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Et si les écrans n’étaient pas si mauvais pour la santé? Une nouvelle étude bouscule les idées reçues

On associe souvent le “temps d’écran” à une fatigue mentale et à une baisse de bien-être. Une étude publiée en 2025 avance pourtant une idée contre-intuitive : dans certains foyers tendus, l’écran peut jouer un rôle de “tampon” psychologique.

Le débat sur les écrans ressemble à une dispute sans fin : d’un côté, l’inquiétude d’une génération collée au smartphone ; de l’autre, le sentiment très concret que, parfois, une série, un jeu ou quelques minutes de scrolling sont la seule porte de sortie après une journée lourde. C’est précisément ce que viennent explorer deux chercheurs, Xian Zhao et Soo Min Toh, dans un travail publié dans le Journal of Community & Applied Social Psychology. Leur point de départ est simple : au lieu de demander si l’écran est “bon” ou “mauvais”, il faut regarder le contexte. Car la maison, censée être un lieu de repos, peut aussi être un lieu de pression — bruit, désordre, tensions relationnelles, cohabitation dense, responsabilités familiales. Et quand le foyer est déjà un stress en soi, l’écran ne joue pas tout à fait le même rôle.

Réduction de la charge émotionnelle

Les auteurs parlent d’“écologie domestique hostile” pour décrire ces environnements où l’on récupère difficilement : grande taille du foyer, chaos à la maison, obligations familiales qui s’empilent, manque d’espace mental. Dans ce cadre, le temps passé sur des appareils numériques — télévision, smartphone, jeux vidéo — peut agir comme une distraction qui met temporairement à distance les rôles domestiques et la charge émotionnelle qui va avec. Pas parce que l’écran “guérit”, mais parce qu’il offre une micro-bulle de détachement : un sas, un interstice, un moment où l’on n’est plus en train de gérer, négocier, organiser.


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Pour tester cette idée, l’étude s’appuie sur trois volets. D’abord, une analyse de grande ampleur à partir de l’American Time Use Survey (ATUS), qui permet d’observer des tendances à l’échelle de dizaines de milliers de personnes. Ensuite, deux études en “journal de bord” menées auprès de jeunes adultes, où les participants décrivent leur quotidien sur plusieurs jours, en lien avec l’ambiance du foyer, leur humeur et leur capacité à se sentir “rechargés”. L’intérêt, ici, est de ne pas traiter “les écrans” comme un bloc uniforme : les chercheurs distinguent télévision, smartphone et jeux vidéo, parce que la charge mentale et l’implication ne sont pas les mêmes selon l’appareil — et que l’effet sur la récupération peut donc varier.

Refuge ponctuel

Le résultat le plus robuste n’est pas que “l’écran rend plus heureux”. Il est plus subtil : quand la maison est une source de tension, l’impact négatif de cette tension sur la récupération semble moins fort chez ceux qui passent davantage de temps sur certains écrans. Dans la partie “télévision”, par exemple, le fait d’avoir plus d’enfants est associé à davantage de fatigue et de stress — mais cette relation est atténuée quand le temps de TV est plus élevé. Dans la partie “smartphone”, un foyer plus chaotique est lié à une humeur plus négative, mais l’effet est moins prononcé quand le temps passé sur le téléphone augmente. Et pour les jeux vidéo, l’image est encore plus ambivalente : ils peuvent être globalement coûteux en énergie pour certains, tout en réduisant l’effet pénalisant d’une cohabitation dense sur la préparation mentale du lendemain. Autrement dit, un même écran peut être à la fois un refuge ponctuel et un facteur de fatigue, selon les profils et les usages.


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C’est là que cette étude devient intéressante pour le grand public : elle oblige à sortir du jugement automatique. Elle ne dit pas “mettez-vous devant Netflix pour aller mieux”, ni “jetez vos téléphones pour être heureux”. Elle dit plutôt : dans un foyer compliqué, l’écran peut fonctionner comme une stratégie de coping — un outil imparfait mais parfois utile pour amortir les coups, respirer, se mettre à l’abri quelques minutes. En creux, cela pose une question plus dérangeante : si l’écran devient une bouée, est-ce parce qu’il est merveilleux… ou parce que l’environnement domestique, lui, ne permet plus assez de récupération naturelle ?

Un cas de survie psychologique

Reste la limite essentielle : “tampon” ne signifie pas “solution”. Les auteurs rappellent que les effets des écrans sur le bien-être sont souvent contradictoires dans la littérature, et que tout dépend du contenu, de l’intensité, de l’heure (notamment le soir), et du fait que l’écran remplace ou non des piliers de récupération plus solides comme le sommeil, l’activité physique, ou des échanges relationnels de qualité. Leur contribution, ici, est surtout de montrer qu’un écran peut changer de sens selon le contexte : dans une maison paisible, il est un divertissement parmi d’autres ; dans une maison en tension, il peut devenir un sas de survie psychologique — utile à court terme, problématique s’il devient l’unique porte de sortie.


Sources

  • Xian Zhao, Soo Min Toh (2025). Household Ecology and Recovery Among Young Adults: Digital Device Use as a Mixed Advantage. Journal of Community & Applied Social Psychology (Wiley), DOI: 10.1002/casp.70080.

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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