

Plus encore, 66 % y ont recours lorsqu’ils ont besoin de se dégager du temps – pour télétravailler ou effectuer des tâches domestiques. Les écrans deviennent alors une solution pragmatique, presque organisationnelle.

Mais derrière ces chiffres se dessine une interrogation plus profonde : l’écran est-il devenu un palliatif à l’ennui, voire à la pression sociale ?


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Une réponse à l’ennui… et au regard des autres

L’enquête révèle que 61 % des parents autorisent l’usage d’un écran dans les lieux publics et situations d’attente. Près de la moitié (49 %) admettent le faire pour calmer leur enfant et éviter les regards critiques ou les plaintes.

La scène est devenue familière : un enfant qui s’agite dans un train ou un restaurant, un parent qui sort un smartphone pour apaiser la situation. Pour Sarah El Haïry, Haute commissaire à l’Enfance, il s’agit souvent d’un “usage palliatif”, dicté par la facilité ou l’obligation sociale.

“On les donne parfois pour calmer un enfant parce que plus personne autour ne supporte qu’il joue ou qu’il parle”, souligne-t-elle.

Ce constat dépasse la simple question éducative. Il interroge la capacité collective à tolérer l’expression naturelle des enfants dans l’espace public.

L’ennui, un besoin sous-estimé

Côté enfants, près de neuf sur dix possèdent un équipement numérique personnel. Plus de la moitié (55 %) déclarent être sur les écrans parce qu’ils s’ennuient.

Or, selon Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’Enfance, l’ennui n’est pas un problème à résoudre systématiquement.

“Les enfants ont besoin de temps où ils n’ont rien à faire et où on ne leur propose rien. Il faut laisser de la place à l’ennui.”

Les neurosciences confirment que ces moments de vide favorisent la créativité, l’imagination et la régulation émotionnelle. L’ennui stimule la capacité à inventer, à explorer, à construire du jeu autonome.

Remplir chaque instant par un écran, même avec des contenus éducatifs, peut réduire cet espace mental essentiel.


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Des règles… mais des limites poreuses

94 % des parents déclarent avoir fixé au moins une règle concernant l’usage du numérique : durée, contenus, moments autorisés.

Pourtant, les habitudes quotidiennes révèlent des zones de fragilité.

20 % des enfants utilisent un écran au réveil ou pendant le petit-déjeuner. 30 % avant de se coucher.

Le pédiatre François-Marie Caron rappelle que l’exposition aux écrans une à deux heures avant le coucher perturbe la sécrétion de mélatonine et donc l’endormissement. Quant à l’usage avant l’école, il peut altérer la concentration dans les heures suivantes.

Le problème n’est donc pas seulement la durée totale, mais les moments choisis.

Une question de société plus que de morale

Le débat sur les écrans dépasse la responsabilité individuelle des parents. Le gouvernement français envisage d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès septembre, invoquant les risques pour la santé mentale : cyberharcèlement, exposition à des contenus inappropriés, troubles du sommeil.

Mais une autre question se pose : quelles alternatives propose-t-on ?

La commission “écrans” mandatée en 2024 avait souligné l’importance d’aménager des espaces de jeu dans les gares, stations de métro, abribus ou administrations. Créer des environnements pensés pour les enfants réduirait mécaniquement le recours aux écrans.

Autrement dit, la dépendance aux écrans est aussi le symptôme d’un manque d’infrastructures adaptées.


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Écrans : un outil, pas un substitut

Il serait simpliste d’opposer parents “responsables” et parents “laxistes”. Les écrans peuvent être des outils pédagogiques, culturels ou ludiques. Ils font partie du monde contemporain.

La question n’est pas leur existence, mais leur fonction.

Sont-ils un complément ?
Ou un substitut à l’ennui, au jeu libre, au lien social ?

L’équilibre passe sans doute par trois leviers :
– préserver des plages sans écran (notamment le matin et avant le coucher)
– valoriser l’ennui comme espace créatif
– repenser collectivement les espaces publics pour les rendre plus accueillants aux enfants

Car un enfant qui s’ennuie n’est pas un enfant en échec.

C’est parfois un enfant en train d’apprendre à inventer.

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